Atos double sa marge mais son chiffre d’affaires chute de 13,8 %
Le groupe informatique français signe en 2025 une année de contraste saisissant : sa marge opérationnelle a doublé à 4,4 % du chiffre d'affaires, dépassant ses objectifs. Mais cette performance masque une réalité commerciale difficile, avec un recul organique de 13,8 % du chiffre d'affaires, posant la question de l'efficacité réelle de son plan de transformation Genesis.
La rentabilité en avant, le chiffre d'affaires en recul
Atos a enregistré un chiffre d'affaires de 8 001 millions d'euros en 2025, en baisse organique de 13,8 % par rapport à 2024, selon le communiqué de presse publié vendredi 6 mars 2026. Malgré cette contraction, la marge opérationnelle atteint 351 millions d'euros, soit 4,4 % du chiffre d'affaires, dépassant l'objectif de 340 millions d'euros (plus de 4 %) précédemment annoncé. Cet accroissement de 104 % de la marge organique en un an représente le fruit de mesures drastiques de réduction des coûts engagées dans le cadre du plan Genesis. L'excédent brut opérationnel (OMDA) s'établit à 883 millions d'euros, soit 11,0 % du chiffre d'affaires, contre 7,5 % un an plus tôt. Ces chiffres témoignent d'une discipline financière imposée, mais au prix d'une base de revenus fortement érodée.
Une restructuration radicale aux résultats mitigés par région
La baisse du chiffre d'affaires frappe l'ensemble des géographies à l'exception d'Evidien. La SBU Atos enregistre un repli organique de 16,2 %, dominé par l'Amérique du Nord qui chute de 27,9 % en raison de résiliations de contrats décidées en 2024 et d'une baisse d'activité chez les clients existants. Le Royaume-Uni recule de 23,0 %, tandis que la France baisse de 10,3 %, confrontée à la faiblesse du secteur public auquel le groupe est fortement exposé. Seule Eviden, la branche spécialisée dans les produits et systèmes de sécurité et cybersécurité, progresse de 6,7 %. Sur le plan des marges, le contraste est frappant : malgré des baisses de chiffre d'affaires substantielles, la marge opérationnelle s'améliore dans pratiquement toutes les régions, de 65 points de base en France à 612 points de base au Benelux, confirmant que le redressement repose beaucoup sur les réductions de coûts plutôt que sur une dynamique commerciale durable.
Des perspectives prometteuses avec un défi d'exécution majeur
Atos anticipe une « année de stabilisation » en 2026, avec un objectif de croissance organique positive limitée à un scénario plancher de moins 5 % dans un environnement contraint. Le groupe prévoit une marge opérationnelle d'environ 7 % et une variation positive de trésorerie avant remboursement de la dette. Pour 2027 et 2028, il projette une accélération de la croissance rentable avec une croissance organique annuelle moyenne de 5 à 7 % et une marge opérationnelle cible d'environ 10 %. Le carnet de commandes s'élève à 10,7 milliards d'euros (1,3 année de chiffre d'affaires) et le ratio book-to-bill atteint 89 % en 2025 contre 82 % en 2024, premiers signes du regain de confiance des clients. Avec 88 % des objectifs de réduction des coûts à trois ans réalisés en moins d'un an et un ratio de levier financier de 3,17x au 31 décembre 2025, le groupe dispose d'une structure financière plus solide. Cependant, l'enjeu majeur demeure la transformation d'une amélioration de la rentabilité en retour à une croissance organique positive : inverser une trajectoire de chiffre d'affaires en déclin représente un défi d'exécution considérable pour un groupe qui se sépare de pans entiers de son activité pour améliorer ses marges.