Sopra Steria : à partir de quand une menace en orbite devient-elle une attaque ?
Dans une prise de parole publiée le 2 octobre 2026 sur son site, Sopra Steria a exposé, par la voix de Carolin Busch, responsable senior Défense et Espace du groupe en Allemagne, sa lecture des enjeux de sécurité des infrastructures orbitales européennes. Cette prise de parole revient sur les enjeux abordés après le Sommet international de l'espace à Paris et expose le positionnement de Sopra Steria auprès des acteurs de la défense et de la sécurité, sans annoncer de nouvelle décision.
Civil ou militaire, tous les systèmes spatiaux doivent être protégés
Pour Carolin Busch, le véritable défi n'est pas de tracer une frontière entre usages civils et militaires de l'espace, mais de rendre résilients tous les systèmes situés de part et d'autre. Elle s'appuie sur une démonstration à laquelle elle a assisté l'hiver dernier, lors d'une conférence organisée par l'Union européenne : un satellite robotisé capable de réparer ou de ravitailler d'autres satellites en orbite, conçu à l'origine dans une optique civile.
Interrogé sur un usage militaire de cette technologie, un colonel présent avait répondu « Oui, bien sûr », en ajoutant qu'un tel système deviendrait aussi une cible prioritaire pour les adversaires de l'Europe. Selon la responsable, un système pensé pour un usage militaire voit ses exigences de sécurité évoluer, ce qui influence sa conception et entraîne une hausse des coûts.
Le texte décrit par ailleurs l'évolution du secteur : l'abandon progressif du principe du « bent pipe » (un satellite géostationnaire servant de simple relais) au profit de réseaux de petits satellites en orbite basse reliés par des liaisons optiques, avec un traitement des données réalisé directement à bord. « Si l'on regarde l'Ukraine, les infrastructures civiles sont fortement ciblées », a rappelé Carolin Busch, qui mentionne aussi deux satellites russes ayant manœuvré à une proximité inhabituelle de satellites européens.
Le partage des données, principal frein à une défense collective
La responsable estime que le secteur spatial doit engager une réflexion sur les seuils d'intervention comparable aux mécanismes de défense collective existants, à l'image de l'article 5 de l'OTAN : à partir de quel moment un incident en orbite doit-il être considéré comme une attaque ? Elle relie ce débat au programme IRIS², la future constellation européenne de satellites sécurisés, actuellement en phase d'acquisition.
D'après son expérience, l'obstacle principal à la coopération tient moins à la technologie qu'aux données, les États hésitant à partager des renseignements sensibles relatifs aux menaces. L'apprentissage fédéré, qui permet d'entraîner des modèles sans que les données quittent les systèmes nationaux, est présenté comme une réponse technique, les considérations politiques restant en retard sur ces possibilités.
Sopra Steria situe sa contribution dans le renforcement de cette souveraineté technologique. À travers notamment son entité allemande, le groupe indique accompagner les acteurs de la défense et de la sécurité, avec pour rôle d'intégrer des infrastructures sécurisées, des technologies de confiance et des innovations émergentes au sein de solutions exploitables de manière fiable et à grande échelle.