Idéal Investisseur
CAC 40 :
7 979,62 pts
-0.96%


Dernière mise à jour : 11/03/2026 - 11h04
🏠 Accueil   ➤    Bourse

Alice Lhabouz : « Je veux rapprocher les Français de l’investissement »

Entrepreneure dans l'âme, Alice Lhabouz est l'une des rares Françaises – sinon la seule – à avoir créé une société de gestion de portefeuille avant ses 30 ans.

Alice Lhabouz : « Je veux rapprocher les Français de l’investissement »

« Aucune femme de mon âge n'avait réussi : tout le monde me disait que c'était impossible. »

Comment avez-vous réussi à devenir la première Européenne à fonder une société de gestion à moins de 30 ans ? Lorsque vous vous êtes lancée en 2011, le secteur n’était ni très féminin ni très jeune…

Alice Lhabouz – J’ai toujours su que j’allais entreprendre. Je suis une femme de projets, animée par le plaisir de réaliser la stratégie que j’ai en tête. Quand j’ai découvert l’univers de la finance de marché et des sociétés de gestion, j’ai su que c’était ma voie ! J’ai commencé chez Richelieu Finance. Leur collecte était énorme, la société développait beaucoup d’initiatives qui ont, depuis, changé cet univers : relations avec les conseillers en gestion de patrimoine indépendants, organisation d’événements incroyables… Je travaillais au trading desk. J’étais la seule femme parmi une cinquantaine de personnes – et la moins bien payée –, mais ça n’a fait que renforcer mon ambition. Je me souviens encore m’être dit, en découvrant le magnifique bureau du patron : « C’est là que je veux être ! » Mais passer du rêve à la réalité n’a pas été simple. À l’époque, aucune femme de mon âge n’avait monté de société de gestion. Tout le monde me disait que c’était impossible.

« J'ai valorisé la société à 3 millions d'euros alors que j'étais seule avec mon mémo »

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription est confirmée.
Bourse :

Prenez une longueur d'avance !

Tous les matins, l'analyse de notre IA avant l'ouverture du marché. C’est gratuit.

Comment avez-vous réagi à l’époque ? Est-ce que ces commentaires vous ont fait douter ?

A.L. – Parfois, on dit que les entrepreneurs n’ont pas « une case en plus », mais plutôt « une case en moins » ! (Rires) Il y a quelque chose d’un peu naïf : on se dit que si l’on travaille dur, on va y arriver, et que c’est logique. Je viens d’une famille très éloignée du monde de la finance. Quand j’ai démissionné pour me lancer, je n’avais aucun réseau pour m’épauler. C’était une barrière, même si je ne la ressentais pas. Je n’avais pas non plus de clients ou de fonds propres, ce qui est problématique pour créer une société de gestion. Donc j’ai avancé par étape.

En commençant par définir les contours d’une offre financière différente ?

A.L. – J’avais travaillé sur le marché actions et constaté que certains produits manquaient. À l’époque, il y avait surtout des fonds d’investissement centrés sur les actions françaises ou européennes. Or, j’étais convaincue que la croissance économique mondiale ne se faisait pas chez nous. J’ai donc pris le parti que, pour générer de la performance, il fallait viser le monde entier.
Je me suis très vite orientée vers le marché américain, notamment parce qu’il tend beaucoup plus vers la « juste valeur ». Le marché est beaucoup plus efficace qu’ici. Pourquoi ? Car il est mieux arbitré. D’abord parce qu’il y a des investisseurs à long terme, comme les fonds de pension qui investissent pour 40 ou 50 ans, mais aussi parce qu’il y a, chez les particuliers, une éducation financière qui est bien supérieure à la nôtre : beaucoup ont la culture des actions, de l’investissement. Enfin, c’est un marché intérieur gigantesque : les sociétés locales ont un immense terrain de jeu, il y a donc plus de chances qu’elles fonctionnent.

Ensuite, je me suis dit qu’il fallait viser des marchés structurellement en croissance. Ma vision, c’était celle des fonds thématiques : investir dans les sociétés les plus performantes dans un domaine. C’était assez rare, à ce moment.


« Pour trouver des investisseurs, j'ai fait la stratégie “Tempête du désert”. »

Vous aviez un profil atypique et l’ambition de proposer une offre inédite sur le marché français. Si l’idée semblait prometteuse, cela a également pu freiner certains investisseurs. Comment avez-vous réussi à convaincre vos premiers soutiens ?

A.L. – J’ai commencé par créer Trecento Holding en 2011 avec 300 € (trecento veut dire « trois cents » en italien, NDLR) et rédiger un mémo pour expliquer ma vision, ma stratégie. J’ai aussi défendu le principe que le marché est haussier à long terme. Vous savez, les personnes qui disent toujours que le marché va baisser, que tout va s’effondrer… je m’en éloigne. Ce discours n’a pas d’intérêt, pour la simple et bonne raison que depuis que les marchés financiers existent, la bourse progresse en moyenne de 5 à 7 % par an. Avec des hauts, des bas et du risque ! Certaines personnes font de la peur leur fonds de commerce. Je suis à l’opposé de cela, et je l’étais déjà à 30 ans.

Pour lever des fonds, j’ai lancé une augmentation de capital avec une très grosse prime d’émission : j’ai valorisé la société à 3 millions d’euros, avec pour objectif d’aller chercher 100 % des fonds propres en échange de 20 % du capital. Je n’avais pas d’agréments, pas de clients, pas de salariés, pas de bureaux, pas de prestataires… J’étais seule avec mon mémo !

C’est audacieux ! Mais dans un tel contexte, vous n’avez douté à aucun moment ?

A.L. – En réalité, ça me semblait logique qu’on finance mon développement… J’étais même surprise quand les gens ne voulaient pas investir ! (Rires) Comme je n’avais pas de réseau, je ne pouvais pas convaincre un gros investisseur de mettre beaucoup d’argent. Ma stratégie, c’était d’aller chercher beaucoup de petits : leur risque individuel n’était pas très élevé, et la somme de leurs investissements allait suffire pour lancer la société. J’ai fait feu de tout bois : je ne connaissais personne ! J’ai contacté des entrepreneurs, notamment sur LinkedIn. Certains m’ont reçue ou recommandée. J’ai dû embrasser beaucoup de crapauds pour trouver des princes, mais finalement, certains m’ont fait confiance, et je les remercie.


« La robotique, le big data et l'IA vont changer le monde, c'est évident. »

Vous réussissez donc à créer Trecento AM, la société de gestion, filiale de votre holding. Mais contrairement à beaucoup de modèles économiques, celui d’une société d’investissement implique de lever sans cesse des fonds. Vous avez donc dû reprendre votre « bâton de pèlerin » pour convaincre de nouveaux investisseurs ?

A.L. – Le chiffre d’affaires est en effet réalisé sur la base d’un pourcentage des encours gérés et, le cas échéant, des commissions de surperformance. Il faut donc collecter rapidement des dizaines de millions d’euros pour les investir. Ce que je ne savais pas à ce moment, c’est que ce type de collectes se fait peu en direct et beaucoup au travers des contrats d’assurance-vie. Le problème, c’est qu’aucune compagnie n’a voulu me référencer : société trop petite, aucun historique… je ne cochais aucune case, mon business plan initial était donc mort-né !

J’ai alors été voir les incubateurs de sociétés de gestion. Au bout de 8 mois de travail acharné, j’ai passé un grand oral auprès des 3 grands patrons de La Française AM, et ils ont dit oui ! En janvier 2012, ils nous ont apporté 15 millions d’euros pour démarrer, en échange de 20 % du capital de Trecento AM. Une belle étape, mais qui ne donnait qu’un an de sursis.

Les compagnies d’assurance vous fermant la porte, quelle autre solution avez-vous trouvée pour poursuivre ?

A.L. – J’ai pris toutes les coordonnées des patrons de caisses de retraite et de mutuelles françaises dans un livre sur les « zinzins », les investisseurs institutionnels. Et là, j’ai fait la stratégie « Tempête du désert » ! Il fallait absolument que je les rencontre en personne, et pas leur N-1 ou N-2, car ils ne m’auraient jamais donné ma chance. J’ai donc tout fait pour les croiser. J’avais leur visage en tête et je leur donnais ma carte de visite. Parfois, ça marchait, parfois, non. Quand on est une femme, il arrive aussi qu’il y ait une « suspicion », et il faut savoir gérer ce genre de chose : l’univers des patrons n’est pas particulièrement féminin.

J’avais lancé un premier fonds sur la santé, un domaine très lié à celui des mutuelles. Or, il se trouve que plus la population avance en âge, plus elle consomme des soins et des médicaments. Mon discours auprès de ces patrons était qu’avec le temps, leurs charges allaient s’alourdir : investir dans un fonds thématique dédié à la santé serait un moyen de couvrir leurs actifs. J’ai collecté grâce à cela, mais je suis un peu devenue « la championne des miettes ». Là où mes confrères repartaient avec des dizaines de millions d’euros, moi, je repartais avec 500 000 euros, 1 million. Mais en multipliant ces tickets, j’ai commencé à faire un bout de chemin.






Assurance vie
Annonce
Assurance vie