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La question de la privatisation des aéroports de Paris fait débat

| Publié le 15-03-2019 09:56 | Mise à jour le 16-03-2019 14:45
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La question de la privatisation des aéroports de Paris fait débat
Crédit(s) photo(s) : © Shutterstock  

La privatisation du groupe Aéroports de Paris (ADP) est de nouveau discutée à l'Assemblée nationale depuis le mercredi 13 mars. Les députés et sénateurs n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur une vision commune de la loi Pacte pour la croissance et la transformation des entreprises. Le Sénat avait en effet voté contre la cession des actifs d'ADP.

Un groupe qui pèse énormément

ADP est officiellement devenu, en 2018, le numéro un mondial de la gestion aéroportuaire, avec 281 millions de passagers. Ses bénéfices (610 millions d'euros) sont en hausse de 6,9 % en 2018, après plusieurs années de très bons résultats. C'est un groupe international dont le chiffre d'affaires a atteint 4,47 milliards d'euros en 2018 et dont l'activité s'étend à de nombreux domaines : propriétaire des plus gros aéroports français : Roissy-Charles-de-Gaulle (72,2 millions de passagers), Orly (33,1 millions de passagers), Le Bourget et une dizaine d'aérodromes, le groupe détient également des participations au capital de nombreux aéroports internationaux, soit directement (Zagreb, Santiago, Amman, Maurice, etc.), soit via le groupe TAV Airport (Istanbul Atatürk, Antalya, Izmir, etc.).

ADP dispose également de centres commerciaux d'envergure au sein de ces aéroports, avec 386 boutiques et services, qui ont rapporté 1 milliard d'euros en 2018. C'est aussi le premier propriétaire foncier d'Ile-de-France, grâce aux 6 686 hectares des aéroports, dont 411 hectares sont disponibles. Il détient par ailleurs plus d'un million de mètres carrés de bâtiments (hangars, hôtels, bureaux, etc.), une filiale dans la téléphonie (Hub One).

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Un maillon important pour l'État

Le groupe ADP constitue en valeur la deuxième participation dans les entreprises cotées au CAC 40, après EDF. Il représente plus de 9,7 milliards d'euros, soit près de 12 % du portefeuille boursier des participations de l'Etat.

Contrairement à ce que l'on pense, la vente d'Aéroports de Paris a commencé il y a déjà 15 ans. Créé en 1945, Aéroports de Paris était initialement détenu à 100 % par l'Etat. Cependant l'établissement public a été transformé en société anonyme en 2005 et introduit en bourse l'année suivante dans le cadre d'une série de privatisations.

L'Etat resta actionnaire majoritaire à plus de 67 %, avant céder ses participations. Il ne possède actuellement que 50,6 % du capital, le reste étant détenu par le Royal Shiphol Group (8 %), Vinci (8 %) et le Crédit agricole (5,1 %), ainsi que par plusieurs investisseurs institutionnels (22,3 %), actionnaires individuels ou salariés.

Pourquoi l'État veut-il vendre ADP ?

Tout est à relier à la loi Pacte qui vise à donner aux entreprises les moyens d'innover, de se transformer, de grandir et de créer des emplois. Dans ce contexte, les privatisations d'ADP, de La Française des jeux et d'Engie, sont destinées à financer un « fonds pour l'innovation de rupture » de 10 milliards d'euros, qui servira à soutenir des projets technologiques (intelligence artificielle, nanoélectronique, etc.).

L'autre objectif est de réduire l'endettement de l'État. Bruno le Maire l'expliquait aux Echos : « les cessions doivent faire baisser la dette publique de 0,5 point » (alors qu'elle devrait atteindre 98,6 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019, selon la loi de finances).

L'opposition proteste mais probablement en vain

Début février 2019, le Sénat a voté contre l'article 44 de la loi Pacte qui modifiait le régime juridique d'ADP. A cette occasion, des sénateurs de tous les horizons politiques ont fait alliance (droite, gauche, communistes, centristes). La gauche est, par tradition, très hostile aux privatisations des entreprises publiques. La droite, généralement plus ouverte sur la question, a également protesté : du côté des Républicains, 103 parlementaires ont signé une tribune dans le JDD. 250 représentants socialistes (députés sénateurs et élus locaux) ont fait de même dans Le Parisien.

Plusieurs arguments viennent étayer leur refus : la peur de ne plus pouvoir assurer le contrôle des migrations internationales, puisque les aéroports parisiens, avec 100 millions de passagers par an, constituent la première frontière de la France. La situation de monopole naturel sur le territoire (il n'existe pas d'autre aéroport international en Ile-de-France) qui crée un risque de cartel ou de rente. Les exemples qui rebutent les sénateurs fourmillent à l'étranger et peuvent attirer l'attention : la plupart des aéroports internationaux sont publics, en particulier aux États-Unis.

Cependant, toutes ces protestations pourraient n'avoir aucun effet sur la loi Pacte. En France, la Constitution prévoit que, en dernier ressort, c'est l'Assemblée nationale qui vote. Actuellement, elle est composée en majorité de députés de La République en marche, qui devraient, selon toute vraisemblance, soutenir la proposition du gouvernement et voter la privatisation d'ADP.


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