AB Science : perte nette de 9 M€ au premier semestre 2026, alourdie par une provision fiscale
Les comptes du premier semestre 2026 d'AB Science, publiés le 9 octobre 2026, sont dominés par un élément non récurrent : une provision relative au Crédit d'Impôt Recherche, comptabilisée dans le litige qui oppose la société à la Direction Générale des Finances Publiques. Hors cet élément, les coûts de recherche et développement sont passés de 1,8 à 2,0 millions d'euros, une évolution que la société décrit comme essentiellement stable.
Cette publication intervient dans une phase de transition pour la biotech parisienne. La direction a changé en juillet, la société a annoncé en 2026 des augmentations de capital pour un total de 19,7 millions d'euros, et la reprise de ses essais cliniques est désormais programmée pour 2027, après une inspection des bonnes pratiques cliniques menée fin septembre par trois autorités de santé européennes.
Perte nette de 9,0 M€ au lieu de 5,2 M€ un an plus tôt
Le résultat opérationnel ressort en perte de 10,4 millions d'euros au 30 juin 2026, contre une perte de 2,7 millions d'euros un an plus tôt. Selon la société, la hausse des coûts de 7,6 millions d'euros s'explique principalement par la provision de 6,5 millions d'euros liée au Crédit d'Impôt Recherche. Celle-ci intègre le risque portant sur le recouvrement d'une créance estimée à 8,2 millions d'euros, à la suite de la décision défavorable du Tribunal administratif de Paris rendue le 22 septembre 2026.
Les charges administratives augmentent de 1 million d'euros, principalement en raison d'une provision pour risque prud'homal de 497 milliers d'euros, le reste s'expliquant par des reprises de provisions exceptionnelles en 2025. Le chiffre d'affaires, constitué exclusivement des ventes du Masivet en médecine vétérinaire, s'établit à 498 milliers d'euros contre 515 milliers d'euros, tandis que les coûts de commercialisation passent de 150 à 170 milliers d'euros.
Le résultat financier, en revanche, devient positif, à 1,4 million d'euros contre une perte de 2,5 millions d'euros au premier semestre 2025. Il inclut une variation de 2,0 millions d'euros des avances conditionnées du programme ROMANE, liée à l'actualisation des hypothèses après le nouvel accord de financement finalisé en avril 2026. Le résultat net s'établit à -9,0 millions d'euros, contre -5,2 millions d'euros, soit -0,13 euro par action contre -0,09 euro.
Trésorerie de 8,9 M€ renforcée de 16,5 M€ levés en juillet et août
La trésorerie atteint 8,9 millions d'euros au 30 juin 2026, contre 10,2 millions d'euros au 31 décembre 2025. S'y ajoutent 16,5 millions d'euros issus des placements privés réalisés en juillet et août 2026, de 2,3 et 14,2 millions d'euros. D'après la société, ces fonds permettront de réaliser, sans financement complémentaire à court terme, les premières étapes de son plan de transformation « Relaunch AB Science ».
Les capitaux propres restent négatifs, à -22 454 milliers d'euros contre -17 198 milliers d'euros fin 2025. Côté dette, l'accord définitif conclu en avril 2026 avec l'ensemble des créanciers financiers reporte de deux ans le remboursement des Prêts Garantis par l'État et de 12 mois celui du crédit BEI Covid. Selon AB Science, l'essentiel des 674 milliers d'euros d'intérêts enregistrés sur le semestre est payable entre 2027 et 2030, sans effet immédiat sur la trésorerie.
Sur le plan de la gouvernance, Stéphane Ledermann a été coopté en qualité de Président Directeur Général, comme annoncé le 8 juillet 2026. Le co-fondateur Alain Moussy a quitté ces fonctions et demeure administrateur et actionnaire. La nouvelle direction affiche l'objectif de rompre avec les augmentations de capital répétées et d'ouvrir le capital aux investisseurs institutionnels. Une conférence web est prévue le 14 octobre 2026 à 18 h 00.
Reprise des essais cliniques prévue en 2027 après inspection
À la suite de l'inspection des bonnes pratiques cliniques menée du 21 au 25 septembre 2026, AB Science a révisé son plan opérationnel. Le rapport final est attendu avant la fin de l'année, et la finalisation d'un nouveau système de gestion de la qualité, ainsi que son audit externe, sont prévus d'ici fin 2026. Le 29 septembre 2026, jour de l'annonce de cette révision du calendrier, l'action avait reculé de 14,5 %, à 0,67 euro.
La société anticipe une reprise de la phase 1 d'AB8939 dans la leucémie myéloïde aiguë au premier trimestre 2027. Lors de l'étape 3 de cette phase 1, achevée en juin 2026, six patients ont été traités en association avec le Venetoclax : quatre ont obtenu une réponse objective, soit un taux de réponse globale de 67 % selon l'approche clinique, sans toxicité limitant la dose. Ces données portent sur un effectif réduit, après un seul cycle de 14 jours ; la société les compare à un taux de réponse de 10 à 30 % pour les traitements de référence dans cette population.
Trois études du masitinib, non prioritaires, ont par ailleurs été arrêtées, un arrêt que la société dit sans lien avec la sécurité de la molécule. Pour l'essai de phase 3 dans la sclérose latérale amyotrophique, AB Science a reçu une offre ferme d'assurance couvrant jusqu'à 25 millions d'euros, pouvant atteindre 39 millions d'euros. Cette police est conditionnée au financement de l'étude et au paiement d'une prime d'environ 8 millions d'euros. La reprise de cet essai est planifiée au quatrième trimestre 2027.