Carbios : avant l’assemblée générale, des actionnaires contestent le partenariat avec le chinois Wankai
Carbios se retrouve sous pression d’une partie de ses actionnaires avant son rendez-vous annuel majeur. L’ADISECT, association représentant des investisseurs individuels, conteste les conditions du partenariat stratégique conclu avec le groupe chinois Wankai New Materials et met en cause la gouvernance du spécialiste français du biorecyclage.
Des interrogations sur les informations transmises à Wankai
Le principal point de tension concerne l’accès accordé à Wankai aux équipes et aux informations techniques de Carbios. Selon l’ADISECT, le groupe chinois aurait bénéficié, depuis plusieurs mois, d’un accès privilégié au savoir-faire de la société, à son Process Book ainsi qu’à des données techniques, industrielles et de propriété intellectuelle.
L’association demande que Carbios précise la nature exacte des informations partagées et les mécanismes de protection mis en place. Elle relie cette question à l’obtention, mentionnée par la presse, d’un brevet par Wankai dans le domaine du recyclage du PET.
À ce stade, l’ADISECT ne démontre pas de transfert illicite de technologie, mais estime que la concomitance de ces éléments justifie des explications détaillées de la part de la société. L’association affirme par ailleurs avoir sollicité, à plusieurs reprises depuis décembre 2025, des précisions auprès du conseil d’administration sur les conditions du partenariat et les garanties encadrant les échanges avec Wankai, sans obtenir les clarifications attendues.
Un dossier présenté comme sensible pour la souveraineté technologique
Au-delà du cadre strictement commercial, l’ADISECT inscrit ce partenariat dans un enjeu de souveraineté technologique. Le recyclage avancé des plastiques, et en particulier du PET, est présenté par l’association comme une technologie stratégique, susceptible de réduire la dépendance aux matières premières fossiles et de structurer une partie de l’industrie circulaire à grande échelle.
L’association attire également l’attention sur l’actionnariat de Wankai, en mentionnant la présence, parmi ses principaux actionnaires, d’une entité liée à l’écosystème du fonds industriel du Yangtsé et à des structures publiques chinoises. Elle estime que cette configuration devrait conduire les pouvoirs publics français à examiner plus attentivement le dossier.
Là encore, le débat dépasse la seule relation entre deux entreprises : il porte sur la capacité d’un acteur français de la chimie verte à protéger ses actifs technologiques dans le cadre d’un partenariat industriel international.
Des questions sur le calendrier industriel de Carbios
L’ADISECT pointe enfin ce qu’elle considère comme une incohérence dans la communication récente de Carbios. L’association rappelle que la société avait auparavant présenté son développement comme suffisamment avancé pour justifier des décisions de restructuration au sein de ses équipes de recherche et d’ingénierie des procédés. Or l’annonce du 2 juin, portant sur le report du projet d’usine en Chine, la nécessité de travaux complémentaires de R&D et le décalage de l’investissement de 5 millions d’euros annoncé par Wankai, nourrit désormais des interrogations sur le degré réel de maturité technologique et sur le calendrier industriel du groupe.
Pour l’ADISECT, ces éléments imposent une clarification à l’occasion de l’assemblée générale. Le partenariat avec Wankai, présenté initialement comme une étape stratégique dans l’industrialisation de la technologie de Carbios, devient ainsi un sujet de gouvernance, de transparence et de confiance entre la société et ses actionnaires.