Carrefour abaisse ses objectifs 2026, pénalisé par la situation sociale en France
La révision, liée selon le groupe à la dégradation de la situation sociale et sécuritaire en France, touche à la fois la marge opérationnelle, le bénéfice par action ajusté et le free cash-flow. Elle intervient à l'approche de la fin d'année, une période décisive pour le commerce.
Marge, BPA et free cash-flow : trois objectifs 2026 revus à la baisse
Carrefour anticipe désormais pour 2026 un résultat opérationnel courant (ROC) en croissance, avec une marge opérationnelle en progression de 0 à 15 points de base. Il visait jusqu'ici une hausse de 25 points de base. Le résultat net ajusté par action est attendu stable ou en légère croissance par rapport à 2025, contre une croissance dans le haut de la fourchette à un chiffre prévue auparavant.
Le free cash-flow net devrait enregistrer un léger repli, alors que le groupe tablait sur une légère croissance. Dans le même mouvement, le distributeur réduit ses investissements en France d'ici la fin de l'année et vise un capex annuel de 1,6 milliard d'euros, contre 1,7 milliard d'euros précédemment.
Le groupe décrit un effet sur deux fronts. Côté demande, il fait état d'une baisse de la fréquentation et d'une confiance des consommateurs déjà fragilisée par la hausse des prix de l'énergie. Côté exploitation, il cite la réduction des horaires d'ouverture liée aux couvre-feux et la hausse des coûts de sécurité et de logistique dans de nombreux magasins situés en zone urbaine.
« L'incertitude sur la dynamique de consommation et les conditions d'ouverture de nos points de vente est élevée », a déclaré Alexandre Bompard, président-directeur général, en précisant que la feuille de route stratégique « reste inchangée ». Le plan d'économies de coûts reste en ligne avec l'objectif de 1 milliard d'euros en 2026 ; lors de la publication semestrielle du 23 juillet 2026, le groupe faisait état de 490 millions d'euros d'économies réalisées sur le premier semestre.
Avant cette annonce, le consensus des analystes recensés au 19 octobre 2026 tablait sur un bénéfice par action de 1,73 € pour l'exercice en cours, l'action se payant alors environ 8,1 fois ces bénéfices attendus. La veille de la publication, le titre avait cédé près de 2 % en séance, après des violences survenues dans plusieurs villes.
France, Espagne, Brésil : les trois pays cœur en croissance comparable
Le chiffre d'affaires TTC du troisième trimestre a atteint 22 694 M€ avant application de la norme IAS 29 (hyperinflation en Argentine), en hausse de 2,3 % à magasins comparables, après +2,1 % au premier semestre. La progression ressort à 2,7 % à changes constants et à 3,9 % à changes courants. L'effet essence a contribué pour +1,3 %, l'effet de change pour +1,2 % (principalement le réal brésilien), tandis que l'effet périmètre a pesé pour -0,7 %, notamment en raison de la cession de six hypermarchés en France.
L'alimentaire a progressé de 2,7 % en comparable et le non-alimentaire a reculé de 1,1 %. En France (11 900 M€), les ventes ont augmenté de 1,2 %, avec une progression de tous les formats, après une nouvelle vague de baisses de prix lancée en août sur plus de 500 produits (réduction moyenne de 8 %). Les anciens magasins Cora affichent +7,3 %, après +5,0 % au deuxième trimestre et +2,3 % au premier, et les magasins Match +3,4 %.
L'Espagne (3 107 M€) a progressé de 2,1 %, portée notamment par la proximité (+13 %). Au Brésil (5 144 M€), la croissance comparable atteint 1,4 % : Atacadão a gagné 2,0 %, après +0,5 % au deuxième trimestre et -1,0 % au premier, tandis que Carrefour Retail a reculé de 2,3 % après l'arrêt du e-commerce non alimentaire. Le segment Autres pays progresse de 8,4 %, entre l'Argentine (+24,2 %), la Belgique (+2,3 %) et la Pologne (-4,3 %).
Sur neuf mois, le chiffre d'affaires s'élève à 66 483 M€ avant IAS 29, en hausse de 2,1 % en comparable. Au niveau du groupe, l'e-commerce a progressé de 18 % sur le trimestre.
Ligne de crédit prolongée et accord en vue du rachat de Codifrance
Le groupe a placé en septembre une émission obligataire de 500 millions d'euros. Le 19 octobre 2026, il a exercé la deuxième extension de sa ligne de crédit syndiquée de 4 milliards d'euros, dont l'échéance passe de novembre 2030 à novembre 2031 avec le soutien de toutes les banques du syndicat.
Carrefour a également signé un accord en vue d'acquérir Codifrance, spécialiste de l'affiliation et de la distribution alimentaire de proximité, une opération annoncée le 19 octobre 2026 sur la base d'une valorisation de 152 millions d'euros. Début octobre, le distributeur avait réalisé une cession-bail portant sur 35 magasins en France et en Espagne, pour une valeur nette vendeur d'environ 290 millions d'euros selon l'annonce du 8 octobre 2026.
Le conseil d'administration a par ailleurs réaffecté 871 877 actions auto-détenues au plan LTI 2024, le capital restant composé de 736 314 789 actions. Prochaine échéance : la présentation de la stratégie hypermarchés en France, le 17 novembre 2026.