Don't Nod obtient une procédure de sauvegarde, sa trésorerie tombe à 9,9 M€
Don't Nod a annoncé le 20 octobre 2026 que le Tribunal des activités économiques de Paris avait accueilli sa demande d'ouverture d'une procédure de sauvegarde au bénéfice de Don't Nod Entertainment SA. Le studio a publié le même jour ses résultats du premier semestre 2026, qui situent cette décision dans le temps : la trésorerie brute est passée de 15,5 M€ au 31 décembre 2025 à 9,9 M€ à fin juin 2026.
Le plan d'économies engagé fin 2024 produit des effets mesurables, avec un recul de 34 % des charges de personnel et de 35 % des autres charges d'exploitation. Ces baisses n'ont toutefois pas suffi à compenser l'absence de production immobilisée et le recul des ventes : l'EBITDA économique s'est établi à -4,3 M€, contre -2,0 M€ un an plus tôt.
Chiffre d'affaires de 6,1 M€, en baisse de 14 %
Au premier semestre 2026, le chiffre d'affaires de Don't Nod s'est établi à 6,1 M€, en baisse de 14 %. Les produits d'exploitation économiques, qui intègrent la production immobilisée, ressortent au même montant, en recul de 56 %, aucune production n'ayant été immobilisée sur la période. Les coûts de production d'Aphelion et du projet P14 n'ont pas été activés, ce dernier ne remplissant pas à ce jour le critère de capacité de financement requis, « malgré des marques d'intérêt » selon la société.
Les ventes, de 3,5 M€, proviennent principalement des revenus PlayStation Plus et Game Pass de Bloom & Rage, des premières ventes d'Aphelion et de son intégration au Game Pass, ainsi que du catalogue existant. Le groupe précise que les ventes d'Aphelion se sont établies en deçà de ses attentes. Les revenus de développement atteignent 2,6 M€, principalement liés au jeu narratif développé à Montréal sur une propriété intellectuelle de Netflix.
L'EBIT économique ressort à -7,3 M€, contre -21,9 M€ un an plus tôt. L'écart tient aux dotations aux amortissements et provisions, ramenées à -2,7 M€ contre -19,7 M€, le premier semestre 2025 ayant intégré 15,4 M€ de dépréciations. Après un résultat financier de 0,2 M€, la perte nette part du groupe s'élève à 7,1 M€, en amélioration sur un an.
Coûts en baisse, consommation de trésorerie de 5,6 M€
Les charges de personnel ont reculé de 4,3 M€, à 8,2 M€ contre 12,5 M€. Hors effets des mesures d'accompagnement du PSE comptabilisés en 2025, la baisse atteint 25 %, soit 2,7 M€. L'effectif moyen en équivalent temps plein est passé de 279 à 194 personnes entre le 30 juin 2025 et le 30 juin 2026.
Les autres charges d'exploitation sont revenues à 4,0 M€ contre 6,1 M€, sous l'effet principalement d'une baisse de 1,6 M€ des dépenses de marketing et d'édition (un seul jeu édité sur le semestre, contre trois en 2025) et d'une réduction de 0,6 M€ de la sous-traitance après la fin de la production d'Aphelion. La diminution des crédits d'impôt (-1,0 M€) a par ailleurs pesé sur l'EBITDA économique.
Le free cash-flow s'est établi à -5,2 M€, en amélioration de 3,5 M€, et la consommation totale de trésorerie a été contenue à 5,6 M€, contre 9,5 M€ un an plus tôt. Au 30 juin 2026, le groupe disposait de 12,7 M€ de fonds propres, de dettes financières brutes non significatives et d'une créance de crédit d'impôt de 7,5 M€, provisionnée à hauteur de 1,9 M€ au titre du remboursement du crédit d'impôt lié à Aphelion.
La société indique que la poursuite de l'exploitation sur les douze prochains mois dépend de la mise en place de financements externes. Elle qualifie cette situation d'incertitude significative susceptible de remettre en cause la continuité d'exploitation au-delà du 31 janvier 2027.
Période d'observation de six mois et jusqu'à 85 postes concernés
Le 1er septembre 2026, Don't Nod avait présenté un nouveau projet de transformation prévoyant le recentrage de l'activité française autour d'une ligne de production unique, sans impact sur le studio de Montréal. Ce projet pourrait conduire à un ajustement des effectifs concernant jusqu'à 85 postes en France ; les premières réunions d'information-consultation avec les instances représentatives du personnel se sont tenues selon le calendrier annoncé.
Pour Oskar Guilbert, président-directeur général, la procédure de sauvegarde constitue « une démarche d'anticipation et de protection ». Il précise que le niveau actuel de trésorerie « ne nous permet pas de sécuriser dans des conditions satisfaisantes l'ensemble des besoins de financement associés à nos activités et à nos projets ».
Par jugement du 19 octobre 2026, le tribunal a désigné la SELARL Détroit, représentée par Maître Charles-Henri Carboni, comme administrateur judiciaire. Les comptes semestriels n'ont fait l'objet ni d'un audit ni d'une revue limitée, et le rapport financier semestriel sera publié au plus tard le 31 octobre 2026. La procédure ouvre une période d'observation d'une durée initiale de six mois, pendant laquelle les dettes antérieures au jugement sont gelées.