Kering : Gucci recule encore de 8 %, mais la joaillerie atteint un record historique
Kering affiche une stabilisation de son chiffre d'affaires au premier trimestre 2026, franchissant une première étape dans sa trajectoire de redressement. Toutefois, cette performance globale masque des divergences profondes : tandis que Gucci recule encore de 8 % en données comparables, la joaillerie atteint un niveau record avec une croissance de 22 % et l'eyewear signe son meilleur trimestre de son histoire.
Chiffre d'affaires stabilisé mais fragile entre les divisions
Le groupe de luxe français a enregistré un chiffre d'affaires de 3 568 millions d'euros au premier trimestre 2026, en recul de 6 % en données publiées mais stable en données comparables par rapport au même trimestre de 2025. Cette stabilisation intervient après plusieurs trimestres de contraction et représente ce que la direction qualifie de « première étape significative » dans le redressement du groupe. Cependant, les performances divergent fortement selon les divisions. Le segment Mode & Maroquinerie, qui représente 80 % du chiffre d'affaires, affiche un repli de 3 % en comparable à 2 852 millions d'euros. À l'inverse, Kering Jewelry délivre une très belle performance avec un niveau record de 269 millions d'euros, marquant une hausse de 22 % en comparable. Kering Eyewear signe également un excellent trimestre avec 489 millions d'euros et une progression de 7 % en comparable, décrit comme son meilleur trimestre de son histoire.
Gucci reste la zone de turbulence du portefeuille
Au sein de Mode & Maroquinerie, Gucci, qui génère 1 347 millions d'euros au trimestre, recule de 8 % en données comparables. Les ventes en réseau propre s'inscrivent en baisse de 9 % en comparable, une contraction qui reflète l'ampleur de la transformation engagée. La direction qualifie ce trimestre de « résolument tourné vers l'exécution », avec des décisions fortes en matière de produits, de distribution et de relation client. Une première lueur d'espoir apparaît cependant en Amérique du Nord, où Gucci affiche une hausse de 8 % sur un an, selon le communiqué. Cette amélioration ne compense pas le recul en Asie-Pacifique et en Europe de l'Ouest. En parallèle, d'autres maisons du portefeuille Mode & Maroquinerie progressent : Saint Laurent, Bottega Veneta, Balenciaga et Brioni sont en croissance ce trimestre, portées notamment par une dynamique soutenue en Amérique du Nord. Cette hétérogénéité révèle l'impact variable des stratégies de redressement selon les marques.
Restructuration stratégique et transactions de bilan pour clarifier les priorités
Au-delà des chiffres, Kering a finalisé plusieurs transactions majeures depuis le début de l'année 2026, qui clarifient sa trajectoire. Le groupe a conclu son partenariat stratégique avec L'Oréal dans la beauté, finalisé une prise de participation de 20 % dans Raselli Franco Group (manufacturier de joaillerie) pour 115 millions d'euros, et cédé un immeuble emblématique Via Monte Napoleone à Milan pour 729 millions d'euros au comptant (432 millions d'euros supplémentaires versés dans cinq ans). Parallèlement, le groupe a mis en place une nouvelle organisation avec la création de deux pôles d'excellence (Industrie et Client) et a nommé des cadres dirigeants pour piloter la transformation. Le Capital Markets Day du 16 avril 2026 présentera la feuille de route stratégique « ReconKering » destinée à guider cette nouvelle phase. La direction précise que « l'objectif demeure de renouer avec la croissance et d'améliorer les marges » dans un environnement géopolitique et macroéconomique demeurant incertain. Le Moyen-Orient, qui représente environ 5 % du chiffre d'affaires retail et compte 1 100 employés et 79 boutiques, a vu son chiffre d'affaires retail reculer de 11 % ce trimestre suite aux perturbations liées au conflit régional, illustrant la vulnérabilité du groupe aux chocs externes.