Orange affiche +3,5 % de CA au T1, mais 100 M€ d'effets exceptionnels interrogent
Orange revendique une croissance de 3,5 % du chiffre d'affaires et de 6,6 % de l'EBITDAaL au premier trimestre 2026, bénéficiant d'une performance commerciale soutenue en France, Afrique et Europe. Cependant, le groupe reconnaît que cette accélération repose en partie sur des éléments exceptionnels représentant environ 100 millions d'euros de chiffre d'affaires (cofinancements réseau fibre), ce qui ramène la croissance organique réelle à 2,5 % en CA et 3,5 % en EBITDAaL.
Croissance affichée portée par le wholesale et l'international
Le chiffre d'affaires du groupe atteint 10 095 millions d'euros en augmentation de 3,5 % sur douze mois. Cette progression s'appuie sur deux piliers : la croissance des services de détail (+2,9%) et, surtout, celle des services aux opérateurs (+6,1%), fortement dynamisée par les cofinancements français. L'EBITDAaL grimpe à 2 601 millions d'euros, soit une augmentation de 6,6 %, grâce à la solidité des services retail et aux efforts d'efficacité opérationnelle, mais également amplifiée par cet effet positif exceptionnel d'environ 75 millions d'euros sur l'EBITDA. Les investissements économiques (eCAPEX) demeurent maîtrisés à 15,3 % du chiffre d'affaires, conforme à la cible 2026. En ce qui concerne les activités de détail, Orange consolide sa position de leader de la convergence en Europe avec 9,3 millions de clients, progressant de 1,9 %. L'Afrique et Moyen-Orient poursuivent leur dynamique avec une croissance à deux chiffres de 12,7 % (douzième trimestre consécutif), tandis que la France affiche une progression de 2,3 % et l'Europe de 2,2 %.
La dépendance aux éléments non-récurrents interroge la viabilité de l'accélération
Le communiqué révèle explicitement que sans les 100 millions d'euros de cofinancements fibre en France (éléments anticipés dans la guidance 2026 mais exceptionnels en nature), la croissance du groupe se limiterait à 2,5 % en chiffre d'affaires et 3,5 % en EBITDAaL. Cet écart de 1 point sur le CA et 3,1 points sur l'EBITDA soulève une question majeure : la croissance affichée est-elle portée par l'amélioration de la performance opérationnelle ou par des effets ponctuels ? Orange Business, le segment des services aux entreprises, accentue cette préoccupation avec un recul de 2,6 % du chiffre d'affaires, toujours affecté par le déclin structurel des activités fixes, même si les ventes d'équipements et les services IT progressent. Orange Cyberdefense affiche néanmoins une dynamique soutenue avec une croissance de 9,2 %. TOTEM, la filiale de tours de télécommunications, recule légèrement de 0,5 %, tandis que les services aux opérateurs internationaux diminuent de 0,6 % en raison de la baisse des SMS, partiellement compensée par une bonne performance du trafic voix et satellite.
Guidance relevée mais conditionnée par plusieurs chantiers stratégiques majeurs
Orange rehausse son objectif d'EBITDAaL pour 2026 et confirme les autres cibles financières, sans intégrer encore les effets de la reconsolidation de MasOrange (acquisition prévue pour le deuxième trimestre 2026, accord de la Commission européenne obtenu en avril). En cas de finalisation au T2, la reconsolidation devrait générer un effet accrétif sur la génération de cash-flow organique, mais aussi une augmentation temporaire du ratio de dette nette/EBITDAaL. Parallèlement, Orange a annoncé conjointement avec Bouygues et Free son entrée en négociations exclusives avec le groupe Altice pour l'acquisition de SFR, transaction sans certitude d'aboutissement à ce stade. Sur le plan opérationnel, le groupe progresse dans ses ambitions numériques avec le lancement d'assistants IA (Sharlie pour Sosh, MAIA pour les conseillers commerciaux), la poursuite du décommissionnement 2G et l'entrée en phase industrielle du démantèlement du cuivre (900 000 foyers fermés en janvier). En matière de distribution, Orange propose un dividende de 0,75 euro par action au titre de 2025 et définit un dividende plancher de 0,79 euro pour 2026, payable en 2027, sous réserve d'approbation actionnariale.