Compagnie du Bois Sauvage prend 100 % de Jeff de Bruges et muscle son pôle chocolat
Compagnie du Bois Sauvage a précisé lundi son recentrage stratégique autour du chocolat en devenant l'actionnaire exclusif de Jeff de Bruges. L'EBITDA du segment chocolat a progressé de 5 % à 56,1 M€ l'an passé, consolidant une trajectoire de croissance organique malgré la volatilité des cours du cacao. Reste à vérifier que la fusion des deux maisons (Jeff de Bruges, leader français des confiseries, et Neuhaus, géant international du luxe chocolaté) crée réellement des synergies sans diluer les identités respectives ni freiner la course à l'objectif 2030 : 400 M€ de revenus et 80 M€ d'EBITDA pour le segment.
Le chocolat pèse 300 M€ et progresse malgré le cacao volatil
Le segment chocolat a généré plus de 300 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, avec un EBITDA (hors IFRS 16) de 56,1 millions d'euros, en hausse de 5 % sur un an. Cette progression intervient malgré les turbulences répétées sur les cours du cacao, que le groupe absorbe grâce à un pouvoir de tarification affirmé et une politique de couverture rigoureuse. En valeur nette d'actifs du groupe (887 M€, +10 % annuel), la contribution du chocolat s'élève à 68 millions d'euros, témoignant du poids croissant du pilier dans la création de richesse actionnariale.
Jeff de Bruges affiche un chiffre d'affaires consolidé de 195 millions d'euros en 2025, le chiffre d'affaires total de la marque dépassant 315 millions d'euros. La marque, La marque s'appuie sur un réseau de plus de 500 magasins (480 en France, une cinquantaine à l'international) : cet ancrage local, couplé à une stratégie « Bean to Bar » (cacaoculture en Équateur certifiée Rainforest Alliance), forme le socle d'un modèle hybride entre franchise et magasins de propriété.
Intégration de deux modèles distincts : la faisabilité en question
L'entrée au capital à 100 % de Jeff de Bruges marque un tournant : le groupe abandonne la gouvernance de co-actionnaire pour une maîtrise totale de sa stratégie chocolat. Théoriquement, cette intégration doit déboucher sur un partage de bonnes pratiques, une mutualisation partielle des achats et une accélération des décisions. Neuhaus (fondée en 1857, plus de 800 points de vente mondiaux, foyer de compétence industrielle et expansion internationale) et Jeff de Bruges (champion français du circuit spécialisé, expert en supply-chain et point de vente) possèdent des forces complémentaires.
Or le pari tient à un équilibre délicat : préserver l'ADN de chacune (recettes, positionnement, histoire) tout en exploitant les synergies. Le groupe promet des shared services (ERP commun, solutions partagées) et un déploiement international dans chaque positionnement respectif, sans « standardisation ». Cette architecture reste à valider en exécution : la fusion culturelle et opérationnelle de deux entités avec des ADN si différents comporte un risque de friction ou de perte de momentum à court terme.
Ambition 2030 : 400 M€ de revenus, 80 M€ d'EBITDA attendus
Le groupe cible une transition vers 400 millions d'euros de chiffre d'affaires et 80 millions d'euros d'EBITDA (hors IFRS 16) pour le segment chocolat à horizon 2030. Pour la franchir, le groupe alloue au moins 60 % de ses ressources futures au chocolat, mettant en second plan les deux autres piliers (immobilier et investissements en private equity). Cette allocation de capital est cohérente avec une ambition de croissance, mais présuppose une accélération de 25 % du chiffre d'affaires en cinq ans et une marge EBITDA stable (soit 20 % du chiffre d'affaires projeté), supposant une gestion des coûts de main-d'œuvre et matière première en phase avec l'expansion.
Enjeu majeur pour les actionnaires : vérifier que l'intégration ne consume pas les ressources destinées à cette croissance, et que les deux marques, loin de se cannibaliser, exploitent vraiment leurs territoires et clientèles distincts pour accélérer ensemble.