Getlink : +15 % de CA au T1, mais des signaux d'alerte chez Eurotunnel
Le chiffre d'affaires consolidé de Getlink a atteint 371 millions d'euros au premier trimestre 2026, en hausse de 15% par rapport à la même période de 2025. Cette progression est largement soutenue par Eleclink, dont le chiffre d'affaires a plus que doublé à 70 millions d'euros, tandis que le cœur historique du groupe, Eurotunnel, enregistre une croissance modérée et des défis opérationnels croissants. Des coûts réglementaires significatifs menacent la rentabilité à moyen terme.
Eleclink fait bondir le groupe, mais le tunnel ne parvient pas à accélérer
La croissance de 15% du chiffre d'affaires consolidé repose sur une dynamique très inégale entre les branches du groupe. Eleclink, l'interconnexion électrique, affiche la progression la plus remarquable avec 70 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit une hausse de 112% par rapport au T1 2025. Cette envolée bénéficie d'un environnement favorable sur les marchés de l'électricité et d'un effet de base positif lié à la suspension de l'interconnexion entre janvier et février 2025. En excluant cet effet exceptionnel, la croissance ajustée d'Eleclink atteindrait 21%. Eurotunnel, la branche historique du groupe, progresse de seulement 4% à 258 millions d'euros. Cette croissance modérée résulte d'une hausse du chiffre d'affaires des navettes de 4% à 152 millions d'euros et d'une progression du réseau ferroviaire de 3% à 94 millions d'euros. Europorte, filiale de fret ferroviaire, affiche une croissance de 5% à 43 millions d'euros. Les autres revenus, portés par le développement de Getlink Customs Services, progressent de 9% à 12 millions d'euros.
Le trafic des navettes s'érode tandis que l'électricité sécurise sa rentabilité
Sous la surface de la croissance consolidée, les tensions opérationnelles chez Eurotunnel deviennent visibles. LeShuttle Passagers a transporté 367 607 véhicules de tourisme, en baisse de 1% par rapport au T1 2025, malgré un rebond en mars lié à l'effet calendaire de Pâques. La part de marché s'établit à 62,0%, quasi stable. LeShuttle Freight a vu son trafic camions reculer de 2% à 294 703 unités, impacté par la faiblesse économique en Grande-Bretagne et par des conditions météorologiques défavorables en janvier. La part de marché s'est contractée à 35,8% dans un marché transmanche décrit comme surcapacitaire et fortement concurrentiel. Par contraste marqué, les trains de marchandises ont subi une baisse bien plus prononcée, perdant 21% de leurs rotations. En revanche, Eurostar a connu une accélération avec une hausse du trafic de 5%, bénéficiant de la réouverture du terminal d'Amsterdam en février 2025 et d'une augmentation progressive des rotations. Sur le volet électrique, Eleclink a sécurisé 291 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 2026, représentant 89% de sa capacité annuelle, et 141 millions d'euros pour 2027, soit 36% de sa capacité.
Les business rates gonflent les coûts de 6 millions d'euros en 2026, créant une menace à long terme
Le groupe doit affronter une charge régulatoire croissante qui pèsera progressivement sur sa profitabilité. Après l'échec des discussions avec la Valuation Office Agency britannique, Getlink confirme une augmentation annuelle cumulée de 6 millions d'euros pour Eurotunnel en 2026, de 14 à 16 millions d'euros en 2027 et de 24 à 27 millions d'euros en 2028, comparées aux niveaux de 2025. Ces montants devront être intégrés dans un environnement d'inflation énergétique volatil. Le groupe a confirmé son objectif d'EBITDA courant consolidé pour 2026 compris entre 820 et 860 millions d'euros. Sur le front de l'actionnariat, Eiffage et Mundys ont renforcé leurs positions : Eiffage détient désormais 29,40% du capital et 29,9% des droits de vote après une acquisition de 1,74%, tandis que Mundys a accru sa participation à 19% du capital et 24,8% des droits de vote, avec une option pour acquérir 6% supplémentaires portant sa part à 25% du capital et 29,9% des droits de vote.