Guerbet plonge dans le rouge : 112,7 M€ de pertes après la crise du site de Raleigh
Guerbet a enregistré en 2025 un chiffre d'affaires en retrait de 3,5 % à taux de change constant et périmètre comparable, à 786,4 millions d'euros. Malgré cette contraction, le laboratoire français a maintenu sa marge d'EBITDA retraité à 12,0 %, dans le haut de sa fourchette, et généré un Free Cash-Flow positif de 19,2 millions d'euros. Cependant, des problèmes de conformité majeurs sur son site américain de Raleigh menacent sa structure financière et l'exposent à un probable non-respect de ses covenants bancaires dès le 30 juin 2026.
Chiffre d'affaires sous pression, rentabilité préservée
Guerbet a clos l'exercice 2025 avec un chiffre d'affaires de 786,4 millions d'euros, en baisse de 3,5 % à taux de change constant et périmètre comparable. Ce repli s'explique essentiellement par deux facteurs : la contraction de l'activité en France, qui sans elle aurait stabilisé les ventes du groupe, et les problèmes de Raleigh survenus au quatrième trimestre. L'impact devises a été significatif, avec une dépréciation du dollar, du réal brésilien et du won sud-coréen pesant pour 22,8 millions d'euros.
Malgré cette baisse d'activité, Guerbet a démontré une discipline de coûts remarquable, réduisant ses charges de personnel de 7,2 % et ses dépenses externes de 6,5 %. En conséquence, la marge d'EBITDA retraité s'est établie à 12,0 % du chiffre d'affaires, dans le haut de la fourchette ajustée communiquée en décembre (entre 10,5 % et 12 %), contre 14,9 % en 2024. Cette résilience relative masque cependant une rentabilité opérationnelle nettement dégradée : l'EBITDA brut n'a représenté que 10,5 % du chiffre d'affaires, impacté par les coûts exceptionnels de réorganisation évalués à 12,2 millions d'euros.
Une trésorerie positive qui cache une fragilité croissante
Sur le plan de la trésorerie, Guerbet affiche des résultats contrastés. Le Free Cash-Flow s'est établi à 19,2 millions d'euros en positif, redressement remarquable comparé au déficit de 9,1 millions d'euros de 2024, porté notamment par une amélioration significative du besoin en fonds de roulement et une optimisation des délais de paiement clients. En revanche, le résultat net s'est effondré à -112,7 millions d'euros, plombé par une dépréciation exceptionnelle de 86 millions d'euros constatée à l'issue des tests de dépréciation sur le site de Raleigh, ainsi qu'une provision de 10 millions d'euros pour destructions de stocks.
Ces éléments, bien que purement comptables selon le groupe, reflètent un affaiblissement patrimonial important : les capitaux propres ont reculé de 394 millions d'euros à 267 millions d'euros sur l'année. L'endettement financier net s'est légèrement amélioré, passant de 344,9 millions d'euros à 325,7 millions d'euros, ramenant le ratio d'endettement à 4,0x l'EBITDA, en deçà du plafond de 4,8x fixé en décembre dans la dérogation obtenue auprès des prêteurs.
Raleigh : une épée de Damoclès sur les finances 2026
La véritable menace pour Guerbet réside dans la crise opérationnelle du site de Raleigh, en Caroline du Nord. Les problèmes de conformité identifiés par la Food and Drug Administration ont généré une baisse du chiffre d'affaires au quatrième trimestre 2025 et obligent le groupe à maintenir un taux de libération des lots sous la normale. Le groupe anticipe en 2026 un impact négatif significatif sur son activité, sa rentabilité et sa génération de trésorerie. Particulièrement préoccupant : Guerbet signale un risque probable de non-respect du ratio d'endettement financier sur EBITDA de 3,5x testé au 30 juin 2026. En cas de matérialisation, les prêteurs pourraient déclarer l'exigibilité anticipée de la dette à partir du second semestre 2026, ouvrant la porte à une crise de liquidité. Le groupe compte sur la poursuite du plan de remise en conformité et l'obtention d'une dérogation supplémentaire de ses créanciers. Le site devrait atteindre un niveau normatif de libération à la fin 2026, permettant au groupe d'opérer dans les conditions habituelles sur l'ensemble de 2027. Le Conseil d'administration proposera également à l'assemblée générale du 22 mai 2026 de ne pas distribuer de dividende au titre de 2025, priorité accordée au renforcement de la trésorerie.