Kering : CA stable, Gucci recule de 8 %, mais trois deals majeurs rebattent les cartes
Kering navigue entre stabilisation et réorganisation. Le géant du luxe a présenté mardi un chiffre d'affaires sans croissance au premier trimestre, et a simultanément finalisé trois transactions majeures (beauté, joaillerie, immobilier) renforçant son bilan et clarifiant ses priorités stratégiques. La question centrale demeure : cette restructuration financière et opérationnelle suffira-t-elle à relancer la croissance opérationnelle, particulièrement chez Gucci, le cœur du groupe, dont les performances restent en retrait ?
Stabilité au sommet, divergences en profondeur
Le chiffre d'affaires du groupe s'établit à 3 568 millions d'euros au premier trimestre, inchangé en données comparables. Cette stabilité constitue une amélioration séquentielle dans la trajectoire du groupe, selon le communiqué. Cependant, elle résulte de compensations entre divisions. Mode & Maroquinerie, le segment principal générant 2 852 millions d'euros, enregistre un recul de 3 % en comparable. Gucci, isolée à 1 347 millions d'euros, subit un repli de 8 % en comparable, bien que l'Amérique du Nord affiche une progression de 8 % sur un an. A contrario, Kering Jewelry atteint 269 millions d'euros, une performance record, avec une croissance de 22 % en comparable. Kering Eyewear livre 489 millions d'euros, caractérisé comme son meilleur trimestre historique, en progression de 7 % en comparable. Le segment Corporate & Autre totalise 30 millions d'euros.
Restructuration et clarification stratégique via trois transactions de poids
En parallèle de ces résultats, Kering a finalisé un portefeuille de transactions redessinant son architecture. L'acquisition de 20 % de Raselli Franco Group, major manufacturier de joaillerie en Europe, pour 115 millions d'euros, consolide la plateforme Kering Jewelry. La vente partielle via Al Mirqab Group de l'immeuble phare de Milan (Via Monte Napoleone) génère 729 millions d'euros immédiats, avec 432 millions supplémentaires attendus dans cinq ans, Kering conservant 20 % en participation mise en équivalence. L'alliance stratégique avec L'Oréal, finalisée le 31 mars, transfère les activités beauté (dont Creed) et les licences de fragrances aux marques principales. Ces opérations renforcent la liquidité du groupe et opèrent un recentrage. Simultanement, Kering a restructuré son organisation avec création de deux pôles d'excellence (Industrie et Client) et nommé de nouveaux dirigeants : Pierre Houlès à la direction Digital/IA/IT, Stéphane Noël à la direction Industrielle et Carlo Mocci à la direction Client.
Gucci en redressement, Moyen-Orient sous surveillance
Gucci demeure la priorité absolue du groupe, selon le directeur général Luca de Meo. Le premier trimestre a été marqué par une reprise de travaux structurants : refonte de l'offre produit, clarification des priorités par catégorie et déploiement progressif de nouvelles collections en boutique tout au long de 2026. Les ventes en réseau propre de Gucci reculent de 9 % en comparable, mais l'Amérique du Nord apporte une première confirmation que le repositionnement commence à porter ses fruits. En revanche, Asie-Pacifique et Europe de l'Ouest demeurent en retrait. Le groupe signale également une vigilance accrue sur le Moyen-Orient : depuis fin février, le conflit régional constitue un sujet de surveillance, affectant environ 1 100 employés, 79 boutiques et représentant près de 5 % du chiffre d'affaires retail. Le chiffre d'affaires retail de la région recule de 11 % au premier trimestre après progression les deux premiers mois. Aucun collaborateur n'a été directement touché à ce jour, mais le groupe suit les répercussions éventuelles sur le tourisme mondial et l'environnement macroéconomique. Pour 2026, le groupe met l'accent sur l'agilité et l'exécution rigoureuse, avec pour objectif de renouer avec la croissance et d'améliorer les marges. Un Capital Markets Day prévu le 16 avril à Florence doit présenter la feuille de route stratégique détaillée, intitulée ReconKering.