Lhyfe : le chiffre d'affaires double, mais les pertes augmentent
Le producteur d'hydrogène vert a quasiment doublé son chiffre d'affaires à 9,8 M€ en 2025, porté par une accélération commerciale en Europe et l'entrée en service de nouveaux sites. Mais cette expansion s'accompagne d'une perte opérationnelle aggravée à 47,6 M€, révélant les coûts croissants d'une montée en puissance industrielle dans un secteur encore prématuré.
Une croissance commerciale manifeste mais coûteuse
Les chiffres de l'activité affichent une dynamique incontestable. Le chiffre d'affaires de Lhyfe a pratiquement doublé en 2025, passant de 5,1 M€ à 9,8 M€, soutenu par l'élargissement du portefeuille clients et une accélération des livraisons en France, en Allemagne et en Suède. Le nombre de clients livrés a augmenté de près de 60 %, tandis que le groupe a réalisé plus de 850 livraisons dans 9 pays européens, soit une hausse d'environ 80 % comparé à 2024. Cette expansion logistique s'appuie sur une flotte de plus de 80 conteneurs hydrogène de type 4, présentée comme l'une des plus grandes flottes modernes de transport d'hydrogène en vrac de l'Union européenne.
Parallèlement, la capacité totale d'électrolyse installée doit augmenter de 70 %, avec six sites de production existants ou en construction permettant d'accélérer la montée en puissance opérationnelle. Sur le plan commercial, Lhyfe a sécurisé plusieurs contrats pluriannuels stratégiques, notamment avec la SETRAM pour approvisionner les bus hydrogène de la métropole du Mans, et a continué de renforcer sa présence auprès de stations d'avitaillement en hydrogène et d'industriels en Europe.
Des déficits qui s'approfondissent malgré l'expansion
Cependant, cette croissance commerciale cache une réalité financière moins flatteuse. La perte d'exploitation courante s'est creusée à 39,4 M€ en 2025, contre 28,7 M€ en 2024, tandis que le résultat opérationnel (incluant les charges non-récurrentes) atteint une perte de 47,6 M€ contre 29,0 M€ l'année précédente. L'EBITDA ajusté demeure fortement négatif à 27,4 M€. Selon le communiqué, cette détérioration résulte de charges externes en hausse de 3,5 M€ (passant de 12,5 M€ à 16,0 M€), principalement dues aux coûts de transport de l'hydrogène amplifiés par l'activité accrue et aux frais associés à la mise en service des sites. Elle est également imputable à une hausse des dotations aux amortissements de 4,1 M€, reflétant l'accumulation de nouveaux actifs de production et de stockage. La perte nette pour la période s'établit à 51,0 M€, contre 29,2 M€ en 2024. Retraitée des charges de restructuration, cette perte ressort à 42,8 M€. L'entreprise justifie ces surcoûts ponctuels par des charges liées à sa restructuration annoncée fin 2025, incluant 3,4 M€ de coûts de départ de salariés et des dépréciations d'actifs liées à certains projets abandonnés suite au redéploiement des priorités.
Un repositionnement structurel pour atteindre l'équilibre
Face à cette situation, Lhyfe a annoncé un plan de redressement ambitieux. Le groupe vise une réduction de ses coûts de structure de l'ordre de 30 % dès 2026, conduisant à la suppression nette d'environ 60 postes au cours de l'année. Parallèlement, il entend externaliser les activités d'ingénierie et de construction (EPC) tout en conservant leur management, repositionnant son organisation autour de deux métiers clés : l'exploitation (Own) et le développement (Develop). Pour 2026, Lhyfe anticipe une hausse significative de 50 % du chiffre d'affaires de vente d'hydrogène RFNBO par rapport à 2025, alimentée par la contribution des sites nouvellement mis en service et une stratégie commerciale combinant ventes directes et indirectes via un réseau de revendeurs. Le groupe dispose d'une trésorerie robuste de 74,7 M€ et a validé un modèle de financement novateur, avec le succès en 2025 d'une opération de refinancement portant sur un portefeuille de quatre sites pour 53 M€. En parallèle, le portefeuille de projets en développement totalise 1,4 GW de capacité, avec 208 M€ de subventions sécurisées, dont 149 M€ pour le projet phare Green Horizon au Havre. L'enjeu pour les investisseurs reste clair : transformer cette croissance d'activité en profitabilité réelle, un défi que la réduction des coûts et l'optimisation de la structure devraient contribuer à résoudre, à condition que la demande réglementaire et industrielle d'hydrogène vert confirmée par les réformes européennes (directive RED III, HAR britannique, mécanismes français) se concrétise au rythme prévu.