Pommery en négociations exclusives pour une cession face à 750 M€ de dette
Le troisième négociant champenois français se tourne vers le géant allemand des vins effervescents pour surmonter une crise financière aiguë. Incapable de boucler son refinancement bancaire et confronté au remboursement d'une échéance obligataire de 45 millions d'euros, le groupe familial de Paul-François Vranken engage des négociations exclusives en vue d'une cession.
Une dette nette de 750 millions d'euros face à un marché du champagne déprimé
Vranken-Pommery traverse une crise d'endettement sans précédent. L'entreprise affiche une dette nette de 750 millions d'euros fin 2025, soit plus de 2,5 fois son chiffre d'affaires estimé à 293 millions d'euros. Cette situation a été aggravée par la hausse des taux d'intérêt et l'accumulation de stocks, qui pèsent sur la trésorerie du groupe. Le marché du champagne constitue un facteur aggravant. En 2025, les expéditions de champagne en France et à l'international ont atteint leur deuxième plus bas niveau depuis 2008, hormis la période Covid. Vranken-Pommery s'avère particulièrement vulnérable à cette contraction, en raison de sa forte exposition au marché français. La situation s'est cristallisée lors du refinancement : le pool bancaire champenois, qui soutient le groupe depuis des années, s'est retiré, laissant Vranken-Pommery sans accès aux marchés obligataires. Les créanciers ont toutefois consenti à repousser d'un an le remboursement de l'échéance obligataire du 19 juin, fixée à 45 millions d'euros.
Marques en milieu de gamme et marges comprimées
Au-delà de l'endettement, la structure commerciale du groupe a montré ses limites. Contrairement à ses concurrents majeurs, Vranken-Pommery n'a pas suivi le mouvement de montée en gamme généralisé en Champagne. Les marques phares, Pommery et Heidsieck, restent positionnées en milieu de gamme, ce qui les a rendues fortement dépendantes de la promotion commerciale et a pesé sur les marges. Cette fragilité tarifaire s'est manifestée lors de la cession des champagnes Heidsieck à Lanson-BCC l'année passée, qui a permis au groupe de récupérer 50 millions d'euros. Cette injection de liquidités n'a cependant pas suffi à redresser la situation face à un niveau d'endettement croissant.
Henkell, partenaire allemand aux capacités de financement supérieures
Henkell, groupe allemand réalisant 1,25 milliard d'euros de chiffre d'affaires, produit essentiellement des vins effervescents (marques Mionetto, Freixenet) et possède une présence en Champagne par les marques Alfred Gratien. Ce rapprochement entre une prestigieuse maison champenoise française et un groupe viticole généraliste étranger serait inédit dans le vignoble. Les négociations exclusives ont été fixées à deux mois et s'achèveront début août. Paul-François Vranken, qui a transmis la présidence du groupe à sa femme Nathalie en avril, a également vendu le restaurant parisien Lucas Carton (racheté en 1998) il y a quinze jours, une cession qui doit dégager de la flexibilité financière pour le holding familial, qui détient 70 % de Pommery & Associés. La publication des comptes détaillés pour 2025 et l'assemblée générale initialement prévues les 16 avril et 4 juin ont été reportées sine die.