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G7 environnement : vers une finance de la biodiversité

| Publié le 06-05-2019 17:49 | Mise à jour le 21-06-2019 12:03
G7 environnement : vers une finance de la biodiversité
Crédit(s) photo(s) : @brunepoirson Compte twitter de Brune Poirson  

La disparition de la biodiversité aura longtemps été la grande absente des discussions internationales sur la préservation de l'environnement. Cette période pourrait bien être révolue : réunis pour le G7 Environnement, les ministres de l'environnement des 13 pays viennent de signer la « Charte de Metz », marquant leur volonté politique d'agir pour la protection des espèces animales et végétales.

- La signature de la charte pour la biodiversité par 13 pays est une réelle avancée

- La disparition de la biodiversité a été occultée par la lutte contre le réchauffement climatique : c'est un problème différent, également provoqué par l'activité humaine et qui pourrait aussi avoir de très lourdes conséquences

- Son importance est soulignée par un rapport scientifique alarmant, qui indique que 1 million d'espèces pourraient disparaître totalement d'ici quelques années, mettant l'humain en péril

- Un rapport de la WWF et d'AXA formule des préconisations pour lancer une finance de la biodiversité afin de mobiliser les acteurs économiques et financer les transitions nécessaires

La préservation de la biodiversité s'inclue dans la politique de grandes puissances économiques

En amont de la rencontre des Chefs d'État du G7 qui aura lieu du 24 au 26 août à Biarritz, les ministres de l'environnement des pays membres du groupement se sont réunis pendant deux jours à Metz pour entamer des discussions au sujet de la biodiversité.

Le sommet a permis la signature de la « charte de Metz » par les ministres des pays du G7 ainsi que ceux du Chili, des Fidji, du Gabon, du Mexique, du Niger et de la Norvège. Toutefois, les États-Unis y ont fait inscrire un paragraphe différent afin de marquer leurs divergences sur le climat (Donald Trump a fait part en 2017 de sa volonté de sortir de l'accord de Paris). Le texte, non-contraignant, exprime la volonté des pays signataires à prendre des mesures pour la protection de la faune, de la flore et des océans.

L'objectif est que cette charte soit maintenant signée par le plus de pays possible avant l'organisation de la COP15 qui aura lieu en Chine en 2020.

C'est l'une des premières fois que le sujet de la biodiversité est porté à un niveau politique international. Si le réchauffement climatique et ses conséquences sont ancrés dans les esprits et la lutte entamée, l'extinction des espèces animales et végétales était jusqu'à maintenant occultée. Pourtant, les risques sur les vies humaines et les risques économiques sont considérables, selon deux rapports rendus publics à l'occasion du G7 Environnement.

Découvrir la Charte de Metz sur la biodiversité


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Une étude alarmante évoque la 6ème extinction de masse des espèces vivantes

Le G7 Environnement a notamment été marqué par la publication d'un rapport de l'IPBES (Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité sous l'égide de l'ONU), qui s'alarme de l'extinction massive des espèces qui a lieu actuellement. Cette étude peut être comparée au rapport du GIEC sur le climat.

Selon l'IPBES, « une grande partie de la nature est déjà perdue, et ce qui reste continue à décliner ». Or, ce phénomène serait directement lié à l'activité humaine, et notamment à l'utilisation intensive des terres (agriculture et déforestation), à l'exploitation intensive du vivant (pêche), mais aussi au changement climatique, à l'émission de pollutions et à la multiplication des espèces invasives.

1 million d'espèces pourraient ainsi totalement disparaître d'ici quelques décennies si les comportements humains ne sont pas modifiés. Pour de nombreux scientifiques, nous sommes en effet en train d'assister au début de la 6ème « extinction de masse », période définie comme une disparition rapide d'au moins 75% des espèces de végétaux et d'animaux de la Terre et des océans.

Pour les scientifiques, l'enjeu n'est ni plus ni moins que la survie de l'espèce humaine. Pour faire face, ils expliquent qu'il est nécessaire d'opérer un changement profond dans les usages de consommation et de production. « Nous sommes en train d'éroder les fondements mêmes de nos économies, nos moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, la santé et la qualité de vie dans le monde entier », explique Robert Watson, président de l'IPBES.

A lire également : One Planet, finance verte... Comment l'avenir des épargnants se prépare

La disparition de la biodiversité : la grande absente de la mesure du risque économique

A l'occasion du G7 environnement, la WWF (organisation de protection de l'environnement) et le groupe mondial d'assurances AXA ont présenté un rapport concernant l'intégration du risque sur la biodiversité dans les décisions d'investisseurs privés. Intitulé « Into the wild – intégrer la nature dans les stratégies d'investissement », il vise à sensibiliser chacun sur les impacts économiques et financiers de la destruction de la faune, de la flore et des océans.

Si le changement climatique commence à être intégré à l'économie et la finance grâce à l'utilisation de plus en plus répandue des critères « ESG » (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), la disparition d'une partie de la biodiversité a un impact qui n'est, à ce jour, ni mesuré ni pris en compte dans les décisions d'investissement. Or, le rôle des institutions financières et des sociétés d'investissement est crucial dans le développement et le recul des secteurs économiques. Il est donc important qu'elles intègrent l'impact sur la biodiversité à leurs critères d'analyse pour mieux orienter les financements.

« La contribution implicite de chaque espèce à notre économie a un impact considérable : leur rôle peut être vu comme un service gratuit fourni par la nature. Par exemple, la pollinisation artificielle coûterait 153 milliards d'euros par an, générant des coûts technologiques et de main d'œuvre excédant de loin notre viabilité économique. Or, ces espèces sont en train de disparaître très vite, mettant en danger ces services et menaçant l'intégrité humaine », écrit Thomas Buberl, président du groupe AXA.

A lire également : « L'approche par les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance est la tendance de demain »

Vers une « finance de la biodiversité »

Le rapport de la WWF et AXA émet 5 préconisations, dont la création d'une « Task Force » internationale. Elle serait destinée à identifier les activités économiques qui ont un impact sur la biodiversité et celles qui peuvent, au contraire, contribuer à la préserver, voire la restaurer. L'objectif n'étant pas de bannir certaines activités au profit de niches, mais au contraire de les mener vers des efforts de transition.

Le rapport préconise également d'intégrer les critères d'impact sur la biodiversité à l'analyse des risques extra-financiers dans tout processus d'investissement. Les critères « ESG » sont en effet de plus en plus utilisés par les sociétés financières pour évaluer le risque des entreprises dans lesquels l'argent est investi. Mais à ce jour, les critères environnementaux se limitent le plus souvent à l'impact sur le réchauffement climatique.

Axa et la WWF précisent que l'absence de données concernant les conséquences des différentes activités économiques sur la biodiversité empêchent tout simplement de connaître les risques et d'élaborer des stratégies d'investissement adaptées. Ainsi la 3ème recommandation du rapport est de « développer un cadre que les investisseurs pourront utiliser pour analyser les risques liés à la biodiversité et nouer des relations avec les entreprises dans lesquelles ils investissent, en particulier dans les secteurs les plus dommageables pour la biodiversité. »

Enfin, le rapport propose deux autres pistes : la création d'un label pour les produits financiers ayant un impact positif sur la nature (à l'image du label « ISR » actuel), et l'établissement de priorités par les gouvernements afin de donner « une visibilité sur les domaines les plus sensibles et ceux où des efforts de transition devraient être lancés de toute urgence ».

Qu'est-ce que le G7 ?
Le G7 est un groupement de discussions et de partenariats économiques composé des 7 des pays les plus industrialisés du monde à savoir l'Allemagne, la France, le Canada, les États-Unis, l'Italie, le Japon et le Royaume-Uni. Créé en 1975, il a été rejoint par l'Union Européenne en 1977. En 1997, la Russie avait rejoint le groupement qui est alors devenu le G8, mais elle a été suspendue après l'annexion de la Crimée en 2014.

Le G7 réunit chaque année les chefs des États membres. Il a une présidence tournante d'une durée d'un an. En 2019, il est présidé par la France. En 2020, ce sera au tour des États-Unis.

A lire également : L'investissement responsable est une façon de réconcilier les investisseurs et les marchés financiers – entretien avec François L'Hénoret de Sanso IS
ISR et performance sont compatibles

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Mieux comprendre l’article

Les mots soulignés dans l'article sont brièvement définis ici.

Critères ESG :
Les critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) permettent d'analyser le risque d'un investissement, à côté des risques purement financiers. Il s'agit d'examiner les risques de l'activité d'une entreprise au regard de son impact sur le climat, sur les aspects sociaux (dans l'ensemble de la société ou sur ses salariés), ainsi que les risques liés à la manière dont elle est gérée et contrôlée.

ISR :
L'Investissement Socialement Responsable est un mode d'investissement, qui prend en compte des critères purement financiers ainsi que des critères extra-financiers. Les qualités de l'entreprise étudiée sont examinées sous l'angle de critères environnementaux (impact sur le climat notamment, pollution liée...), sociaux (impact dans la société ou sur les salariés) et de gouvernance (méthode de gestion). Ces critères sont souvent désignés par le sigle "ESG". Ces données extra-financières sont désormais reconnues comme exprimant un risque pour les entreprises, qui peut impacter leur rentabilité financière.
Certains produits d'investissement qui sélectionnent des entreprises par le prisme de ces critères peuvent demander à obtenir le label ISR. Ce label est destiné à ce que le produit financier soit identifiable par le public, et son obtention n'est pas obligatoire.