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One Planet, finance verte... Comment l'avenir des épargnants se prépare

| Publié le 19-03-2019 17:11 | Mise à jour le 01-06-2019 09:26
One Planet, finance verte... Comment l'avenir des épargnants se prépare
Crédit photo : © Elysée  

Les États et le monde de la finance veulent accélérer sur la transition énergétique. Les risques financiers encourus et les nouveaux critères de choix des épargnants et investisseurs jouent un rôle déterminant dans cette décision.

One Planet : le sommet pour entretenir la lutte contre le réchauffement climatique

En 2002, Jacques Chirac lançait un avertissement lors du Sommet pour la Terre de Johannesburg : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ». 15 ans plus tard, c'est avec un « Make our Planet great Again » qu'Emmanuel Macron appelait à se (re)mobiliser pour relever le défi du changement climatique. Des mots qui faisaient suite à la décision de Donald Trump (adepte du « make America great again »), de faire sortir les États-Unis l'accord de Paris.
Fin 2017, la France, les Nations Unies et la Banque Mondiale lançaient le mouvement « One Planet ». Une coalition avec pour objectif de mobiliser la finance pour favoriser la transition écologique à l'échelle mondiale.

Réunis à Paris, des acteurs privés (banques, entreprises) et publics (États, fonds souverains...) prenaient 12 engagements pour le climat. Amplifier le financement de l'adaptation aux changements climatiques, accélérer la transformation vers une économie bas-carbonne, et ancrer les enjeux climatiques au coeur de la finance en sont des thèmes phares.

En mars 2018, l'Union Européenne rendait public son plan d'action pour la finance verte, avec pour objectif de réorienter les flux financiers vers une croissance soutenable. Un objectif : « devenir leader mondial climatique et terre d'accueil pour les investissements durables ».

En septembre à New York, lors de la deuxième édition du One Planet Summit, le milliardaire et ex-maire Michael Bloomberg annonçait réunir un réseau à Wall Street pour financer des projets durables, et le géant Google s'engageait à fournir près de 10 000 villes en données sur les bâtiments, transports et qualité de l'air pour les aider à mettre en œuvre leur plan d'action (« smart cities »).

Le 14 mars 2019, c'était au tour du Kénya d'accueillir le One Planet Summit à Nairobi. Si le continent africain est peu responsable des émissions de gaz à effet de serre (4%), il est aussi probablement l'avenir du développement durable.
Le Président Uhuru Kenyatta s'y est notamment engagé à préserver la couverture forestière au Kénya, et Andry Rajoelina, Président Malgache, a présenté un programme de lutte contre la déforestation. La France y a indiqué rallonger de 500 millions d'euros le plan d'investissement dans des panneaux solaires africains d'ici 2022, et la Banque Mondiale a fait la promesse de financer l'équivalent de plus de 10 milliards d'euros de projets en faveur du développement durable.

L'accord de Paris est un accord international signé par 196 pays (sur les 197 que compte l'ONU), faisant suite aux négociations lors de la Conférence de Paris sur le climat (COP21 de 2017). Il prévoit de contenir le réchauffement climatique « en dessous de 2°C par rapport au niveau préindustriel » d'ici 2100.

Une nécessité pour la survie... économique

Soyons lucides : ce modèle, qui consiste à mobiliser la finance pour lutter contre le réchauffement climatique, ne s'impose pas de lui-même par pure envie de « faire le bien ». Si les choses commencent à bouger, c'est qu'il a des conséquences financières et politiques directes, qui peuvent aller jusqu'à ébranler les États dans un futur plus ou moins proche : coût des catastrophes naturelles, déplacements massifs des populations, problèmes de santé publique... Pour ces acteurs, changer de modèle devient aussi un impératif de « survie » économique.

Selon l'ONU, en 20 ans le coût des catastrophes a augmenté de 1600 milliards de dollars. La France est le 10ème pays le plus touché. A l'échelle du monde, les catastrophes naturelles auraient engendré des pertes économiques de 2908 milliards de dollars, dont près de 80% sont dus à des phénomènes climatiques.

A lire également : Lutte contre le réchauffement climatique : les efforts colossaux qu'il faudrait faire

Des particuliers de plus en plus soucieux de leur impact

L'opinion publique n'est pas non plus pour rien dans la prise de conscience des États, des grandes entreprises et du monde de la finance. Bien au contraire. De nombreuses études montrent que les particuliers, dont les Français, se soucient de plus en plus de l'impact de leur mode de vie : consommation, comportements domestiques, mais également conditions salariales et impact de leurs éventuels placements.
La génération actuelle est beaucoup plus consciente de son empreinte sur l'environnement et sur la société que ne l'étaient les générations précédentes. Les images de la Marche pour le Climat du 16 mars 2019, où l'on voit un public jeune, familial (et très féminin), parlent d'elles-mêmes.

Rien d'étonnant donc, à ce que l'investissement responsable prenne de plus en plus d'importance sur les étagères des distributeurs de produits financiers, et que le monde politique commence à se pencher sur la question. Avoir un impact positif sur le monde est aujourd'hui une demande claire d'une part grandissante de la population des pays dits "riches".

Associé aux risques financiers et géopolitiques très concrets qui pèsent sur tout le système du simple fait du réchauffement, ce qui pouvait sembler il y a une dizaine d'années à une « tendance marketing » (et de "greenwashing") tend à devenir une véritable lame de fonds, qui oblige banques, institutions financières et grandes entreprises à revoir leurs modes de fonctionnement. D'autant que c'est aujourd'hui un argument pour conserver leurs clients, en conquérir de nouveaux, fédérer leurs salariés, et faire face à la concurrence.

A lire également : L'investissement responsable est une façon de réconcilier les investisseurs et les marchés financiers

L'émergence de nouveaux critères de risques

Les institutionnels doivent donc prendre en compte de nouveaux risques : l'alourdissement de la facture liée aux bouleversements climatiques, les risques environnementaux et sociaux qui pèsent sur la rentabilité, et les volontés des particuliers, qui tendent de plus en plus à rejeter les pratiques non-éthiques et sont autant de clients à conserver.

Sous ces différentes pressions, le monde de la finance est donc lui aussi en train de se transformer lentement. Il intègre progressivement une analyse des risques extra-financiers dans son approche traditionnel du risque des investissements, tels que ceux émanant des comportements environnementaux, sociaux et de gouvernance des entreprises ciblées. Ces critères « ESG » sont en passe de devenir un classique, leurs impacts ayant des conséquences directes sur la rentabilité.

A lire également : L'approche par les critères ESG est la tendance de demain

La « finance verte » : une action pas suffisante

L'écologie et le développement durable ne semblent donc plus être cantonnés à quelques acteurs économiques qui seraient uniquement spécialisés sur la question. Petit à petit, ils concernent tous les acteurs et pétrissent, peut-être, un nouveau modèle de société. Certes, on est très loin de la perfection, et l'équilibre entre ceux qui ne veulent rien changer et ceux qui veulent des solutions radicales est encore à trouver. Mais de nombreuses initiatives permettent de supposer que les choses avancent : sans la finance et le politique, difficile de faire avancer quoi que ce soit.

La « finance verte » se développe. Mais si elle a le mérite d'exister, il peut lui être reproché de se cantonner à une seule partie de l'économie : le financement de « produits verts ». Or, la transition énergétique et le développement durable ne peuvent se cantonner à quelques sociétés sur la base du volontariat et quelques produits. D'autant que dans l'esprit de beaucoup d'investisseurs, les placements « verts » sont synonymes de très faible rentabilité, ce qui les éloigne.

Depuis 2015, la France impose aux entreprises, investisseurs professionnels et institutionnels ainsi qu'aux gestionnaires d'actifs de publier annuellement les informations sur leur prise en compte des risques liés au changement climatique et leurs objectifs en matière de transition bas-carbone. Le pays est, d'après le Ministère des Affaires Étrangères, devenue le premier au monde à faire ce pas.

Des prises de conscience et des actions, qui ne donnent cependant pas encore des résultats probants. D'après le dernier rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté en France en 2017, 2 ans après la signature de l'accord de Paris.
Un mauvais signal face à l'objectif de réduire ces émissions de 27% à horizon 2028 et 75% d'ici 2050. D'autant que d'après ces experts, si elles étaient respectées, les clauses de l'accord de Paris ne seraient pas même suffisantes pour contenir une hausse de température de l'ordre de 1,5%...

"L'obligation verte", outil financier de la "finance verte"
C'est un emprunt émis sur les marchés financiers pour financer un projet de développement durable. Ce qui la différencie d'une obligation classique et l'obligation de reporting sur les investissements qu'elles financent. La France a lancé sa première obligation verte sur le marché avec une maturité de 22 ans pour un montant de 7 milliards d'euros. Elle est destinée à financer des dépenses de l'État sur la lutte contre le changement climatique, la protection de la biodiversité, et la lutte contre la pollution.

Ok, mais que faire ?

Du côté des placements des particuliers, il est aujourd'hui possible d'adopter les mêmes comportements que ceux du quotidien. Le mieux est probablement de faire le tri et d'investir dans des produits qui respectent vos convictions.
Attention à l'étiquette « ISR », qui peut parfois masquer des activités ou pratiques qui vont à l'encontre de la lutte contre le réchauffement climatique, la pollution ou les progrès sociaux : produits chimiques, emballages, hydrocarbures, production lointaine et transport, exploitations intensives... Au-delà de la rentabilité, le choix des supports de placement est l'affaire de chacun selon ses critères propres.

Les institutionnels se placent d'ailleurs parfois sur cette ligne : la Banque Mondiale a par exemple annoncé renoncer à financer les projets relevant des énergies fossiles dès 2019. Certains grands établissements financiers lui ont emboîté le pas, comme la BNP, le Crédit Agricole, ou AXA chez les assureurs.

D'autres renforcent leurs investissements verts : « Nous sommes convaincus que les assureurs ont un rôle à jouer dans l'accompagnement de la transition énergétique. En tant qu'investisseur institutionnel, nous poursuivons nos efforts pour contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, tout en conciliant performance financière et responsabilité sociale » explique Olivier Héreil, Directeur général adjoint, Gestions d'actifs de BNP Paribas Cardif.

Le "French Impact"
La France s'est dotée de l'écosystème « French Impact », dédié à l'innovation sociale et environnementale. Selon son site Internet, « sa mission est de libérer l'innovation sociale et de la remettre au cœur des réponses aux défis sociétaux qui changeront la vie des Français – transition écologique, économie inclusive et solidaire, réussite éducative, équité territoriale et accompagnement générationnel.
Initiative gouvernementale lancée en janvier 2018 par Christophe Itier, le Haut-Commissaire à l'Économie Sociale et Solidaire et à l'Innovation Sociale auprès du Ministère de la Transition Écologique et Solidaire, Le French Impact s'est ensuite organisé en association loi 1901.
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