L’herbe redevient plus verte
Le marché du cannabis rebondit, porté par des réformes politiques, mais reste fragile face aux défis de rentabilité.
L’euphorie du cannabis coté appartient au passé
Entre 2019 et 2023, les stars du secteur – Tilray Brands, Cronos Group, Aurora Cannabis – ont vu leur capitalisation fondre de 80 à 90 %. Les promesses d’un eldorado vert avaient été balayées par les blocages réglementaires et l’absence de profits durables. Les investisseurs, refroidis, avaient déserté un marché devenu synonyme de volatilité et de désillusion.Mais depuis la fin de 2024, un vent d’optimisme mesuré souffle à nouveau. Portées par des initiatives politiques fortes, les actions du secteur rebondissent. Aux États-Unis, l’administration envisage de reclasser le cannabis de la catégorie I à la catégorie III, une évolution historique. Ce changement de statut – qui placerait le cannabis médical au même niveau que certains opioïdes légaux – ouvrirait l’accès aux services bancaires traditionnels, autoriserait la déductibilité fiscale des dépenses et rendrait le secteur enfin investissable pour les institutionnels.
Ce tournant réglementaire s’accompagne d’un mouvement global
Plusieurs États américains continuent d’étendre la légalisation du cannabis récréatif, tandis que l’Europe s’ouvre timidement à une consommation encadrée. En avril 2024, l’Allemagne a légalisé la culture domestique et la consommation personnelle dans des clubs contrôlés, entraînant une vague d’intérêt dans les pays voisins. En France, le débat reste marginal, mais les expérimentations médicales progressent.
La réglementation change la donne
Si la réglementation change la donne, la demande structurelle constitue l’autre moteur du renouveau. Sur le marché médical, le cannabis s’impose peu à peu dans le traitement de la douleur, de l’anxiété ou de certaines maladies chroniques. Sur le segment récréatif, les habitudes évoluent : la consommation ne passe plus uniquement par la fleur ou la résine, mais par des produits dérivés – boissons infusées, huiles, cosmétiques, compléments alimentaires – qui s’intègrent davantage dans les usages quotidiens. Cette diversification élargit le marché et attire de nouveaux consommateurs, plus sensibles à la qualité et à la traçabilité qu’à la recherche d’un effet psychotrope.