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Le pétrole à moins de zéro dollar le baril ! Que se passe-t-il ?

| Publié le 21-04-2020 00:30 | Mise à jour le 21-04-2020 13:04
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Le pétrole à moins de zéro dollar le baril ! Que se passe-t-il ?
Crédit(s) photo(s) : © Adobe Stock  

Pour la 1ère fois dans l'histoire du pétrole, le prix du baril américain WTI est négatif, affichant une chute de 306 % à - 37,63 dollars pour les livraisons de mai. Les vendeurs proposent désormais de payer les acquéreurs pour ces contrats à terme. Explications.

Pourquoi les cours du pétrole ont-ils chuté ?

Deux phénomènes ont conduit les prix du pétrole à s'éroder ces derniers mois. D'une part, la baisse de la demande mondiale liée à la crise du coronavirus. Avec le confinement de plus de 4 milliards d'êtres humains, la diminution de la production industrielle et la réduction drastique des déplacements (voiture, avion, bateau...), les besoins en pétrole ont littéralement chuté. Les barils de pétrole ne trouvant plus preneurs, les sites de stockage débordent, les navires, tankers et oléoducs sont même utilisés en renfort. L'excès d'offre par rapport à la demande entraîne la chute des cours.

Pour retrouver un équilibre et stabiliser le niveau des prix, l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (l'OPEP, qui réunit 14 pays) souhaitait trouver un consensus avec la Russie, 2ème plus gros producteur mondial derrière les États-Unis. L'objectif : réduire la production mondiale. Mais le Kremlin s'est longtemps opposé à cette idée, ce qui a renforcé la baisse du prix du pétrole.

Ce lundi, le cours du baril américain, le WTI (West Texas Intermediate), s'est littéralement effondré, passant de 18 dollars le baril à... - 7 dollars. Le prix de l'or noir subit donc un double coup de frein, entraîné par l'arrivée à échéance des contrats à terme qui se dénouent en mai.

La baisse de plus de 60 % du prix du baril depuis janvier compromet la rentabilité de nombreuses compagnies pétrolières, notamment dans le pétrole de schiste en Amérique du Nord, ce qui se traduit par des fermetures de puits et des coupes dans les investissements.


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L'importance du marché des contrats à terme pour le cours du pétrole

Pour comprendre ce qui est en train de se jouer, il faut d'abord comprendre de quel cours du pétrole il est question.

Le prix d'un baril de pétrole se détermine par confrontation entre l'offre et la demande. Les compagnies qui exploitent les puits créent l'offre en extrayant des barils. La demande provient notamment des raffineurs, qui transforment la matière première en pétrole utilisable. Sur ce marché, les barils sont livrés « physiquement ». Les 2 principales références mondiales sont le WTI pour le pétrole produit aux États-Unis, et le Brent pour celui qui vient de mer du Nord.

Mais le pétrole comprend aussi un marché spéculatif : celui des contrats à terme. Il est notamment fréquenté par les négociants en produits pétroliers et les spéculateurs. Les barils y sont achetés sur le papier, sur la base d'une valeur future hypothétique. En général, ces contrats n'aboutissent jamais à la livraison effective des barils. Ces opérations financières permettent aux producteurs et aux raffineurs de se protéger contre les évolutions défavorables des prix du pétrole. Mais la situation exceptionnelle due au coronavirus bouleverse les habitudes du marché.

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Que sont les contrats à terme en matière de pétrole ?

Il arrive fréquemment qu'un négociant se voit passer commande d'une quantité de pétrole à un prix donné, mais pour une livraison quelques mois plus tard. N'ayant pas lui-même la capacité de stocker ces barils, il prend le risque soit d'enregistrer une perte si le prix du pétrole augmente avant qu'il ne passe commande pour son client, soit de devoir payer de lourds coûts de stockage à un tiers s'il achète la marchandise tout de suite. Pour réduire son risque, il va acheter un « contrat à terme ».

Les contrats à terme sont des titres financiers parfaitement réglementés et standardisés. Lorsqu'un intervenant vend un contrat à terme sur un produit pétrolier, il s'engage à livrer une certaine quantité de pétrole à une certaine échéance et à un prix fixé à l'avance. A l'inverse, celui qui achète un tel contrat s'engage à recevoir une livraison de barils à un prix et une échéance donnée. Une des spécificités de ce marché est que le vendeur ne possède pas nécessairement la marchandise, et que l'acheteur n'a pas forcément l'intention d'en prendre possession. Il s'agit d'un marché « papier ».

Les contrats à terme ont pour avantages de figer le prix auquel les barils pourront être achetés ou vendus à l'échéance, quelle que soit l'évolution du marché d'ici là. Ils peuvent être revendus sur le marché des produits pétroliers avant l'échéance. 98 % de ces contrats ne donnent pas lieu à la livraison de barils.

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L'impossibilité de revendre les contrats WTI à échéance de mai

Pour le négociant, le contrat à terme permet donc de se couvrir financièrement en cas d'augmentation du prix du pétrole. Il agit comme une assurance. Le vendeur espère quant à lui faire une plus-value par rapport au prix d'acquisition du contrat. D'ordinaire, le marché est fluide : la revente ne pose aucun problème.

Sauf qu'aujourd'hui, plus personne n'achète de pétrole. Mais les personnes qui détiennent des contrats à terme à échéance de mai sont toujours contraintes de trouver des acheteurs. Pour s'en débarrasser, elles vont aujourd'hui jusqu'à payer ceux qui voudront bien racheter leurs contrats et les livraisons qui vont avec. Ce lundi, au terme d'une séance surréaliste, le prix du baril WTI à échéance de mai a donc chuté de 306 %, à - 37,63 $. Il n'était jamais tombé en dessous de 10 dollars depuis la création de ce contrat en 1983.

Exemple d'un contrat à terme sur produits pétroliers

Dans cet exemple fictif, le négociant s'est engagé à livrer 100 000 barils à 0,80 $ en octobre. Pour se protéger de la hausse du prix du pétrole, il achète un contrat à terme à échéance en octobre, fixant le prix à 0,85 $ le baril.

En septembre, lorsqu'il doit passer sa commande sur le marché « physique », le cours du pétrole est à 1 $. Comme il a déjà vendu la marchandise au client à 0,80 $, il perd 20 centimes par baril. Mais en vendant 1 $ son contrat à terme, il fait un bénéfice de 15 centimes, ce qui compense un peu la perte enregistrée.

Si en octobre, le cours du pétrole baisse au contraire à 0,60 $, le négociant encaisse un gain de 20 centimes par baril. Mais la revente de son contrat à 0,60 $ lui fait encaisser une moins-value.

Pour le négociant, ce système fonctionne comme une assurance : il transfère son risque sur le spéculateur. Si le prix du pétrole baisse, ce dernier encaisse une perte, mais s'il est en hausse, il gagne de l'argent.


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