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WIRECARD : un scandale financier qui met à mal le rigorisme de l'économie allemande

| Publié le 02-07-2020 17:21 | Mise à jour le 07-07-2020 12:41
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WIRECARD : un scandale financier qui met à mal le rigorisme de l'économie allemande
Crédit(s) photo(s) : (c) Shutterstock - Page d'accueil de Wirecard  

La nouvelle est tombée le 25 juin 2020. Ce jour-là, WIRECARD AG a été mise en cessation de paiement. La Fintech Allemande va probablement laisser à ses créanciers une dette colossale estimée à 3,5 milliards d'euros qui ne sera jamais remboursée. Mais les véritables sujets de ce dépôt de bilan relèvent de l'incapacité des autorités de contrôle outre-Rhin à prévenir cette faillite, et de la mise en cause de son cabinet de commissariat aux comptes Ernst & Young. Il n'en fallait pas davantage pour que l'affaire WIRECARD fasse resurgir le spectre du scandale de l'entreprise ENRON qui avait sombrée en 2001, entrainant dans son sillage le cabinet d'audit Arthur ANDERSEN.

WIRECARD : une success story de la Fintech

Fondée en 1999, Wirecard, avec son slogan « réinventer les paiements », est très rapidement devenue une entreprise phare de la nouvelle économie. Spécialiste des paiements en ligne et concurrent de PayPal et Western Union, Wirecard a d'abord été une valeur star de l'indice TecDAX (valeurs technologiques allemandes).

Mais son ascension ne s'est pas arrêtée là puisqu'en septembre 2018, l'entreprise alors valorisée 24 milliards d'euros a détrôné la séculaire Commerzbank au sein du principal indice boursier allemand, le DAX (équivalent du CAC 40). Sa chute brutale moins de 2 ans plus tard semble rappeler que l'adage qui traite de "la proximité de la roche tarpéienne et du capitole" sied parfaitement à l'univers de la finance (autrement dit, les honneurs et la célébrité n'empêchent pas la déchéance ou la chute d'arriver). Et force sera une nouvelle fois de constater que les enseignements de précédentes faillites similaires n'ont pas permis d'éviter le naufrage Wirecard.

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Une réédition de l'affaire ENRON

La défaillance de Wirecard ne pourrait être que l'un de ces aléas de la vie économique qui vaut parfois à certaines entreprises de disparaitre alors que d'autres se créent. Mais en réalité, ce dépôt de bilan n'est pas la conséquence de difficultés d'ordre conjoncturelles. Et si beaucoup de zones d'ombres demeurent autour de cette affaire, les autorités allemandes suspectent que la faillite de Wirecard repose sur une gigantesque fraude.

Les difficultés de l'entreprise ne dataient pas en effet de l'année 2020. Et comme cela avait été démontré au moment de la déconfiture d'ENRON en 2001, les comptes de la Fintech allemande semblent tronqués depuis plusieurs années. Ses dirigeants pourraient s'être adonnés pendant plusieurs exercices à la pratique du « Windows dressing » (l'amélioration de la comptabilité). Et cela dans des proportions telles, qu'il pourrait ne pas s'agir uniquement de rendre plus présentable le bilan de l'entreprise, mais bien de masquer des pertes accumulées de longue date.

Après avoir repoussé à plusieurs reprises la publication de ses résultats, Wirecard a dû admettre la disparition d'une somme de 1,9 milliard d'euros qui lui servait en quelques sortes à garantir ses opérations financières. Pire, les fonds soi-disant consignés auprès de banques philippines semblent, selon le témoignage apporté par ces établissements, ne jamais avoir existé. Alors comment de tels agissements ont-ils pu échapper à la Bafin, autorité fédérale de supervision financière ?

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Par ailleurs, l'absence de réserves du cabinet Ernst & Young avant qu'il ne refuse de certifier les comptes 2019 de Wirecard, interroge. Y avait-il, comme cela avait été évoqué en 2001 au sujet d'Arthur Andersen lors du scandale Enron, conflit d'intérêts entre ce géant de l'audit et son client ?



WIRECARD : une perte de confiance plus qu'une perte financière

Le scandale Wirecard prend une tournure rocambolesque. Son PDG, Markus Braun, a d'abord été arrêté puis relâché sous caution. Son ancien bras droit, Jan Marsalek, a refusé de se livrer aux autorités judiciaires et a pris la fuite, probablement en Asie. Et les potentielles malversations opérées dans le groupe ne dateraient pas d'hier.

Dès 2004, des anomalies avaient été décelées dans les comptes de l'entreprise. Puis à diverses reprises, la presse financière notamment anglaise avait émis des doutes sur la sincérité des documents comptables présentés par Wirecard. Avec le recul, il apparaît que les dirigeants de la fintech pourraient avoir volontairement falsifié les comptes de l'entreprise pour s'attirer la faveur des investisseurs et voir le cours de bourse s'envoler.

La somme en jeu, 3,5 milliards d'euros, est certes importante pour les créanciers. Mais là n'est pas le plus grave. La réaction tardive d'Ernst & Young ainsi que le manque de diligence de la Bafin intriguent. Ils pourraient créer les conditions d'une crise de confiance qui viendrait desservir les marchés et même nourrir la suspicion sur d'autres acteurs de la planète finance. Enfin, l'affaire Wirecard écorne le mythe de la vertueuse et rigoriste économie allemande, qui n'était pas coutumière de ce type de feuilleton juridico-financier.

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