ideal investisseur
Le magazine qui décrypte l'économie et les placements


ideal-investisseur.fr 
Menu ideal-investisseur.fr

Investir dans l'or : comment ça marche ?

| Publié le 19-09-2019 11:39 |
Investir dans l'or : comment ça marche ?
Crédit(s) photo(s) : © CPoR Devises  

Le prix de l'or progresse à une vitesse vertigineuse. Qu'est-ce qui attire tant vers le métal jaune et pourquoi est-ce une valeur refuge ? Que se passe-t-il lorsqu'un particulier en achète ou en revend ? Voyage dans le monde de l'or d'investissement avec les explications de François de Lassus, consultant pour CPoR Devises.

Ideal-investisseur.fr. - A quoi l'or doit-il sa réputation de « valeur refuge » ?

François de Lassus. - L'or fait partie des actifs tangibles, comme l'immobilier. Il ne suit généralement pas les mêmes tendances que les marchés financiers. Sur la base de l'adage selon lequel il n'est jamais bon de « mettre tous ses œufs dans le même panier », les investisseurs veulent avoir des actifs qui ne fonctionnent pas tous dans le même sens, de façon à pouvoir équilibrer et optimiser leurs placements.

L'or a aussi l'avantage d'avoir sa propre image. C'est une valeur intemporelle reposant sur un métal aux propriétés chimiques fortes, qui font qu'il est non-consommable et rare. C'est un métal mythique, qui a depuis des milliers d'années été associé au pouvoir et à la monnaie et qui reste un actif stratégique, même pour les banques centrales. Il n'a pas de risque de contrepartie, car l'or ne dépend de personne ; c'est ce qui fait de lui la valeur refuge ultime. En cas de grande crise, il peut aussi être facilement emporté, contrairement à la pierre par exemple.

Le troisième avantage de l'or est sa liquidité : quelqu'un sera toujours prêt à le racheter et le prix est connu. En revanche, contrairement à des actions ou des obligations, l'or ne produit pas de rendement, même si l'on peut considérer qu'il s'apprécie sur le long terme : entre 2000 et 2012, le prix de l'or a été multiplié par 5.

Le commerce de l'or est libre, c'est un marché de gré à gré. Pour autant, il y a une cotation qui donne la tendance mondiale, c'est celle de l'once d'or sur le marché de Londres (plus gros marché mondial). La cotation de l'once est donnée deux fois par jour.
De 1948 à 2004, l'or était coté à la bourse de Paris. La cotation officielle a pris fin faute d'acteurs. Cependant le principal opérateur en France publie tous les jours un cours de référence.


NEWSLETTER ideal-investisseur.fr :
Abonnez-vous ici !


Quels sont les produits qui existent aujourd'hui autour de l'or d'investissement ?

Il faut savoir qu'aujourd'hui l'or d'investissement recouvre une gamme de produits bien spécifiques dans l'ensemble de l'Union Européenne. Pour un épargnant, il faut le voir comme un élément de diversification de portefeuille car il est non corrélé avec les principaux actifs financiers. Traditionnellement il protège contre les inflations les plus fortes. Et aujourd'hui son coût d'acquisition est compétitif dans l'environnement de taux d'intérêt bas.

L'or d'investissement existe tout d'abord sous forme de barre ou plaquette, dont chacune doit contenir au moins 995/1000 d'or fin. Après la dernière crise financière, de nouveaux investisseurs ont voulu transformer leurs liquidités bancaires en or. Vu la hausse du prix du métal jaune, nous nous sommes mis à proposer de petits « lingotins ». Au lieu d'avoir un lingot d'un kilo, vous pouvez avoir 10 lingotins de 100g ou 20 de 50g… Ce qui permet d'acheter ou de vendre plus facilement.

Ensuite, il y a les pièces d'or : il faut qu'elles aient été frappées après 1800, qu'elles aient actuellement un cours légal (comme les pièces de la monnaie de Paris par exemple) ou qu'elles en aient eu un à une époque (comme les pièces Napoléon). Enfin, à de rares exceptions elles doivent avoir une prime (différence entre le cours de l'or et le prix de la cotation) qui ne dépasse pas 80%.

D'autres produits ont été introduits au début des années 2000 : les fonds indiciels ou ETF. Ces produits financiers ont été créés pour pouvoir répliquer le cours de l'or en bourse. Ils sont adossés à de l'or physique. Ils visent notamment les investisseurs institutionnels. L'inconvénient par rapport à de l'or physique est qu'il y a un risque émetteur, et que vous ne pouvez pas obtenir sa livraison physique.

Enfin, il y a les actions des mines d'or. Ce sont des produits qui sont liés à l'or mais pas tellement à son cours. Ils sont davantage liés à la propre aventure industrielle de la mine.

On considère qu'une mine est rentable lorsqu'elle peut produire plus de 5 grammes d'or par tonne de pierre extraite.

Comment cela se passe-t-il concrètement pour les personnes qui souhaitent acheter de l'or ?

La personne va passer par sa banque pour effectuer un ordre d'achat. Si elle achète de l'or le matin avant midi, le prix appliqué sera le cours de la journée (publié à 13h). Pour un achat l'après-midi, le prix sera celui du lendemain.
Le produit va ensuite être livré à son agence bancaire par l'intermédiaire d'un transporteur de fonds (il est interdit de se faire livrer de l'or chez soi). Le particulier peut ensuite le ramener chez lui, ou demander à sa banque de louer un coffre pour le stocker (attention il y a une limite d'assurance).

Il peut aussi, lorsqu'il passe son ordre, demander la « conservation » de l'or acheté. Les pièces ou lingots sont alors gardés en sécurité par un conservateur tel que CPOR, en échange du paiement de droits de garde. L'acheteur peut à tout moment demander le retrait de tout ou partie de son stock, même si cela prend un certain temps (le temps d'aller le chercher et de le faire livrer). Enfin, même s'il s'agit d'un cas extrême, imaginons que sa banque fasse faillite, l'or conservé à son nom n'étant pas dans le bilan de la banque, il pourra donc toujours le récupérer.

Et dans le cas où un particulier veut revendre son or ?

Si l'or est en conservation, il passera un ordre à sa banque.
S'il apporte un lingot, il faut absolument qu'il vienne avec son « bulletin d'essai ». Il s'agit du certificat obligatoire pour tous les lingots. Dans la pratique, il faut aussi que le poinçon de l'essayeur et celui du fondateur-affineur y aient été apposés. Avec ce bulletin d'essai, le lingot pourra être vendu sans examen. En revanche si le propriétaire ne l'a pas, l'or va devoir être examiné. Le prix de vente en sera diminué d'autant.

Les pièces d'or qui ne sont plus en circulation sont généralement vendues dans un sac scellé pour éviter de les abîmer ; on appelle ça les « pièces boursables ». S'il vient avec un sac scellé identifié, les pièces seront prises sans examen.

Quelle fiscalité est appliquée à la revente ?

Il y a deux types de fiscalité. La fiscalité d'origine sur l'or, c'est la taxe forfaitaire sur la plus-value mise en place en 1977 sous Valéry Giscard d'Estaing. Jusqu'en 1993, on pouvait acheter l'or de façon anonyme. Il n'y avait donc pas de facture d'achat et il était mécaniquement impossible de calculer la plus-value. Les parlementaires avaient donc fixé la taxe forfaitaire à 4% sur de la valeur totale de l'or. Cette taxe a progressé régulièrement pour atteindre 11,5% aujourd'hui (inclus la CRDS de 0,5%).

En 2006, l'État a introduit la possibilité de la taxation sur la plus-value réelle, comme sur les biens de collection. Elle est de 36,2%, avec une décote de 5% par an au-delà de la 2ème année de détention (un peu comme l'immobilier). Au bout de 22 ans, la vente est donc exonérée. Mais pour pouvoir bénéficier de ce régime, il faut disposer d'une facture et que le lien avec l'or vendu soit vraiment prouvé. C'est assez simple pour les lingots, puisque leur numéro d'identification est noté sur la facture. Pour les pièces boursables, le numéro de la facture n'est intégré au sac scellé que depuis 2016.

Les Français ont toujours investi dans l'or. Le pays en compte 3000 tonnes sous forme de pièces (2/3) et lingots (1/3).

Le cours actuel de l'or atteint des sommets, est-ce quand même le moment d'acheter ?

Généralement, les particuliers achètent l'or lorsque les cours sont à la hausse. Alors qu'ils devraient être plus tactiques et acheter lorsque le cours baisse, en se disant qu'il remontera prochainement.

En 2018, la demande d'or physique était en baisse pour l'investissement. Jusqu'en octobre, le marché était très en retrait. Par la suite, il y a eu un renversement de tendance qui se poursuit encore aujourd'hui. A partir du moment où l'on entre dans un spectre d'incertitudes économiques et géopolitiques, les valeurs tangibles et les valeurs refuges sont favorisées. Rien d'étonnant donc, à ce que dans le contexte actuel l'or soit favorisé.

Les conseils de l'Autorité des Marchés Financiers
Bien qu'il soit considéré comme une « valeur refuge », l'investissement reste risqué. Son cours peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et dépend des variations du cours des principales monnaies, en premier lieu celui du dollar.
L'AMF conseille donc de n'investir que des sommes dont vous n'avez pas besoin pour vivre. Attention également, les variations des actions et autres produits financiers liés à l'or (mines, trackers...). Soyez également vigilant quant aux sites Internet, notamment de trading, qui peuvent également vous proposer d'investir au moyen de CFD ou d'options binaires.
Enfin, n'investissez jamais plus de 5% du montant de votre patrimoine en or.


Réagir et laisser un commentaire


Soyez le premier à donner votre avis ou poser vos questions


*
*
(votre mail ne sera pas publié)

Cochez si vous souhaitez être averti(e) par mail lors de nouveaux commentaires
Oui, j'accepte les conditions d'utilisation du site




Mieux comprendre l’article

Les mots soulignés dans l'article sont brièvement définis ici.

Actif tangible :
Un actif tangible est un actif physique, corporel (ex : un bâtiment).

Coût d'acquisition :
Le coût d’acquisition se détermine comme ceci : prix d’achat HT + éventuels droits de douane/taxes non déductibles – réductions commerciales et financières + coûts directement attribuables pour permettre au bien de fonctionner + droits de mutation, honoraires, frais d’actes, commissions intégrés sur option au coût d’acquisition.

CRDS :
La Contribution pour le Remboursement de la Dette Sociale est un impôt pour résorber l'endettement de la Sécurité Sociale.

ETF (Exchange Traded Funds) :
Les ETF sont des organismes de placement basés sur des indices. Ces titres financiers suivent les performances d’un panier d’actions sur une thématique particulière.

Fonds indiciel :
Un fonds indiciel est un fonds d’investissement. Ce produit financier détient un portefeuille de titres reflétant une thématique, et destiné à répliquer un indice (par exemple le CAC 40).

Inflation :
L'inflation peut se définir comme la hausse continue du niveau général des prix.

Une des conséquences de l'inflation est la perte de pouvoir d'achat de la monnaie. Lorsque les prix augmentent, la même quantité de monnaie ne suffit plus pour acheter les mêmes produits.

Par exemple, avec une inflation de 1,8% par an, un produit qui coûterait 100 € en 2019 pourrait coûter 101,8 € en 2020. Il faudrait donc augmenter la quantité de monnaie nécessaire pour acheter le produit.

Dans le même temps, si de l'argent est placé à 0,75% par an, 100 € placés en 2019 vaudront 100,75 € en 2020. Ainsi, il était possible d'acheter le produit en 2019, mais plus en 2020 vu que le prix du produit à augmenté plus vite que la valeur de l'épargne.

Une économie équilibrée devrait théoriquement faire progresser les prix et le pouvoir d'achat de la monnaie à un rythme quasiment équivalent pour contribuer à la croissance économique. C'est notamment le rôle de la politique monétaire des banques centrales.


Once :
L'once est l'unité de mesure normalisée de l'or, qui correspond à 31,10 grammes.

Risque de contrepartie :
Le risque de contrepartie est présent lors de l'acquisition d'une obligation. L'obligation est une part d'un emprunt contracté par une grande société ou par un État : une société peut faire faillite et être incapable de rembourser ses obligations émises, un État peut se retrouver en défaut de paiement.

Risque émetteur :
Le risque émetteur est le risque spécifiquement lié à la qualité de l'émetteur d'obligations. Un état aura ainsi un risque émetteur presque nul, contrairement à une société privée.