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Justice : 200 propriétaires attaquent Pierre et Vacances pour non-paiement des loyers

La crise sanitaire met en lumière les risques liés à l'investissement dans les résidences meublées touristiques. De grands exploitants ont suspendu le paiement des loyers aux propriétaires-bailleurs durant le premier confinement, certains se retrouvant confrontés à des difficultés financières.

Par | Publié le 07-12-2020 12:08, Mis à jour le 17-12-2020 16:04
Photo : Shutterstock  

Des propriétaires en difficultés financières

Comme nous l'avions annoncé en avril, certains exploitants de résidence de tourisme avaient suspendu le paiement des loyers durant le premier confinement. Plus de 200 de particuliers viennent d'attaquer en justice le groupe Pierre et Vacances, numéro 1 des résidences de loisirs en Europe, sur ce motif. Propriétaires de meublés touristiques dans des résidences Center Parcs, ils se sont vus privés de loyers pendant les deux mois et demi du premier confinement.

Cette situation a plongé certains d'entre eux dans des difficultés financières, puisqu'ils ont dû continuer à rembourser leur crédit malgré l'absence de revenus. Pour Pierre et Vacances, qui vient d'annoncer une perte de plus de 330 millions d'euros sur la période 2019-2020, la suspension des loyers est un cas de « force majeure » engendré par la fermeture obligatoire des résidences de tourisme à compter de la mi-mars. Le groupe a par ailleurs indiqué avoir repris le versement des loyers en juin, sans toutefois exclure de nouvelles suspensions.

Mais selon les propos de Me Bertrand de Campredon, avocat de plaignants, dans le journal Le Parisien, « rien ne permet juridiquement de ne pas payer ses loyers : ni le corpus réglementaire, ni la loi (...). Comme tous les commerçants, Pierre et Vacances est redevable de son loyer. »



Force majeure ou pas ? Un débat juridique qui s'annonce crucial pour l'avenir de ce type de placements

Pierre et Vacances n'est pas le seul exploitant de résidences touristiques à avoir suspendu le paiement des loyers : Appart'City, Odalys et Belambra notamment sont dans ce cas. Les impacts sur les propriétaires pourraient même être plus importants. Selon le réseau Provence Avocats, « la plupart des gestionnaires a informé ses bailleurs qu'il proposera une franchise totale des loyers pendant toute la période d'état d'urgence sanitaire et d'un paiement des loyers au pourcentage du chiffre d'affaires pendant une période allant de 12 à 18 mois ». Une requête qui avait été appuyée par le Syndicat national des résidences de tourisme (SNRT) auprès du gouvernement en avril.

Le problème est que le paiement des loyers est censé être garanti pour les 130.000 particuliers qui ont investi dans les résidences de tourisme. Les exploitants avaient-ils donc le droit de les suspendre unilatéralement ? Probablement pas, si l'on en croit l'ordonnance du 25 mars 2020, qui indique que seules les entreprises de moins de 10 salariés ont le droit de suspendre leurs loyers. D'autant que selon la Provence Avocats, « le COVID-19 n'exonère pas le gestionnaire du paiement des loyers », puisque « le risque commercial était parfaitement normal et connu » et les gestionnaires « s'obligent à s'assurer contre les pertes locatives » dans la plupart des baux.

Sauf que les exploitants expriment eux-aussi des difficultés et se retranchent derrière des évènements imprévisibles et contre lesquels ils n'ont rien pu faire. « Les résidences de tourisme ont été directement touchées par les impératifs de santé publique et sont devenues indisponibles à leur destination touristique, ce qui a pour effet de suspendre l'objet du bail et les obligations essentielles des deux parties », explique Pierre et Vacances. La justification du caractère de « force majeure » devrait donc être discutée en justice pour savoir si l'exploitant devra verser ou non les loyers impayés aux propriétaires.


La location meublée touristique, un placement alléchant aux risques sous-évalués

L'investissement en meublé est répandu. Les particuliers achètent un bien immobilier neuf situé dans une résidence gérée : résidence de tourisme, résidence pour étudiants, pour séniors, résidence d'affaires ou EHPAD. Cette acquisition est assortie d'un bail commercial. Le locataire n'est pas un particulier mais une société d'exploitation. Celle-ci s'engage à verser des loyers pendant au minimum neuf ans, quel que soit le taux d'occupation.

Ce type de placement immobilier est intéressant pour ceux qui misent avant tout sur la rentabilité. L'exploitation du bien à titre commercial permet aux acheteurs de récupérer la TVA et donc de payer le bien « hors taxes », soit 20 % moins cher. La rentabilité est connue à l'avance grâce à la signature du bail (du moins en théorie), et dépasse souvent 4% bruts. La prise à bail par un exploitant reconnu rassure les particuliers dans la pérennité de leur placement. Certains peuvent même bénéficier d'une réduction fiscale grâce au dispositif Censi-Bouvard.

Mais ce montage a plusieurs faiblesses, probablement ignorées d'un grand nombre de particuliers-investisseurs. Certaines sont pourtant être de taille. La première concerne le versement des loyers. Si les baux sont bien souvent signés pour 9 à 12 ans, une renégociation peut avoir lieu tous les 3 ans. A cette occasion, certains propriétaires ont vu leurs revenus baisser. Car les particuliers ne sont pas en position de force lors de ces négociations, et n'ont souvent d'autres choix que d'accepter.

En effet, le départ de l'exploitant est un problème majeur à plusieurs égards. Déjà parce qu'il peut donner lieu au versement d'une « indemnité d'éviction ». Cette spécificité est liée au bail commercial. Elle peut s'avérer coûteuse, dans la mesure où elle est censée venir compenser la perte de chiffre d'affaires engendrée par le départ de l'exploitant. Si celui-ci est acté, il peut être très difficile de trouver un nouveau gestionnaire au tarif souhaité. La situation est alors problématique et pèse sur les revenus des investisseurs.

Les déconvenues potentielles ne s'arrêtent pas là. Dans la plupart des montages, les meublés touristiques sont administrativement des surfaces commerciales. Même si l'emplacement s'y prête (ce qui n'est pas toujours le cas), il est alors impossible de récupérer le bien pour le mettre en location classique sans procédure administrative commune aux copropriétaires. Dans certains cas, l'exploitant reste propriétaire des parties communes, ce qui peut entraver les éventuelles démarches.

L'autre écueil est d'ordre fiscal : pour bénéficier de la réduction de TVA à l'achat, le propriétaire s'est engagé à louer dans des conditions commerciales pendant 20 ans. Sans exploitant, il doit donc pouvoir justifier de la fourniture d'au moins 3 services aux occupants (restauration, accueil, linge ou ménage), sans quoi l'administration fiscale peut réclamer la restitution d'une partie des sommes.

Enfin, certains propriétaires éprouvent des difficultés lorsqu'ils souhaitent revendre.

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Une affaire qui pourrait sonner le glas de ce type de placements

Le non-versement des loyers par de grands groupes, s'il était confirmé en justice, pourrait bien rompre la confiance des particuliers et des conseillers en gestion de patrimoine dans les investissements en meublés touristiques.

Cet évènement pointe les pièges liés à ces placements, malgré l'aspect « rassurant » de l'immobilier. Si la rentabilité affichée est en principe meilleure que celle des investissements locatifs traditionnels, ce surcroît théorique de performance est contrebalancé par un risque plus important. Comme lors de tout placement, les produits les plus complexes et les promesses de rentabilité les plus élevées cachent bien souvent une possibilité d'écueil plus importante.

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