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« La pédagogie financière est un véritable enjeu pour les Français »

| Publié le 30-09-2019 16:17 | Mise à jour le 30-09-2019 16:20
« La pédagogie financière est un véritable enjeu pour les Français »
Crédit(s) photo(s) : Olivier Mariée © W. Beaucardet  

D'après un sondage de la Banque de France, 77 % des Français estiment avoir un niveau de connaissance moyen ou faible sur les questions financières. Il s'agit pourtant d'un sujet central, déterminant dans la vie et les choix de chacun. Comment rendre la finance accessible à tous et mettre la pédagogie financière au centre de la démarche ? Rencontre avec Olivier Mariée, Directeur commercial chez AXA France.

Ideal-investisseur.fr. - AXA s'est engagée dans la pédagogie financière à destination du grand public. Pourquoi cette démarche ?

Olivier Mariée. - Depuis 50 ans, les Français ont vécu dans un univers au sein duquel des produits comme les SICAV ou les fonds euros apportaient 3 choses contraires : la sécurité, la liquidité et une certaine performance. C'est une tendance que j'ai beaucoup observée : l'épargne en France est marquée par ce demi-siècle où les placements ont été des « placements stars ». Mais le contexte que nous vivons fait que cela devient plus compliqué : il va donc falloir expliquer que cette époque n'existe plus, et qu'il faut faire des choix entre ces 3 notions. Par exemple renoncer à la liquidité pour avoir de la performance.

La loi Pacte va également provoquer un décollage de la planification financière : les Français vont voir qu'il est de plus en plus important d'organiser son épargne et de recevoir du conseil. Mais pour cela, il faut un minimum de compréhension des mécanismes.

Or, il y a un point clé : pour bien conseiller un client, il faut qu'il y ait un dialogue. Cela n'est possible que si le client a une base de connaissances minimum en finance. C'est indispensable si l'on veut lui apporter le bon niveau de conseil et avoir une relation durable. Dans le cas inverse, le dialogue entre épargnant et conseiller n'existera pas et l'épargnant risque d'être déçu au bout de quelques années.

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Pensez-vous que cette situation de taux très bas va perdurer ?

Quand on regarde tous les éléments au niveau européen et mondial, on a du mal à imaginer une remontée des taux dans les mois qui viennent. Sans faire de comparaison, au Japon les taux à zéro sont par exemple restés stables pendant des années. Aujourd'hui nous sommes dans une situation similaire, avec une très forte dette, une croissance faible et des taux à zéro, voire négatifs.

Selon un sondage*, 65% des Français pensent qu'ils vont devoir préparer seuls leur retraite. Mais près de 8 sur 10 déclarent ne pas avoir suffisamment de connaissances financières pour investir correctement. Comment remédier à cela ?

Là encore, il faut faire preuve de pédagogie sur ce qu'est la diversification de l'épargne.
Les générations précédentes ont eu des perspectives pour leur retraite, mais aujourd'hui tout devient plus compliqué. La loi Pacte va être un vrai test, car elle prévoit un énorme changement avec, par défaut, un système piloté par horizon sur la base d'actifs plus risqués que le fonds euros. Cela va être un vrai sujet de voir comment les Français vont s'en emparer. Sur ce sujet aussi, il va falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie pour expliquer que cela repose sur des actifs que les épargnants ne connaissent pas, à l'image du « non coté ».

Il y a quelques années, nous avons été les premiers à lancer un contrat d'assurance-vie comprenant des actifs non cotés avec Nextstage. Aujourd'hui, nous voulons étudier comment mettre ce type d'actifs dans des produits grand public, en ayant une volonté forte : celle d'être certains que les clients comprennent ce que cela implique.
Il faut en effet leur expliquer que ces actifs sont moins liquides, que l'enjeu en matière de prise de risque n'est pas le même. Mais comme nous sommes dans un contexte de taux quasiment nuls, il est nécessaire de s'appuyer sur des actifs un peu différents, qui jusque-là étaient réservés aux institutionnels ou à certaines populations d'épargnants. Il y a un vrai challenge à ce niveau.

*Sondage de l'IFOP pour Périal : 65% des Français pensent qu'ils vont devoir financer leur retraite eux-mêmes

Quelles solutions peuvent s'offrir aux épargnants ?

Dès le début d'octobre, nous lançons un Plan d'Épargne Retraite [le PER, nouveau produit d'épargne créé par la loi PACTE, ndlr]. Il s'agira d'une gestion pilotée par horizon, dont les actifs comprendront de l'immobilier au travers d'OPCI, ainsi que du non coté.
Nous croyons beaucoup à ce produit, car il arrive à un moment clé pour les Français par rapport à la retraite. La possibilité de sortir en capital va être un élément positif par rapport aux précédents dispositifs, laissant le choix à l'épargnant et simplifiant la démarche, notamment avec la possibilité de regrouper l'ensemble de ces contrats auprès d'un même acteur.

Il va aussi être important de faire de la pédagogie sur ce nouveau sujet, puisqu'au-delà du financement de la retraite, il y a celui de la dépendance. Après la vie active, on considère qu'il y a trois nouvelles périodes : une durant laquelle on peut profiter, la deuxième un peu plus calme, et une troisième phase de dépendance durant laquelle les dépenses peuvent être très importantes. Or, cette dernière étape peut devenir très délicate si aucune épargne n'est prévue.

L'INSEE prévoit en effet que 4 millions de personnes pourraient être dépendantes en 2050, soit 60% de plus qu'en 2015...

Les progrès de la médecine sont tels que la durée de la vie s'allonge pour tous. Avec des tarifs d'EHPAD pouvant aller jusqu'à 4500 € par mois en région parisienne, nous ne pouvons pas ignorer ce constat. Et on ne peut pas attendre que l'État ou nos proches financent totalement cette prise en charge.

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Mieux comprendre l’article

Les mots soulignés dans l'article sont brièvement définis ici.

Gestion pilotée :
Mode de gestion qui consiste, pour un épargnant, à déléguer la gestion d'un placement à un professionnel en fonction de son aversion au risque. Il peut s'agir de la sélection des unités de compte d'une assurance-vie, ou celle des fonds d'un plan d'épargne retraite par exemple.

Non-coté :
Le « non-coté » représente les investissements dans les entreprises qui ne sont pas cotées en bourse. Il s'agit majoritairement de PME de l'économie réelle, dont la croissance n'est pas liée avec l'évolution des marchés financiers.