Action Sanofi : une valeur défensive en quête de relance
Le titre a progressé de plus de 10% depuis le début de l'année, sous l'effet de résultats solides. Mais il peine à franchir le seuil des 110 euros de manière durable.
Une croissance respectable mais sans effet de levier
Les résultats 2024 montrent une activité bien orientée, notamment sur les franchises porteuses. Dupixent, le blockbuster (dermatite atopique sévère de l’enfant), atteint 3,5 milliards d’euros de ventes (+16 %), représentant à lui seul plus de 8,5 % du chiffre d’affaires du groupe. À cela s’ajoutent les très bonnes performances des nouveaux lancements : ALTUVIIIO, Nexviazyme, Rezurock ou encore Sarclisa. L’ensemble de ces produits génère déjà plus de 2,8 milliards d’euros, avec une croissance annuelle supérieure à 70 %.
Pour autant, les indicateurs de rentabilité ne progressent pas au même rythme. Le bénéfice net par action (BNPA) des activités s’élève à 7,12 euros, en hausse de seulement 4,1 % à taux constants, et même en léger recul en données publiées (-1,8 %). Le résultat opérationnel progresse de 7,6 % à TCC, mais la marge opérationnelle recule de 1 point à 28,6 %. Le groupe finance cette croissance par une hausse marquée des investissements en R&D (+13,6 %), ce qui témoigne d’un engagement stratégique mais aussi d’un effet de ciseaux sur les marges.
Une valorisation qui reste attractive
Malgré ce contexte prudent, Sanofi bénéficie d’un soutien fondamental fort. Le titre se traite avec un PER 2027 de 11, soit une décote significative par rapport à la moyenne du secteur santé européen (13,6). Le rendement du dividende reste élevé à 3,9 %, avec une distribution couverte à hauteur de 42 %.
L’objectif de cours moyen de l'action Sanofi se situe aux alentours de 115 à 120 euros selon les analystes, soit un potentiel de hausse supérieur à 10 % par rapport au niveau actuel (103 euros). À cela s’ajoute une sensibilité boursière relativement faible : le titre affiche un bêta de 0,6 et réagit moins que le marché en phase de correction. En clair, Sanofi reste un actif défensif, bien adapté aux portefeuilles prudents ou en recherche de stabilité dans un environnement volatil.
Un pipeline renforcé, mais à concrétiser
L’avenir de Sanofi dépend en grande partie de sa capacité à renouveler ses relais de croissance. Dupixent, aussi rentable soit-il, est confronté à une échéance de brevet en 2031. À cette date, le groupe devra compenser environ 40 % de ses ventes actuelles. Les analystes estiment qu’il faudra 11 à 12 milliards d’euros de chiffre d’affaires additionnel provenant de produits exclusifs pour combler ce vide.
Le pipeline, justement, s’étoffe. Sanofi vise huit lancements majeurs d’ici fin 2025, avec des résultats attendus en phase 3 pour l’itepekimab (BPCO), le tolebrutinib (SEP), le rilzabrutinib (maladies rares auto-immunes) ou encore l’amlitelimab (asthme et dermatite atopique). Des signaux encourageants ont été donnés : plusieurs molécules ont reçu des désignations « breakthrough » de la FDA et les données cliniques publiées sur Tzield ou tolebrutinib montrent des résultats significatifs.
Mais le marché veut des preuves concrètes. En l’absence de succès majeurs sur les phases finales, la stratégie R&D de Sanofi pourrait rester cantonnée à des promesses. D’autant que le coût du pipeline est significatif : plus de 7,4 milliards d’euros ont été alloués à la recherche en 2024, un niveau inédit dans l’histoire du groupe, qui avait toutefois été prévu.
Opella, cessions ciblées et recentrage stratégique
Le virage Biopharma est en train de s’opérer. En vendant une participation majoritaire dans sa division grand public Opella à CD&R, Sanofi acte son désengagement du segment OTC pour se concentrer sur des traitements innovants, à forte marge. Cette opération, qui valoriserait Opella à un niveau attractif, permettrait aussi de renforcer la structure financière sans diluer l’effort d’investissement. En parallèle, Sanofi prévoit de racheter pour 5 milliards d’euros d’actions en 2025, signe d’un retour à l’actionnaire marqué une rareté dans l’industrie pharmaceutique européenne. Un signal apprécié par les investisseurs, même si le calendrier et la mise en uvre restent à suivre.
L'action Sanofi est à surveiller de près
Sanofi coche de nombreuses cases pour un investisseur prudent : valorisation raisonnable, dividende solide, visibilité sur la génération de cash. Mais pour prétendre à une revalorisation durable, le groupe devra prouver que sa transition vers un modèle Biopharma innovant tient la route.
Cela passera par des validations réglementaires, des lancements réussis et une maîtrise des coûts de développement. Le titre reste intéressant en l’état, notamment dans une optique défensive. Mais il pourrait gagner une tout autre dimension s’il parvient à convaincre sur le terrain de l’innovation. Le marché ne demande qu’à y croire — à condition que les annonces soient suivies d’effets.