Agfa-Gevaert : l'Ebitda grimpe à 12 M€ au T1, mais le cash-flow se dégrade
Agfa-Gevaert a publié mardi ses résultats du premier trimestre 2026, marqués par une amélioration sensible de la rentabilité opérationnelle. L'EBITDA ajusté a bondi à 12 millions d'euros, contre 2 millions d'euros au Q1 2025, soutenu par les économies réalisées et la transmission des surcoûts liés à l'argent vers les clients. Néanmoins, le groupe fait face à une détérioration de son flux de trésorerie libre, tombé à moins 42 millions d'euros, conséquence directe de l'augmentation du besoin en fonds de roulement liée aux prix élevés de l'argent, à la transformation interne et aux sorties de trésorerie relatives aux pensions. Cette performance contrastée reflète les tensions que traverse le groupe : tandis que les mesures de restructuration portent leurs fruits, la transition numérique du HealthCare IT et le ralentissement du marché de l'hydrogène vert freinent la dynamique commerciale.
Une rentabilité en repli sur le chiffre d'affaires, mais l'EBITDA s'envole
Le chiffre d'affaires consolidé a reculé de 2,3 % en variation publiée pour atteindre 236 millions d'euros, mais il a progressé de 1,7 % à devises constantes. Cette performance masque des dynamiques contrastées par segment : le HealthCare IT a décliné de 4,9 % en devise constante en raison de la transition vers les modèles cloud, tandis que les Industrial Solutions ont progressé de 2,7 % portées par la Digital Printing Solutions (+ 10 % en devise constante).
Sur le plan de la rentabilité, le groupe affiche un tournant notable.
L'EBITDA ajusté est passé de 2 millions à 12 millions d'euros, soit une amélioration de 500 %. La marge brute a augmenté de 1,6 point, de 30,7 % à 32,3 %, principalement grâce aux programmes d'économies et à la capacité du groupe à répercuter les surcoûts de l'argent auprès de ses clients. Les dépenses d'exploitation ont diminué significativement, de 81 millions à 73 millions d'euros.
En revanche, le résultat net reste déficitaire à moins 12 millions d'euros (contre moins 20 millions au Q1 2025). Ce redressement limité du résultat net reflète l'impact des frais financiers nets (moins 7 millions d'euros), bien que le groupe ait bénéficié d'un gain fiscal de 3 millions d'euros.
HealthCare IT fragilisé par la transition cloud, Imaging and Chemicals redynamisé par les prix de l'argent
Le segment HealthCare IT affiche un recul : le chiffre d'affaires a diminué de 4,9 % en devise constante pour atteindre 51 millions d'euros. Cette baisse reflète le positionnement stratégique du groupe, qui migre ses clients vers des solutions cloud. La prise de commandes roulante sur 12 mois s'est contractée de 10 %, passant de 186 millions à 167 millions d'euros, bien que la part du cloud dans la prise de commandes progresse (la prise de commandes cloud a augmenté en absolu). L'EBITDA ajusté du segment s'est replié de 43,9 % à 2,8 millions d'euros, affecté par le mix produit et les investissements pour la croissance.
En contraste net, Imaging and Chemicals s'est redynamisé.
Le chiffre d’affaires a crû de 4,3 % à devises constantes malgré un recul des volumes dans les films et la Computed Radiography.L'EBITDA ajusté a bondi de 2,6 millions à 12,8 millions d'euros (progression de 400 %), porté par les effets de timing liés à l'argent et par les mesures de réduction de coûts. Digital Radiology Solutions a enregistré une croissance en devise constante, avec un redressement de la prise de commandes.
Industrial Solutions a connu une amélioration mixte. Digital Printing Solutions a progressé de 10 % (hors devises) en tirant parti de la stabilisation du marché de la signalisation-affichage. Green Hydrogen Solutions a été durement impacté, avec un recul de 48 % du chiffre d'affaires en raison de la faiblesse du marché en Occident (retards législatifs sur la Directive Énergie Renouvelable III).
Trésorerie en dégradation malgré le redressement opérationnel
Le flux de trésorerie libre du groupe s'est dégradé sévèrement à moins 42 millions d'euros au Q1, contre moins 27 millions au Q1 2025 (incluant les opérations arrêtées). Cette détérioration est directement attribuable à trois facteurs : une augmentation de 33 millions d'euros du besoin en fonds de roulement (dont 41 millions d'euros liés à la hausse des prix de l'argent), les décaissements liés à la transformation interne et les versements de trésorerie relatifs aux pensions. Hors impact argent, tous les métiers ont amélioré leur besoin en fonds de roulement par rapport au Q1 2025.
La position de bilan a évolué : la dette financière nette (excluant IFRS 16 et pensions) s'est élevée à 58 millions d'euros en fin de mars 2026, contre 21 millions à fin décembre 2025.
Le levier d'endettement (dette nette/EBITDA ajusté sur 12 mois) s'établissait à 1,1x, largement en dessous du covenant maximum de 3,0x requis pour la mi-année et 2,75x en fin d'année. Le groupe a tiré 129 millions d'euros sur sa ligne de crédit renouvelable de 180 millions d'euros.
Pour l'exercice complet 2026, Agfa anticipe une amélioration du flux de trésorerie libre dans les trimestres à venir, mais s'attend à un flux de trésorerie libre annuel plus négatif qu'en 2025 (lequel avait bénéficié d'une rentrée de 38 millions d'euros liée à AgfaPhoto), compte tenu des décaissements accrus liés à la transformation et aux prix de l'argent.