Trigano : ventes en hausse de 1,6 % au T3, le groupe rachète 45,9 M€ d'actions
Trigano affiche un T3 2026 très contrasté. Ses ventes ne progressent que de 1,6 % à 1,162 Md€ contre un record au T3 2025, pénalisées par des ruptures d'approvisionnement en carrosseries et une dégradation du trafic en magasins. Pourtant, le groupe affiche un optimisme renouvelé : il a racheté 300 000 actions pour 45,9 M€ en quelques semaines et table sur une amélioration des résultats annuels 2026, signalant que la faiblesse des ventes masque une assise plus solide qu'il n'y paraît.
Cet écart entre la stagnation commerciale du trimestre et la confiance affichée par le management interroge : le groupe mise-t-il sur un rebond au T4, ou sa solidité tient-elle surtout à des fondamentaux long terme que le trimestre ne reflète pas ?
Une progression quasi inexistante au T3, pénalisée par deux chocs simultanés
Au troisième trimestre clos fin mai 2026, Trigano a enregistré un chiffre d'affaires de 1,162 Md€, en hausse de 1,6 % sur un an, soit une progression nettement inférieure à celle observée sur les neuf premiers mois de l’exercice. Cette progression limitée contraste avec le rythme des neuf premiers mois, où le chiffre d’affaires total ressort en hausse de 4,3 %. Sur le total groupe, les ventes avaient progressé de 8,3 % au premier trimestre et de 4,5 % au deuxième trimestre.
Le cœur de métier motorisé — motorhomes et caravans — a surmonté tant bien que mal deux obstacles majeurs. D’abord, la croissance soutenue d’environ 15 % de la production de camping-cars a mis les chaînes d’approvisionnement sous pression, mais cet élan s'est heurté à des ruptures de chaîne logistique, aboutissant à des véhicules incomplets quittant les chaînes de montage. Ensuite, un incendie survenu chez un fournisseur de carrosseries a limité les livraisons à 30 mai, continuant à peser sur les ventes externes. Résultat : la croissance motorhomes ne s'établit qu'à 1,4 % au T3, tandis que la distribution intégrée (agences Trigano) a reculé de 1,0 % en volume.
Les caravans ont mieux tenu, avec une hausse de 17,2 %, mais sur une base de comparaison très faible. L'activité loisirs complémentaires (résidences mobiles, remorques, autres) est restée quasi nulle, progressant de 0,2 %.
Fléchissement de la demande retail malgré un marché porteur
Au-delà de ces goulots d'étranglement logistiques, le communiqué révèle un essoufflement de la demande retail en fin de trimestre. Trigano reconnaît un « trafic faible » dans ses magasins pendant la seconde moitié de la période, ce qui a limité les ventes de camping-cars livrés directement aux clients finaux.
Cependant, le groupe ne catégorise pas cette baisse comme structurelle. En neuf mois (septembre 2025 à mai 2026), le chiffre d'affaires cumulé atteint 2,942 Md€, en progression de 4,3 % par rapport à la même période antérieure, soit une cadence plus soutenue que ne le suggère le seul T3. Cet écart indique que les deux premiers trimestres ont porté l'essentiel de la croissance annuelle.
Le marché global du motorhome affiche lui-même une croissance modérée de 2,3 % en neuf mois malgré « un environnement économique et géopolitique très exigeant », ce qui suggère que Trigano subit des pressions macroéconomiques plus larges que ses seules difficultés d'approvisionnement.
Confiance retrouvée et amélioration des résultats attendue
Malgré la faiblesse du T3, Trigano affiche une assurance marquée. Le groupe a lancé un programme de rachat d'actions massif : 300 000 titres pour 45,9 M€ en quelques semaines, et compte poursuivre au T4.
Le management anticipe une amélioration des résultats pour l'exercice 2026, soutenue par une « tendance positive de la production » et « une génération robuste de flux de trésorerie ». Il souligne également l'accueil positif des gammes 2027 auprès des distributeurs, prometteur de « volumes de commandes forts ».
À long terme, Trigano mise sur les fondamentaux : la demande de motorhomes reste orientée à la hausse en Europe, portée par une clientèle en quête de loisirs nature et accessibles. La position du groupe dans les segments d'entrée et milieu de gamme constituerait un « atout décisif » face à une éventuelle prudence des consommateurs en cas de nouvelle instabilité économique. Cette analyse place le groupe moins sur une dynamique de croissance à court terme que sur la robustesse structurelle de ses marchés.