Valneva plonge dans le rouge : 82 millions d'euros de perte opérationnelle en 2025
Le laboratoire français de vaccins a enregistré en 2025 une perte opérationnelle de 82,1 millions d'euros, bien que son chiffre d'affaires ait progressé de 3 % à 174,7 millions d'euros. Cette contradiction illustre une stratégie de croissance coûteuse : investir massivement en R&D avant l'arrivée de résultats attendus au premier semestre 2026 sur son candidat phare contre la maladie de Lyme, en partenariat avec Pfizer.
Une croissance commerciale masquée par des résultats financiers dégradés
Valneva a enregistré un chiffre d'affaires total de 174,7 millions d'euros en 2025, en hausse de 3 % par rapport aux 169,6 millions d'euros de 2024. Hors produits de tiers (dont l'activité s'est arrêtée progressivement en 2025), les ventes propres du groupe ont progressé de 9 % à taux de change constant. Le vaccin contre l'encéphalite japonaise IXIARO/JESPECT a tiré cette croissance avec une progression de 7,2 %, atteignant 98,4 millions d'euros. IXCHIQ, le vaccin contre le chikungunya, a plus que doublé ses ventes avec 8,4 millions d'euros contre 3,7 millions d'euros un an auparavant, bénéficiant du lancement dans plusieurs pays européens et d'une flambée épidémiologique à La Réunion. Cependant, derrière ces chiffres positifs s'accumulent les dégâts opérationnels : Valneva a enregistré une perte opérationnelle de 82,1 millions d'euros en 2025, contre un bénéfice opérationnel de 13,3 millions d'euros en 2024. Cette inversion spectaculaire est principalement due au fait que 2024 avait bénéficié d'un gain exceptionnel de 90,8 millions d'euros provenant de la vente d'un portefeuille de droits.
Des marges érodées par les coûts de production et des dépréciations massives
Au cœur de cette détérioration financière, les défis opérationnels s'accumulent. Les coûts des produits vendus se sont élevés à 107,1 millions d'euros en 2025, principalement en raison des dépenses supplémentaires liées à la finalisation du transfert de production vers la nouvelle installation d'Almeida en Écosse. La marge brute d'IXIARO s'est contractée à 59,6 % en 2025 contre 61 % en 2024, pénalisée par des coûts de production plus élevés sur le nouveau site couplés à des volumes de production inférieurs. Plus grave : IXCHIQ affiche une marge brute négative en 2025, pénalisée par 8,5 millions d'euros de dépréciations de stocks, consécutives à la résiliation de l'accord d'approvisionnement avec Serum Institute of India en décembre 2025. DUKORAL, le vaccin contre le choléra, a vu sa marge s'éroder à 33,3 % contre 38,7 % en 2024, notamment en raison de défaillances de lots au dernier trimestre 2025. Parallèlement, les dépenses de R&D ont explosé à 85,3 millions d'euros, en hausse de 15 % par rapport aux 74,1 millions d'euros de 2024, reflétant l'intensité croissante de l'investissement dans les candidats vaccins.
L'espoir repose sur les données du vaccin contre la maladie de Lyme au premier semestre 2026
Malgré cette situation financière dégradée, Valneva maintient ses perspectives pour 2026 et mise son avenir sur l'imminence de résultats potentiellement « transformateurs ». Les premiers résultats de l'essai de Phase 3 VALOR du candidat VLA15 contre la maladie de Lyme, mené par Pfizer, sont attendus au premier semestre 2026. Les vaccinations de Phase 3 ont été finalisées en 2025. Si les résultats sont positifs, Pfizer prévoit de déposer une demande d'autorisation auprès de la FDA américaine et de l'EMA européenne en 2026. Valneva pourrait alors percevoir jusqu'à 143 millions de dollars de paiements liés aux premières étapes de commercialisation, des redevances entre 14 % et 22 % sur les ventes, et jusqu'à 100 millions de dollars de paiements supplémentaires basés sur les ventes cumulées. Le groupe a également enregistré une trésorerie de 109,7 millions d'euros au 31 décembre 2025 contre 168,3 millions d'euros un an auparavant, témoignant d'une consommation de cash importante mais encore maîtrisée grâce à une gestion rigoureuse des dépenses. La concrétisation de cette attente concernant le vaccin contre la maladie de Lyme constituerait un tournant majeur pour justifier les investissements actuels et les pertes accumulées.