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À l'approche de sa réunion de décembre, la Banque centrale européenne affiche une sérénité de façade. L'économie résiste mieux que prévu et l'inflation reflue sans brutalité. Mais derrière le statu quo se cache une question plus délicate : celle d'un risque durable de sous-inflation.
La BCE aborde cette fin d'année avec un diagnostic macroéconomique sensiblement amélioré. La croissance du PIB de la zone euro au troisième trimestre a été révisée à +0,3 %, un chiffre supérieur aux anticipations formulées par l'institution quelques mois plus tôt. Les enquêtes de conjoncture suggèrent une poursuite de cette dynamique en fin d'année, tandis que le marché du travail demeure étonnamment résilient, avec un taux de chômage proche de ses plus bas historiques.Ce regain de solidité remet en question les projections de croissance jugées trop prudentes. Pour 2026, la BCE table encore sur une progression du PIB de 1,0 %, mais plusieurs économistes, dont ceux de MUFG, estiment désormais qu'un chiffre plus proche de 1,2 % serait plus cohérent avec l'élan observé. Dans ce contexte, la stratégie de statu quo apparaît rationnelle : rien n'impose aujourd'hui un ajustement rapide de la politique monétaire.
Sur le front des prix, l'inflation globale évolue toujours à proximité de la cible, à 2,2 % en novembre. Cette stabilité conforte la BCE dans son discours d'équilibre retrouvé. Mais sous la surface, la lecture est plus contrastée. L'inflation des services reste persistante, alimentée par une progression encore soutenue des salaires, tandis que la croissance de la rémunération par salarié demeure supérieure aux projections officielles.Dans le même temps, plusieurs forces désinflationnistes gagnent en intensité. Les prix de l'énergie continuent de se normaliser, les tensions alimentaires s'atténuent et le report d'un an de l'entrée en vigueur du mécanisme ETS2 modifie sensiblement le profil inflationniste à moyen terme. Résultat : les nouvelles projections de la BCE pourraient montrer une inflation durablement inférieure à 2 % en 2026 et 2027, avant un retour vers la cible à l'horizon 2028.
Officiellement, la BCE maintient une posture strictement dépendante des données, sans préjuger du prochain mouvement de taux. Mais l'équilibre des risques semble désormais pencher vers un assouplissement plutôt que vers un durcissement. MUFG souligne plusieurs facteurs susceptibles d'amplifier la désinflation : une appréciation de l'euro, des prix de l'énergie plus faibles que prévu, un ralentissement rapide des pressions salariales et, en arrière-plan, une intensification de la concurrence internationale liée aux exportations chinoises.Dans un scénario où l'inflation évoluerait autour de 1,5 % pendant plusieurs trimestres, la BCE serait confrontée à un dilemme délicat. Jusqu'où accepter un écart durable à la cible sans ajuster sa politique ? Avec des taux directeurs à 2 %, soit le point médian de l'estimation du taux neutre, les marges de manœuvre existent. Reste à déterminer à quel moment la BCE jugera que la stabilité devient synonyme d'inaction excessive.