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L’annonce d’un accord de désescalade entre les États-Unis et la Chine, officialisée le 10 novembre 2025, marque une inflexion nette dans la dynamique commerciale mondiale. Après des années de tensions et de droits de douane punitifs, les deux puissances prennent des mesures pour apaiser leur rivalité, notamment via la suspension de taxes, de restrictions sur les exportations de métaux stratégiques et la reprise de certains achats agricoles américains. Alors que ce tournant est salué par les marchés, ses répercussions concrètes — notamment en Europe — suscitent à la fois attentes et prudence.
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping en Corée du Sud, au sommet de l’APEC, a débouché sur une série de gestes concrets destinés à enrayer l’escalade protectionniste. Dès le 10 novembre, Washington suspend tous les droits de douane sur environ 3,2 milliards de dollars de navires construits en Chine, ainsi que des taxes de 100 % sur les grues portuaires et équipements intermodaux américains, pour une période d’un an. Pékin, de son côté, lève l’interdiction d’exportation de métaux critiques comme le gallium, le germanium et l’antimoine — essentiels à de nombreux secteurs industriels dont la défense, l’automobile et l’électronique. Ces décisions s’accompagnent de l’engagement des États-Unis à réduire plusieurs sanctions et à alléger certains droits de douane. Il s’agit d’une inflexion structurelle après une longue période de guerre commerciale marquée par l’extension de mesures restrictives, pouvant aller jusqu’à 1,5 milliard de dollars par an pour les seules compagnies maritimes chinoises les plus exposées.
L’effet de ces mesures n’a pas tardé à se faire sentir sur les marchés et auprès des industries, en particulier celles dépendantes des chaînes d’approvisionnement globalisées. En rendant à nouveau accessible l’exportation de métaux rares, la Chine offre un répit aux acteurs européens et américains, confrontés à la montée des pressions sur les matières premières. Ainsi, le secteur automobile et l’industrie électronique, très consommatrices de ces ressources, voient reculer les risques de ruptures et de flambée des prix observés lors des restrictions d’octobre. Le retour provisoire du commerce sino-américain favorise aussi une détente sur les denrées agricoles. La Chine s’est engagée à acheter entre 12 millions de tonnes de soja américain d’ici janvier 2026, puis 25 millions par an jusqu’en 2028, après un effondrement de plus de 78 % des exportations américaines de soja en 2025. Dans ce contexte, les recettes agricoles américaines devraient remonter après leur plus bas niveau depuis 2007.
L’Union européenne, prise souvent en étau dans ces luttes d’influence, bénéficie de la suspension par Pékin des restrictions sur ses propres importations de terres rares et de graphite. Les industriels européens, notamment dans les secteurs des batteries, des technologies vertes et de la défense, entrevoient une atténuation temporaire des tensions sur l’offre. Cependant, la vigilance demeure de mise : le caractère temporaire des levées de restrictions, limité à douze mois ou à l’horizon fin 2026 selon les mesures, invite les acteurs à ne pas miser sur une normalisation durable. Par ailleurs, l’arrivée massive du soja américain sur le marché mondial peut accroître la volatilité sur les prix agricoles et rogner sur la compétitivité des producteurs européens. Sur le plan stratégique, l’Europe voit dans les négociations USA-Chine une opportunité de réaffirmer l’importance de l’autonomie et de la diversification de ses approvisionnements, sans pour autant s’exonérer de défis persistants face à la solidité du duopole Pékin-Washington.