Emploi américain : la Fed poussée à l’action
La Fed prévue de baisser ses taux après des chiffres décevants sur l'emploi américain du mois d'août.
Un marché du travail en perte de souffle
Le ralentissement était attendu, mais son ampleur surprend. Les chiffres de juin et juillet ont été révisés en baisse de 21 000 emplois, ramenant la moyenne glissante à moins de 30 000 créations par mois. Or, selon les économistes, il en faudrait environ 100 000 pour stabiliser le chômage. « Le marché du travail n’est pas en rupture, mais les signaux d’alerte se multiplient », analyse Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Auris Gestion.
Dans le détail, l’affaiblissement est particulièrement marqué dans le secteur manufacturier, pourtant au cœur de la stratégie de réindustrialisation voulue par Donald Trump. L’administration publique, elle aussi, contribue au recul avec des suppressions de postes liées aux coupes budgétaires. Seuls quelques segments, comme la santé, continuent à créer des emplois, permettant d’éviter une dégradation plus brutale. Côté ménages, le taux de chômage officiel reste contenu, mais il est artificiellement maintenu bas par la diminution du nombre de demandeurs d’emploi, notamment en raison des expulsions de migrants.
Vers une baisse de taux inévitable
Au-delà des volumes, la dynamique salariale s’affaiblit nettement. La prime associée au changement d’emploi est repassée en territoire négatif : démissionner n’offre plus de meilleure rémunération. Cela freine le turnover et traduit un marché moins tendu. Ce recul des tensions salariales conforte la Fed dans son diagnostic : l’inflation n’est plus alimentée par une surchauffe du marché du travail.
Des perspectives de croissance ternes
Pour Jerome Powell, la séquence est claire. Après un discours jugé conciliant à Jackson Hole fin août, il s’apprête à annoncer une baisse des Fed Funds. Les marchés anticipent déjà un assouplissement de 100 points de base d’ici le premier trimestre 2026, avec une première réduction dès la réunion de septembre. Les investisseurs restent relativement confiants dans la capacité de la Fed à orchestrer un « soft landing » : croissance ralentie mais pas de récession sévère.
Mais les risques s’accumulent. Le ralentissement de l’emploi, combiné à des perspectives de croissance ternes et à des tensions commerciales persistantes, réduit la marge de manœuvre. Les chiffres d’inflation attendus cette semaine (prix à la production, prix à la consommation, enquêtes de l’Université du Michigan) pourraient renforcer la tendance. Si l’inflation continue de ralentir, la Fed aura les mains libres. Mais si elle se stabilise au-dessus de 3 %, le dilemme se compliquera : baisser les taux au risque de relancer les prix, ou rester ferme au risque de casser l’activité.