La BCE face au casse-tête d’un euro trop fort
La BCE navigue entre un euro fort menaçant la compétitivité et la nécessité de soutenir une reprise fragile.
Un statu quo qui cache des tensions
Depuis plusieurs semaines, les analystes convergent sur l’idée que la BCE n’a guère de marge de manœuvre. « Malgré nos craintes quant à la valorisation excessive de l’euro, susceptible de compromettre la stabilité des prix, la plupart des membres de la BCE ne semblent pas s’inquiéter de ces risques », observe Geoff Yu, stratégiste senior EMEA chez BNY. L’euro s’est apprécié fortement depuis le début de l’année, reflétant à la fois la confiance des investisseurs dans la zone et l’affaiblissement du dollar.
Mais cet apparent succès monétaire a un revers. Pour les industriels, notamment en Allemagne, une monnaie trop forte rend les exportations plus chères et accentue la baisse des carnets de commandes. Les données publiées en août montrent déjà un ralentissement marqué de la demande extérieure. Pour l’économiste Carsten Brzeski (ING), « il s’agit d’un signal d’alerte pour la BCE : maintenir le statu quo, c’est accepter de sacrifier un peu plus la compétitivité des exportateurs ».
Un équilibre de plus en plus précaire
En France, le sujet est encore plus politique. Christine Lagarde a reconnu cette semaine que « tout risque de chute d’un gouvernement de la zone euro est source d’inquiétude ». Les tensions politiques à Paris et la démission surprise de François Bayrou entretiennent un climat d’instabilité qui pourrait, en théorie, se répercuter sur les spreads souverains. Mais pour l’heure, ces écarts de taux restent sages : l’OAT 10 ans se maintient autour de 3,40 %, avec un spread de 71 points de base contre le Bund allemand. Autrement dit, pas de signe tangible de défiance immédiate de la part des marchés.
Une conférence de presse scrutée
Reste que le statu quo de septembre ne doit pas masquer les risques de moyen terme. D’un côté, la BCE peut se féliciter d’avoir ramené l’inflation dans sa cible : les dernières enquêtes de conjoncture suggèrent que la hausse des prix ralentit et que les salaires n’entretiennent plus de spirale inflationniste. Mais de l’autre, la croissance reste atone et la confiance des ménages comme des entreprises s’érode. « Les développements actuels ne seront pas favorables à la croissance ou à l’optimisme des investisseurs », prévient Geoff Yu.
Ce cocktail pourrait plomber le quatrième trimestre et conduire la BCE à assouplir sa politique dès la fin de l’année. Plusieurs analystes évoquent déjà la possibilité d’une nouvelle baisse des taux directeurs avant décembre, si la conjoncture se dégrade davantage. Pour Holger Schmieding, chef économiste de Berenberg, « la BCE est coincée : si elle bouge trop vite, elle perd sa crédibilité anti-inflation ; si elle ne bouge pas, elle risque d’étouffer une reprise encore fragile ».