Le shutdown américain s'enlise dans une impasse politique
Le blocage budgétaire fédéral américain est entré dans son neuvième jour ce jeudi 10 octobre 2025, sans aucun signe d'issue proche. Débuté le 1er octobre à minuit, ce paralysie administrative résulte de l'incapacité du Congrès à adopter un budget pour l'année fiscale 2026. Au cœur du différend se trouve la question des subsides de santé et des coupes budgétaires dans Medicaid, opposant fermement démocrates et républicains. Près de 900 000 fonctionnaires fédéraux se trouvent actuellement en congé forcé non rémunéré, tandis que 700 000 autres continuent de travailler sans certitude de paiement.
Une paralysie budgétaire aux racines politiques profondes
Le shutdown actuel, le onzième dans l'histoire moderne américaine et le troisième sous la présidence de Donald Trump, trouve son origine dans un profond désaccord partisan sur les politiques de santé. Les républicains ont fait passer à la Chambre des représentants le 19 septembre une résolution de continuité budgétaire qui prolongerait le financement gouvernemental jusqu'au 21 novembre aux niveaux actuels.
Cette proposition a toutefois échoué au Sénat, où elle nécessite 60 voix pour passer le seuil du filibuster. Lors du dernier vote du 9 octobre, seuls 54 sénateurs ont voté en faveur du texte républicain, avec trois démocrates qui ont franchi les lignes partisanes, dont John Fetterman de Pennsylvanie. Les démocrates exigent quant à eux l'extension permanente des crédits d'impôt bonifiés de l'Affordable Care Act, qui doivent expirer le 31 décembre 2025, ainsi que l'annulation des importantes réductions budgétaires de Medicaid inscrites dans la loi budgétaire adoptée en juillet dernier, connue sous le nom de One Big Beautiful Bill Act.
Cette loi prévoit près de 1 000 milliards de dollars de coupes dans Medicaid sur dix ans. Le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a déclaré que chaque jour de shutdown renforçait la position démocrate, affirmant dans une interview que la santé publique constituait un combat qui méritait d'être mené. Les républicains, de leur côté, accusent les démocrates de prendre le gouvernement en otage pour obtenir des avantages pour des programmes qu'ils qualifient de dépenses excessives.
Des conséquences immédiates pour les employés fédéraux et les services publics
Les effets du blocage budgétaire se font déjà sentir dans de nombreux secteurs de l'administration fédérale. L'Internal Revenue Service a annoncé le 8 octobre la mise en congé forcé de 34 000 employés, soit environ 46% de ses effectifs, ne conservant que 39 870 personnes sur 74 299 pour assurer les fonctions essentielles durant la période fiscale.
Les employés concernés ont reçu quatre heures pour clore leurs dossiers avant d'être placés en statut non rémunéré. Dans le secteur aérien, la Transportation Security Administration et les contrôleurs aériens continuent de travailler sans salaire, ce qui a entraîné une hausse des absences pour maladie et des retards de vols dans plusieurs aéroports américains, notamment à Denver, Newark et Burbank en Californie. Le 9 octobre, près de 6 000 vols ont été retardés aux États-Unis.
Les parcs nationaux ont également fermé leurs portes ou fonctionnent avec un personnel réduit, rappelant le shutdown de 2018-2019 durant lequel des actes de vandalisme avaient été commis faute de surveillance. Le programme WIC, qui fournit une aide alimentaire à plus de 6,6 millions de femmes enceintes, mères allaitantes et jeunes enfants, risque de cesser ses opérations après une à deux semaines de shutdown selon les estimations du Département de la Santé de l'État de Washington. L'administration Trump a toutefois annoncé avoir trouvé une solution temporaire en transférant des fonds issus des revenus tarifaires pour maintenir le programme à flot. La publication du rapport mensuel sur l'emploi de septembre n'a pas eu lieu comme prévu, privant les marchés d'un indicateur économique majeur.
Un bras de fer aux lourdes implications économiques et politiques
Les enjeux économiques du shutdown s'accumulent au fil des jours. Le Council of Economic Advisers de la Maison Blanche estime que chaque semaine de fermeture coûte 15 milliards de dollars au produit intérieur brut américain, avec des pertes d'emplois potentielles dépassant 43 000 postes si le blocage devait durer un mois. Ces estimations se fondent sur l'expérience du shutdown de 2018-2019, le plus long de l'histoire américaine avec 35 jours, durant lequel le Congressional Budget Office avait calculé une perte définitive de 3 milliards de dollars pour l'économie.
Une échéance particulièrement sensible approche le 13 octobre, date limite pour traiter les paiements de la paie militaire. Si aucun accord n'est trouvé d'ici là, les membres des forces armées ne recevront pas leur salaire, une situation qui alimente la pression politique sur les deux camps. Sur le plan de l'opinion publique, les sondages réalisés entre le 2 et le 6 octobre montrent que 47% des Américains tiennent Donald Trump et les républicains du Congrès responsables du blocage, contre 30% qui pointent les démocrates. Toutefois, seuls 26% des sondés estiment que la position démocrate sur l'extension des subsides de santé justifie un shutdown.
L'administration Trump a menacé d'utiliser ce blocage pour procéder à des licenciements permanents d'employés fédéraux, dépassant ainsi le cadre traditionnel des congés forcés temporaires. L'Office of Management and Budget a également émis un avis juridique controversé suggérant que la loi de 2019 garantissant le paiement rétroactif des employés en congé forcé ne s'appliquerait pas automatiquement, avant que l'IRS ne retire cette interprétation sous la pression. La Chambre des représentants n’a pas tenu de votes depuis le 19 septembre, le speaker Mike Johnson refusant de rappeler les députés tant que le Sénat n'aura pas adopté la résolution républicaine. Les deux chambres ne devraient pas siéger durant le week-end, repoussant toute résolution possible au minimum jusqu'à mardi 15 octobre.