Rubrique en collaboration avec

Ouvrir un compte
CAC 40 :
8 062,91 pts
-0.56%


Dernière mise à jour : 09/12/2025 - 15h25
Annonce





Note de la France : pourquoi S&P devrait temporiser

S&P doit officiellement publier une communication sur la note souveraine de la France ce vendredi 28 novembre. Mais après la dégradation anticipée d'octobre (AA- à A+), rien, dans les données budgétaires ou économiques récentes, ne justifie un nouveau mouvement. Entre incertitudes politiques, déficit public toujours flou et marchés étonnamment sereins, l'agence pourrait choisir l'attentisme.

Note de la France : pourquoi S&P devrait temporiser
Temps de lecture : 3 minute(s) - Par | Mis à jour le 27-11-2025 08:49 | Publié le 27-11-2025 08:37

Aucun élément nouveau

Lorsqu’elle a abaissé la note de la France de AA- à A+ le 17 octobre 2025, S&P avait pris tout le monde de court en anticipant son calendrier. L’agence avait alors détaillé les conditions d’un éventuel nouvel abaissement : une détérioration budgétaire au-delà de ses projections ou une dégradation significative des perspectives de croissance. Or, aucun de ces éléments ne s’est matérialisé depuis.

Côté finances publiques, le brouillard n’a pas bougé d’un millimètre. Le pays ne dispose toujours pas d’un budget voté, et les contours exacts du déficit pour l’année prochaine restent inconnus. On ignore quelles mesures deviendront permanentes, lesquelles resteront exceptionnelles et si un recours à une loi spéciale ou à des ordonnances sera nécessaire. Autrement dit : la situation est floue, mais elle n’est pas plus mauvaise qu’en octobre.

S&P avait rappelé dans son communiqué que ses projections de déficit public étaient les suivantes : 5,8 % du PIB en 2024, 5,4 % en 2025, 5,3 % en 2026, puis une remontée à 5,6 % en 2027 et 5,7 % en 2028. Le FMI, plus pessimiste, envisage pour 2028 un déficit atteignant 6,2 % à politique inchangée. Quant aux projections très récentes de la Commission européenne, elles sont quasiment en ligne avec celles de S&P, voire légèrement meilleures pour 2027 (5,3 %).

Ces chiffres ne signalent ni un effondrement, ni une amélioration, simplement une stabilité dans l’incertitude. C’est précisément ce qui pousse l’agence à la prudence : la situation n’est pas éclaircie, mais elle ne s’est pas détériorée au-delà de son dernier scénario.

La croissance, autre critère clé, n’a pas non plus divergé. D’après le FMI comme la Commission européenne, les perspectives de la France restent conformes aux attentes, sans choc négatif majeur. Rien qui puisse justifier un changement de perspective à ce stade.

Enfin, S&P a récemment relevé la note de l’Espagne et du Portugal, désormais alignées sur celle de la France (A+). Cette harmonisation réduit les tensions de cohérence entre les pays de la zone euro et plaide pour un statu quo.

Annonce
Banniere Ideal Investisseur Mag

Indulgence étonnante envers la France

Le paradoxe de la situation française est là : si la France inquiète sur le papier, les marchés, eux, restent remarquablement détendus. Le spread OAT-Bund 10 ans, longtemps stabilisé autour de 50 points de base, avait bondi à 75 points de base lors de la dissolution. Depuis, il oscille autour de ce niveau sans véritablement réagir aux péripéties politiques ou budgétaires.

Cette complaisance s’explique par plusieurs facteurs structurels que les investisseurs et les agences de notation connaissent bien.

D’abord, la diversification de l’économie française, qui, contrairement à d’autres pays plus spécialisés, absorbe mieux les chocs sectoriels. Ensuite, la solidité du système bancaire, qui réduit le risque d’un sauvetage coûteux pour les finances publiques. S’ajoute à cela la liquidité exceptionnelle du marché des obligations françaises : large, profond, actif, il permet d’absorber des volumes importants sans déformation excessive des prix. Un atout essentiel aux yeux des investisseurs internationaux.

Les adjudications de dette publique continuent ainsi de se dérouler sans difficulté : la demande reste supérieure à l’offre, et la France conserve un accès fluide aux marchés. Les investisseurs savent également que, en cas de tension spéculative, la BCE dispose d’instruments capables d’intervenir sur le marché secondaire, notamment le TPI, dont l’existence suffit à calmer de nombreuses ardeurs.

Autre élément structurel : la France conserve des revenus privés élevés et un patrimoine important, deux leviers fiscaux potentiels en cas de nécessité pour honorer le service de la dette.

L’ensemble de ces facteurs compose un paysage paradoxal : une situation budgétaire incertaine, mais un contexte financier solide qui rassure les investisseurs — au point de maintenir un niveau de confiance élevé malgré le déficit et les tensions politiques.


Newsletter Ideal Investisseur
Comme 21 000 investisseurs,
Rejoignez le briefing quotidien d'Idéal Investisseur !

Je m'inscris


S&P devrait maintenir la note

Dans ce contexte, la lecture la plus probable s’impose : l’agence ne devrait pas dégrader à nouveau la note de la France, ni même basculer en perspective négative. Elle pourrait se contenter d’un commentaire général sur la trajectoire budgétaire, le contexte politique et les risques associés, tout en renvoyant sa décision à une période plus lisible.

Pour S&P, le moment est mal choisi pour un nouveau geste : elle a déjà frappé en octobre, les données n’ont pas changé, et les marchés continuent de prêter à la France sans difficulté. À ce stade, la balle est dans le camp politique : tant que le budget n’est pas clarifié, l’agence ne peut que constater l’opacité, pas la qualifier de détérioration.

Le statu quo apparaît donc comme la décision la plus rationnelle. Et, dans un paysage budgétaire en clair-obscur, c’est peut-être déjà une bonne nouvelle.