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La trêve commerciale signée entre Pékin et Washington a temporairement rassuré les marchés. Mais derrière les annonces de baisse de droits de douane et de reprise des échanges agricoles, les tensions structurelles persistent. Et les marchés doutent déjà de la durabilité de cette détente.
Après des mois de négociations tendues, les États-Unis et la Chine ont conclu un accord qualifié de « pragmatique » par les diplomates, mais de « fragile » par les investisseurs. Les États-Unis se sont engagés à réduire les droits de douane sur les produits chinois de 57 % à 47 % et à suspendre de nouveaux contrôles à l’exportation. En contrepartie, Pékin a accepté de geler pendant un an ses restrictions sur les minéraux rares, de reprendre ses achats massifs de soja américain et de renforcer la lutte contre le trafic de précurseurs chimiques du fentanyl.
Ces gestes réciproques marquent une volonté d’apaisement, mais ne règlent pas le fond du problème : la rivalité stratégique et technologique entre les deux premières puissances mondiales. Les marchés l’ont bien compris. Après un bref rebond à l’annonce de l’accord, les indices américains et asiatiques sont restés prudents, conscients que cette trêve pourrait n’être qu’un répit tactique avant de nouvelles tensions.
L’expérience de 2023 l’a d’ailleurs montré : le précédent accord de Genève et Londres, déjà salué comme un tournant, avait rapidement volé en éclats à propos du commerce des terres rares. Les analystes rappellent que les engagements actuels ne sont assortis d’aucun mécanisme de sanction en cas de non-respect, ce qui limite leur portée réelle.
Dans le même temps, la Réserve fédérale américaine a tenté de maintenir un cap de rigueur maîtrisée. La banque centrale a procédé, comme prévu, à une baisse de taux lors de sa dernière réunion, mais dans un ton jugé plus ferme que prévu. Jerome Powell, son président, a tenu à rappeler qu’« une nouvelle baisse du taux directeur lors de la réunion de décembre n’est pas acquise ». De quoi refroidir l’enthousiasme des investisseurs, qui anticipaient une détente monétaire prolongée.
Cette inflexion a été bien accueillie par les marchés obligataires, qui y voient la preuve de l’indépendance de la Fed face aux pressions politiques. Les anticipations d’inflation sont restées stables, signe que la banque centrale conserve la crédibilité de sa stratégie de contrôle des prix. Mais pour les actions, le message a été tout autre : la perspective d’un resserrement plus long a alimenté une nouvelle phase de volatilité, accentuée par la prudence des investisseurs face à la croissance chinoise encore hésitante.
Sur le front technologique, les signaux sont contrastés. Alphabet a vu son titre salué par la croissance du nombre d’utilisateurs de son modèle d’IA Gemini, tandis que Meta a été sanctionnée pour ses investissements jugés excessifs dans l’intelligence artificielle. Ce débat sur le retour sur investissement de l’IA se poursuit, et illustre l’incertitude autour du coût et du potentiel réel de cette révolution industrielle.
Pour les stratégistes de Franklin Templeton, la leçon est claire : « Les promesses de l’intelligence artificielle sont réelles, mais la sélectivité sera cruciale. Les gagnants et les perdants continueront à se démarquer dans les années à venir. » Ils plaident pour une diversification accrue vers les valeurs cycliques américaines, les small caps et les marchés non américains, jugés plus attractifs sur le plan des valorisations.
À court terme, la trêve sino-américaine allège la pression sur les chaînes d’approvisionnement et redonne un peu d’air aux échanges mondiaux. Mais les investisseurs savent que cette paix commerciale repose sur des fondations fragiles. Le moindre dérapage politique, technologique ou monétaire pourrait rallumer les tensions — et raviver la volatilité.