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Paris : pourquoi le projet immobilier de la Tour Triangle divise

| Publié le 14-05-2019 15:42 | Mise à jour le 20-06-2019 12:26
Paris : pourquoi le projet immobilier de la Tour Triangle divise
Crédit photo : Le projet de Tour Triangle  

La Tour Triangle de Paris va-t-elle finalement voir le jour ? Si les projets immobiliers font souvent irruption dans le débat public local, la construction de ce bâtiment de 42 étages aux portes de la capitale est l'objet d'une controverse depuis près de 10 ans. Alors que le tribunal administratif vient de confirmer que le projet pouvait suivre son cours, les opposants s'apprêtent à livrer de nouvelles batailles.

La Tour Triangle : un projet lancé 2008

La Tour Triangle est un projet immobilier de grande ampleur. Présenté conjointement en 2008 par le maire de Paris d'alors Bertrand Delanoë, son adjointe à l'urbanisme Anne Hidalgo, et le promoteur privé Unibail-Rodamco, il s'agit d'une tour de 180 mètres de haut (42 étages). Une élévation hors norme, qui ferait du bâtiment le 3ème édifice le plus haut de la capital après la Tour Eiffel (324m) et la Tour Montparnasse (209m).

Le bâtiment, dont la livraison était prévue initialement en 2012, devrait accueillir 92.000 m2 de locaux d'activités (bureaux, hôtel quatre étoiles, espace de coworking et commerces) au cœur du parc de la Porte de Versailles dans le 15ème arrondissement de Paris. Plus grand parc des expositions français, celui-ci abrite de nombreux évènements chaque année (dont le salon de l'agriculture ou VivaTech) et accueille environ 7 millions de visiteurs par an.

Si les projets immobiliers sont généralement loin de laisser le voisinage indifférent, un bâtiment d'une telle envergure apporte sans surprise son lot de complexités et de controverses. D'autant que ce type de construction est inhabituel pour la capitale : la Tour Montparnasse, dont les travaux ont débuté en 1969, reste le dernier projet de tour parisienne à avoir vu le jour.

Comme son nom l'indique, le projet de bâtiment évoque un triangle. Conçu par le cabinet d'architecte suisse Herzog & de Meuron, il est de forme trapézoïdale, reposant sur une base de 200 mètres de long. Si l'architecte espérait à l'origine que la tour fasse 211 mètres « pour dépasser la Tour Montparnasse », elle devrait finalement n'atteindre « que » 180 mètres de haut.

Pourquoi la Tour Triangle fait controverse

Outre l'aspect esthétique et la peur de voir Paris « défigurée », plusieurs points sont mis en avant par les opposants au projet, notamment des élus parisiens issus d'Europe Écologie les Verts (EELV) et du Parti de Gauche.

Le premier est que la Tour Triangle n'est pas en ligne avec le Plan Climat adopté par la ville de Paris. Selon eux, le bâtiment consommera trop d'énergie à l'instar d'une tour construite à Bonn, dont les consommations finales seraient 10 fois supérieures aux estimations initiales. Un argument dont se défendent les concepteurs, qui indiquent que les consommations énergétiques seront au contraire « 4 fois inférieures à la moyenne du parc tertiaire, et 6 fois inférieure à la moyenne des bureaux haussmanniens » si on les ramène au poste de travail.

Deuxième argument contre la tour, le fait que Paris n'ait pas besoin de bureaux supplémentaires. La ville disposerait déjà d'un parc de 3 millions de m2 de bureaux vides. En construire de nouveaux serait un non-sens. Un point que réfutent les promoteurs du projet, expliquant que sur l'ensemble de ces bureaux vacants, seuls 7% seraient rénovés alors que la ville a besoin de bureaux modernes.

Autre source de litige, l'ombre que les 42 étages du bâtiment vont projeter sur le quartier. « La tour est une négation de la ville, prévue pour exister en totale autarcie coupée de la ville en la dominant de toute sa hauteur et de toute son ombre », selon le Collectif Contre la Tour Triangle. Argument que rejette le camp adverse : d'après les études d'ensoleillement, seuls 12 immeubles seraient concernés par l'ombre portée, et pour une durée limitée à environ 40 minutes par jour maximum.

Enfin, la mairie et le promoteur expliquent que la tour, financée uniquement par des fonds privés (500 millions d'euros), redonnera de l'attractivité à Paris et permettra de créer 5 000 emplois. Un argument auquel les opposants ne croient pas, expliquant que « l'offre de bureaux ne crée pas d'emplois ! C'est la production de biens et de services qui crée des emplois ».

Etude d'impact et enquête publique
Les grands projets immobiliers sont généralement soumis à deux types d'études : une étude d'impact et une enquête publique.
L'étude d'impact est une étude technique qui a pour objectif d'estimer les conséquences du projet immobilier, notamment sur l'environnement, et de faire des préconisations pour limiter les impacts négatifs.
L'enquête publique est une procédure réglementaire de consultation des habitants concernés par le projet. Elle est menée par un commissaire enquêteur désigné par le président du Tribunal administratif.

Un projet et une procédure hors du commun

Un certain travail a été nécessaire avant même que le projet ne soit présenté au public. En effet, les règles de construction du parc de la Porte de Versailles interdisaient initialement les édifices de plus de 37 mètres de haut, soit environ 10 étages de bureaux. Pour rendre possible la réalisation de la Tour Triangle, il a donc fallu en premier lieu modifier le Plan Local d'Urbanisme (PLU) pour adapter les règles au futur bâtiment.

Or, une telle procédure prend du temps, et ce n'est finalement qu'en 2013 que le nouveau PLU de Paris a été entériné après enquête publique. Une décision qui a aussitôt été attaquée par des associations devant le tribunal administratif puis devant le Conseil d'État, sans succès.

Le permis de construire est finalement déposé pour instruction mi-2014, juste avant les élections municipales (qui seront remportées par l'ancienne adjointe à l'urbanisme Anne Hidalgo). Mais nous sommes encore loin du début des travaux : en novembre 2014, le Conseil de Paris vote contre le projet à une courte majorité. La mairie saisit alors le tribunal administratif de Paris, estimant que ce vote est entaché d'irrégularités.

En parallèle, le projet immobilier subit quelques modifications pour remporter l'adhésion nécessaire à un vote favorable, intégrant un hôtel de 120 chambres, un espace de co-working et un équipement culturel. Il est finalement adopté le 30 juin 2015. Une étude d'impact sur l'environnement est lancée, le bâtiment dépassant 40 000 m². Mais les opposants au projet n'abandonnent pas pour autant.

Qu'est-ce que le Conseil de Paris ?
C'est l'assemblée délibérante de Paris, à la fois en tant que commune et que département. Il est composé de 163 conseillers élus lors des élections municipales. Le Conseil de Paris se tient 8 à 10 fois par an.

Un bras de fer juridique qui n'est peut-être pas terminé

Le permis de construire est signé par la ville fin avril 2017 après les conclusions d'une nouvelle enquête publique menée par le tribunal administratif. L'information n'est divulguée qu'un mois plus tard, après les élections présidentielles, ce que les opposants au projet ne manquent pas de relever.
« Le Parti socialiste était en difficulté lors de la campagne électorale de l'élection présidentielle (...), Anne Hidalgo a souhaité donner l'information du permis de construire accordé après le résultat de ces élections. C'est bien le signe que ce projet d'immeuble de grande hauteur Porte de Versailles, a mauvaise presse aux yeux des Parisiens. Un projet démesuré et rejeté.»

Immédiatement, la ville et le promoteur s'attendent à un recours. En effet, les tiers peuvent contester un permis de construire dans les 2 mois suivant son affichage, dès lors qu'ils considèrent que ce permis ne respecte pas les règles en vigueur. Rapidement, les opposants rassemblés au sein du « collectif contre la tour triangle » (SOS Paris, Jeunes Parisiens de Paris, Monts14, ACTEVI et ADHAPE) passent à l'offensive.

A l'automne 2017, un recours contre le permis de construire est déposé devant le tribunal administratif pour « atteinte inacceptable au grand paysage de Paris ». Le collectif pointe du doigt « l'insuffisance de l'étude d'impact paysager qui n'a pris en compte que des points de vue de la rive droite très lointain et non de la rive gauche, ce qui ne permet pas au public d'avoir une bonne compréhension de cet impact. »

En mai 2019, le juge administratif tranche : le permis de construire est valide, le PLU respecté, l'étude d'impact correctement mené. En l'état, le projet immobilier peut donc se poursuivre. Les opposants n'excluent pas faire appel de cette décision auprès du Conseil d'État.

Mais d'autres fronts juridiques sont toujours ouverts, notamment concernant la légalité du bail à construction donné à Unibail-Rodamco. Selon les opposants à la Tour Triangle, une mise en concurrence et un appel d'offres public auraient dû être lancés selon les règles des marchés publics pour l'attribuer à un promoteur privé, ce qui n'a pas été le cas. « Il ne s'agit pas d'un projet privé d'intérêt général mais d'une concession d'aménagement puisque la tour doit revenir à la ville au bout de 80 ans».
Enfin, le collectif remet en cause un décret publié en début d'année, permettant d'accélérer les constructions proches des sites olympiques, qu'ils qualifient de « manœuvre ».

La mairie espère un début des travaux pour 2020, avant les élections municipales. L'objectif étant d'inaugurer la tour avant le lancement des Jeux Olympiques de Paris en 2024.

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