Ipsen rachète Memo Therapeutics pour 200 M€, jusqu'à 700 M€ avec les jalons
Le laboratoire français Ipsen a annoncé mercredi l'acquisition de la biotech suisse Memo Therapeutics AG pour renforcer son portefeuille de maladies rares. L'opération porte sur potravitug, un anticorps monoclonal de phase II ciblant le polyomavirus BK chez les patients transplantés rénaux.
Une acquisition structurée en deux temps pour 700 M€ maximum
Ipsen versera 200 M€ à la clôture de la transaction pour acquérir l'ensemble des parts de Memo Therapeutics AG en base cash-free et debt-free. À cette enveloppe s'ajoutent des paiements différés conditionnés à l'atteinte de jalons de développement, d'approbations réglementaires et de chiffre d'affaires, portant la contrepartie totale à plus de 700 M€. La fermeture est attendue au cours du troisième trimestre 2026, sous réserve de conditions de clôture usuelles. Avant la conclusion de l'opération, les actifs et salariés de Memo Therapeutics non liés à potravitug seront transférés à une nouvelle entité, Memorises Bio, conservée par les actionnaires de Memo. Cette restructuration inclut la plateforme de découverte Dropzylla et la collaboration avec CSL sur un programme de polyimmunoglobulines recombinantes. Ipsen précise que l'impact de cette acquisition midstage est intégré dans ses prévisions financières pour l'année en cours.
Potravitug en phase II avancée avec résultats d'efficacité établis
Potravitug a reçu la désignation fast-track de la FDA en mai 2023 et celle de médicament orphelin auprès de l'Agence européenne du médicament en décembre 2025. L'essai de phase II SAFE Kidney II, le plus grand essai contrôlé versus placebo chez les patients transplantés rénaux atteints de néphropathie associée au polyomavirus BK (BKPyVAN), a inclus 95 patients répartis sur 22 sites aux États-Unis. Le critère primaire a été atteint : une réduction virale ≥ 1-log10 ou des niveaux indétectables au jour 20 ont été observés à des taux plus élevés sous potravitug qu'en placebo. À la semaine 38, 24,4 % des patients traités ont atteint une BKPyV-DNAémie indétectable contre 13,0 % dans le groupe placebo. Des réductions > 2-log10 sont survenues chez 40,3 % versus 24,7 % respectivement. La néphropathie prouvée à la biopsie a décliné de 51,2 % à 31,6 % dans le groupe potravitug, sans modification observée sous placebo. Le profil de tolérance a été favorable, sans événement indésirable grave lié au traitement rapporté. Un essai de phase II/III, SAFE Kidney III, doit débuter plus tard en 2026.
Une population cible majeure sans traitement ciblé approuvé
Environ 90 % des transplantés rénaux sont séropositifs pour le polyomavirus BK. Chez approximativement 30 % des patients, une forte charge virale apparaît en première année post-transplantation, traduisant une réactivation. Plus de 100 000 transplantations rénales sont effectuées chaque année dans le monde, dont plus de 28 000 aux États-Unis, avec plus de 90 000 patients en attente de greffe. Actuellement, aucune thérapie ciblée approuvée n'existe pour cette infection ; la prise en charge repose sur l'équilibre entre réduction d'immunosuppression (risquant le rejet) et contrôle viral, un arbitrage clinique contraignant.