Manitou : le résultat net plonge de 44 % malgré des commandes record
Manitou a enregistré en 2025 un repli de 3,4 % de son chiffre d'affaires à 2 564 millions d'euros, mais a simultanément gonflé ses prises de commandes à 2 181 millions d'euros, soit plus du double de l'exercice précédent. Cette accumulation de carnet offre une visibilité sur les deux prochains trimestres, mais dissimule une profonde compression des marges opérationnelles, tombées à 5,6 % contre 7,5 % l'année précédente.
Des commandes qui explosent quand le chiffre d'affaires recule
Le paradoxe du groupe se cristallise autour d'une dynamique commerciale spectaculaire et d'une activité qui peine. Avec des prises de commandes atteignant 2 181 millions d'euros, le groupe a plus que doublé ses engagements commerciaux comparé à 2024, portées notamment par les grands loueurs et la zone Europe. Cette effervescence commerciale a permis au carnet de commandes machines de grimper à 1 121 millions d'euros en fin 2025, en hausse de 3,4 %, offrant au groupe une visibilité robuste pour les deux prochains trimestres. Or, dans le même temps, Manitou a enregistré un chiffre d'affaires de 2 564 millions d'euros, en recul de 3,4 % sur l'année (-2,3 % en comparable). La division Produits, le cœur du métier, a particulièrement souffert avec un repli de 4,6 %, victime de l'attentisme des grands loueurs au début d'année, de la hausse des droits de douane américains et d'effets de change défavorables. Seule la division Services & Solutions a confirmé sa résilience avec une croissance de 2,8 % à 420 millions d'euros.
Les marges piégées par la concurrence et les coûts
Cette accumulation de commandes cache une réalité bien moins réjouissante : la rentabilité du groupe s'érode. Le résultat opérationnel courant a chuté de 28,3 % à 143 millions d'euros, soit 5,6 % du chiffre d'affaires contre 7,5 % en 2024. La marge brute elle-même s'est contractée de 1,2 point à 17,6 %, conséquence directe d'une pression persistante sur les prix de vente dans un environnement hautement concurrentiel. À la division Produits, le taux de marge a reculé de 1,3 point malgré des efforts de réduction des coûts : la baisse des matières premières et l'amélioration de l'efficience industrielle n'ont pas suffi à compenser l'agressivité tarifaire du marché. Le résultat net part du groupe s'en est ressenti, plongeant de 43,9 % à 68 millions d'euros. Ces pressions ont néanmoins été « contenues » selon la direction, grâce à un pilotage rigoureux des frais fixes et une amélioration de l'efficience industrielle. En contrepartie, la dette nette a pu être réduite de 42,7 % à 212 millions d'euros, ramenant le gearing à 21,8 % grâce à une gestion proactive des stocks.
Une visibilité affichée, mais une guidance en suspens
Le groupe aborde 2026 avec un atout majeur : son carnet de commandes élevé, qui couvre les deux prochains trimestres selon la direction. Manitou a renforcé sa structure de bilan et poursuit le déploiement de sa feuille de route stratégique « LIFT » à horizon 2030, censée structurer une transformation profonde de l'organisation. Cependant, Manitou a choisi de suspendre sa guidance 2026 « compte tenu du conflit qui vient d'éclater et de ses potentielles conséquences », révélant une prudence accrue face aux incertitudes géopolitiques. Le groupe maintient son engagement envers les actionnaires en proposant un dividende de 0,75 euro par action à l'Assemblée générale du 11 juin 2026. L'enjeu principal reste intact : transformer ce carnet record en profit, dans un environnement où les prix de vente demeurent sous pression et où la géopolitique ajoute une couche d'incertitude supplémentaire.