Solutions30 : perte nette de 60,7 M€, l'action face à une année charnière
Solutions30 aborde une année charnière. Le groupe technologique français publie le 30 mars 2026 des résultats annuels dégradés. D'un côté, un effondrement profond : la perte nette atteint 60,7 M€, intégrant notamment le coût des transformations engagées. De l'autre, une réalité plus nuancée : hors Connectivity en France, le chiffre d'affaires progresse de 2,9 %. Cette dualité expose l'ampleur du défi : Solutions30 doit non seulement enrayer l'hémorragie française, mais aussi prouver que ses relais de croissance—énergie, Allemagne, Benelux—compensent structurellement ses activités télécoms tricolores.
Un chiffre d'affaires en recul, mais polarisé géographiquement
Le chiffre d'affaires consolidé de Solutions30 s'établit à 892,4 M€ en 2025, en recul de 5,4 %, reflétant une croissance organique négative de 6,9 %. Cette contraction cache cependant des trajectoires contrastées. En France, le malaise est aigu : le revenu plonge de 15,4 %, avec l'activité Connectivity en baisse vertigineuse de 34,6 % face au ralentissement du déploiement de la fibre et aux mesures de sélectivité engagées depuis 2024. La France représente toujours 34,2 % du chiffre d'affaires du groupe. À l'inverse, l'Allemagne décolle avec une croissance organique de 13,5 % (95,9 M€ de revenu), tandis que le segment Autres Pays affiche une expansion de 9,9 % après retraitement des activités non poursuivies. Le Benelux reste la zone refuge, avec des marges solides à 12,6 % d'EBITDA ajusté, contre 10,0 % un an plus tôt.
Des marges sous pression malgré une marge de manœuvre opérationnelle
L'EBITDA ajusté du groupe baisse de 12,7 % à 65,2 M€, avec une marge comprimée à 7,3 %, soit 60 points de base sous 2024. Cette détérioration globalise un phénomène crucial : les activités porteuses peinent à compenser la chute de la France. L'EBITDA ajusté français s'effondre de 34,1 M€ à 14,5 M€ (marge de 4,8 %), résultat direct de la crise Connectivity. En Allemagne, la marge s'érode à 6,3 % contre 11,2 % en 2024, malgré un contexte de croissance, en raison de déploiements de fibre plus irréguliers que prévu. Le segment Autres Pays offre une lueur d'espoir : l'EBITDA ajusté bondit de 65,5 % à 9,6 M€, avec une marge en hausse de 230 points de base à 6,9 %. Au niveau consolidé, l'EBIT ajusté ressort à 7,3 M€ contre 29,5 M€ en 2024, illustrant l'impossibilité actuelle du groupe à traduire son chiffre d'affaires en profit exploitable.
La trésorerie s'érode, les objectifs mid-term décalés
Bien que Solutions30 dispose d'une trésorerie brute de 73,2 M€, sa structure financière s'est dégradée. La dette bancaire nette a explosé de 0,8 M€ à 36,3 M€, tandis que l'endettement net total (incluant la dette locative IFRS 16) atteint 99,6 M€, soit 1,5 fois l'EBITDA ajusté. Le free cash flow s'est contracté de 40,2 M€ à 15,0 M€, pénalisé par une variation négative du besoin en fonds de roulement de 18,1 M€—notamment due au shift du mix d'activité vers l'énergie, où les projets engendrent des cycles de facturation plus longs. Critiquement, Solutions30 reconnaît que les objectifs fixés lors du Capital Markets Day de septembre 2024 «s'inscriront dans un calendrier plus progressif qu'envisagé». Les actions de rationalisation de la Connectivity en France, dont les premiers effets sont attendus au second semestre 2026, restent le cœur du repositionnement. Le groupe dispose cependant de marges de manœuvre identifiées pour réduire les risques de trésorerie en cas de nouvelle dégradation de l'activité télécoms française.