Thales : commandes en hausse de 22 %, résultats en forte progression, une charge non récurrente sur les frégates F126
Thales a publié le 23 juillet des résultats semestriels solides, avec l'ensemble de ses indicateurs de pilotage en hausse : des prises de commandes de 12,5 milliards d'euros (+22 % en organique), un chiffre d'affaires de 10,9 milliards (+7,8 %), un EBIT ajusté de 1 372 millions (+11,4 % en organique) et un résultat net ajusté part du groupe de 990 millions (+13 %). Le groupe confirme ses objectifs 2026, dont deux avaient été relevés le 3 juillet.
Le résultat net publié recule en revanche à 485 millions d'euros, contre 664 millions un an plus tôt, en raison d'une charge exceptionnelle de 450 millions liée à l'arrêt du programme de frégates allemandes F126. Le groupe souligne que cette charge, en grande partie sans effet sur la trésorerie, n'affecte ni l'EBIT ajusté, ni le résultat net ajusté, ni de manière significative la génération de trésorerie.
Commandes en forte accélération, portées par la Défense et le Spatial
Les prises de commandes atteignent 12 471 millions d'euros au premier semestre 2026, en hausse de 21 % en données publiées et de 22 % en organique. La dynamique est portée par la Défense (+28 % en organique) et par le segment Aéronautique (+24 %), tiré par les activités spatiales et les grands programmes institutionnels européens comme Copernicus et ExoMars. Thales a enregistré 18 grandes commandes de plus de 100 millions d'euros sur le semestre, pour un montant cumulé de 4 850 millions, parmi lesquelles un satellite de télécommunications pour Es'hailSat, deux satellites Sentinel-1 de nouvelle génération pour l'Agence spatiale européenne, ou encore une commande de véhicules Bushmaster pour le gouvernement australien.
Le book-to-bill, c'est-à-dire le ratio des commandes rapportées aux facturations, s'établit à 1,14 contre 1,01 un an plus tôt, tandis que le carnet de commandes atteint un niveau record de 52,4 milliards d'euros, soit près de cinq années de chiffre d'affaires. Géographiquement, les marchés matures concentrent la hausse (+33 % en organique), portés par la France (+34 %), le reste de l'Europe (+46 %) ainsi que l'Australie et la Nouvelle-Zélande (+35 %). Les marchés émergents reculent de 2 % en organique, pénalisés par une base de comparaison élevée en Asie, où le premier semestre 2025 avait enregistré la commande de Rafale Marine pour la marine indienne. Le Moyen-Orient affiche à l'inverse un bond de 202 % en organique.
Marge ajustée en progression, résultat net ajusté en hausse de 13 %
Le chiffre d'affaires semestriel s'établit à 10 949 millions d'euros, en hausse de 6,7 % en publié et de 7,8 % en organique. Hors annulation, en mai 2026, d'une commande de deux satellites géostationnaires (environ 150 millions d'euros de chiffre d'affaires), la croissance organique sous-jacente atteint 9,6 %, tirée par une activité Défense en progression à deux chiffres.
L'EBIT ajusté ressort à 1 372 millions d'euros, en hausse de 9,9 % en publié et de 11,4 % en organique, portant la marge ajustée à 12,5 % du chiffre d'affaires contre 12,2 % un an plus tôt. La Défense affiche une marge de 13,8 %, en amélioration de 100 points de base, bénéficiant de la montée en cadence de la production. L'Aéronautique progresse à 10,4 %, grâce au plan d'adaptation mené dans le Spatial ces deux dernières années. À l'inverse, le segment Cyber & Digital voit sa marge se replier à 10,9 %, contre 14,4 %, la marge Cyber restant quasi stable à 14,0 % tandis que le Digital décroche, pénalisé par une base de comparaison élevée et par des difficultés dans les services de paiement et l'identité biométrique.
Le résultat net ajusté part du groupe, indicateur qui exclut les éléments non récurrents, progresse de 13 % à 990 millions d'euros, malgré une surtaxe temporaire d'impôt sur les sociétés de 57 millions en France. Le bénéfice par action ajusté atteint 4,82 euros, également en hausse de 13 %.
Trésorerie record, désendettement marqué, objectifs 2026 confirmés
La génération de trésorerie libre opérationnelle atteint un niveau exceptionnel de 1 865 millions d'euros, contre 499 millions au premier semestre 2025. Le groupe attribue ce bond à une évolution favorable du besoin en fonds de roulement, liée à la dynamique des commandes et à un calendrier de paiements clients favorable, plutôt qu'à une amélioration structurelle de la rentabilité. La dette nette est ramenée à 519 millions d'euros au 30 juin, contre 1 618 millions fin décembre 2025 et 3 427 millions un an plus tôt, malgré le versement de 606 millions de dividendes et 178 millions de nouveaux engagements de location.
C'est dans ce contexte que s'inscrit la charge liée aux frégates F126. À la suite de la décision du ministère allemand de la Défense, annoncée le 24 juin, de résilier le contrat portant sur six frégates dont le chantier néerlandais Damen était maître d'œuvre et Thales sous-traitant, le groupe a comptabilisé une charge exceptionnelle de 450 millions d'euros, en grande partie sans effet sur la trésorerie. Ce montant correspond principalement à des coûts déjà engagés et à une estimation prudente de la compensation à recevoir, que Thales entend réclamer. En raison de son caractère exceptionnel, cette charge n'a aucun effet sur l'EBIT ajusté ni sur le résultat net ajusté, et pas d'impact significatif sur la trésorerie ; elle pèse en revanche pour environ 331 millions d'euros sur le résultat net publié, ramené à 485 millions contre 664 millions un an plus tôt.
Pour 2026, Thales confirme l'ensemble de ses objectifs : une croissance organique du chiffre d'affaires de 6 % à 7 % (soit 23,3 à 23,6 milliards d'euros), une marge d'EBIT ajusté de 12,6 % à 12,8 %, un book-to-bill supérieur à 1,1 et un taux de conversion en trésorerie libre de 100 % à 110 %. Les deux derniers objectifs avaient été relevés le 3 juillet, et cette publication semestrielle les confirme.