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Investir dans l'art : un placement plaisir au rendement aléatoire

| Publié le 01-07-2020 16:48 | Mise à jour le 09-07-2020 10:11
Investir dans l'art : un placement plaisir au rendement aléatoire
Crédit(s) photo(s) : (c) Sotheby's, Oliver Barker lors d'une vente aux enchères en live à Londres en juin 2020  

La plupart des placements offrent des taux de rendement beaucoup plus bas aujourd'hui que par le passé. Dans un tel contexte, certains entrevoient l'art comme un marché d'investissement porteur. Mais est-il prudent d'investir dans une oeuvre d'art en tant que particulier ?

Le marché de l'art a explosé en 20 ans

Même dans les contextes de crise économique, le marché de l'art semble afficher une stabilité presque insolente. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce phénomène.

En premier lieu, malgré la multiplication des artistes cotés, les œuvres d'art circulent très peu entre les collectionneurs. Beaucoup destinent l'achat d'oeuvres d'art à la conservation. C'est le cas des musées et des fondations privées, qui revendent très peu les œuvres reconnues comme majeures. Cette rareté pousse les prix à la hausse.

Le marché attire également des fonds d'investissement, des banques privées et des collectionneurs particuliers pour des raisons de goût, mais surtout d'investissement. Car l'art a la réputation d'être un secteur décorrélé des marchés financiers qui permet d'obtenir un certain rendement à moyen terme. Mais il est aussi devenu une industrie lucrative pour une poignée d'artistes ultra-célèbres dont le nom est devenu une marque, et qui nouent des partenariats avec des entreprises du luxe ou de la haute finance.

A lire : Quels sont les street-artists les mieux cotés actuellement ?


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Une rentabilité théorique qui n'est pas démontrée

Investir dans les oeuvres d'art serait donc rentable ? Rien n'est certain. Depuis les années 1990, des études variées ont essayé de prouver la rentabilité du marché de l'art. Les résultats sont pour le moins contradictoires. Certaines conclue à un rendement global moyen inférieur à 1% par an (soit moins que l'inflation), d'autres évoquent 6 à 7 % par an.

Selon Nathalie Moureau et Dominique Sagot-Duvauroux dans le livre "Le marché de l'art contemporain" (2016, éditions la Découverte), "hormis quelques cas isolés, le risque est grand et la rentabilité des œuvres n'est pas forcément assurée. (...) L'art est-il un placement attractif ? Les travaux scientifiques soulignent les limites d'une comparaison entre le taux de rendement sur le marché financier et sur le marché de l'art..."

Un rapport du Sénat sur le marché de l'art daté de 1999 et conduit par le sénateur RPR Yann Gaillard conclue que « L'investissement en oeuvres d'art est une loterie, dont on ne peut se contenter de calculer la rentabilité en ne prenant en compte que les billets gagnants : citer le cas d'une œuvre de David Hockney achetée 200 dollars en 1961 et vendue 2,5 millions de dollars en 1995, n'a guère plus de signification que d'évoquer le cas d'un joueur qui a gagné le tiercé ; ce qu'il faudrait prendre en considération, c'est l'ensemble des dépenses faites par le gagnant — le coût de tous les tickets achetés par l'ensemble des parieurs ».

Ce qui est sûr, c'est que fort de cette réputation qui peine à être démontrée, l'art a gagné un galon de "valeur refuge" dans l'esprit de nombreux d'agents économiques.

A lire : 3 valeurs refuges prisées des investisseurs en temps de crise



Des oeuvres accessibles, mais à la cote incertaine

Difficile de savoir s'il est opportun d'investir dans l'art tant le marché est complexe à appréhender et l'évolution de la cote des artistes incertaine. Mais parmi les principaux points forts d'un tel investissement, il est possible de noter que le marché semble effectivement peu affecté par la crise.

Selon une analyse du leader mondial de l'information sur le marché de l'art d'Artprice datée de 2016, les taux très bas appliquées par les banques centrales ont permis l'explosion du marché. "Sur des millions de transactions, que le rendement d'une œuvre de 20 000€ est de 9%; et pour une œuvre de 100 000€ un rendement perpétuel de 12 à 15%. Le Marché de l'Art a connu une croissance en volumes de 1200% depuis 2000".

S'il est déconseillé d'investir seul sans rien y connaître à moins d'avoir un coup de coeur, l'achat d'une oeuvre d'art s'est aujourd'hui démocratisé. Grâce à Internet, il est possible d'en apprendre beaucoup sur le marché. L'art contemporain regorge par exemple d'oeuvres d'artistes reconnus à des prix relativement accessibles. Par exemple, une estampe de Shepard Fairey alias Obey, l'un des street-artists les plus connus, peut s'échanger pour quelques milliers d'euros.

Il faut néanmoins rester attentif au vendeur afin d'éviter les arnaques. L'art est en effet considéré par l'Autorité des Marchés Financiers comme un placement atypique. A ce titre, il convient de redoubler de vigilance et de prendre les précautions qui s'imposent (le dossier de l'AMF sur ces placements risqués est consultable ici).

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Acheter pour se faire plaisir et non pour investir

A moins d'avoir mis la main sur un Monet ou une sculpture inconnue de Rodin achetée bien en-dessous de sa valeur, l'évolution de la cote d'une oeuvre reste aléatoire. Celles qui procurent le moins d'incertitudes appartiennent à l'art moderne ou à l'art ancien et coûtent généralement plusieurs millions d'euros. Les oeuvres de l'art contemporain les plus accessibles sont pour la plupart produites par de jeunes artistes dont la progression de la cote est imprévisible à long terme.

Pour un particulier, l'oeuvre d'art doit donc rester un placement plaisir et non un investissement. Pour l'amateur d'art passionné, s'intéresser aux enchères des différentes maisons de vente permet d'acheter plus sereinement. L'exploration des catalogues de ventes permet de développer un certain degré d'expertise au fil des années. Celle-ci permettra éventuellement d'anticiper l'évolution du prix des oeuvres et de la cote des artistes.

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