Action Kering : une année à -27% sous pression, mais des signaux de stabilisation à surveiller en 2026
Plusieurs mouvements stratégiques – dont l'accord avec L'Oréal et l'arrivée d'un nouveau DG – ont permis de contenir la défiance des investisseurs au second semestre.
Un écart de performance massif avec le CAC 40, accentué par les difficultés opérationnelles de Gucci
Sur un an, Kering a perdu 26,95%, pendant que l'indice CAC 40 progressait de 11,43%. Ce différentiel de près de 40 points traduit la défiance du marché à l'égard du groupe, pénalisé par le recul marqué de ses ventes. Au troisième trimestre 2025, le chiffre d'affaires cumulé sur neuf mois s'établit à 11 002 millions d'euros, en baisse de 10% sur un an. Gucci, qui représente près de la moitié des revenus du groupe, a vu ses ventes reculer de 14% sur le seul troisième trimestre, après une chute de 25% au deuxième. Cet essoufflement reflète avant tout l'impact d'un trafic en boutique en net retrait dans un environnement macro difficile, couplé à l'absence de relais de croissance dans la maroquinerie. L'année boursière a toutefois connu quelques rebonds ponctuels, notamment en février, lorsque le titre a bondi de 14,7% en six jours, entre le 10 et le 17 février. Le marché avait alors réagi favorablement à la publication de résultats annuels 2024 jugés moins dégradés qu'attendu, grâce à une maîtrise des coûts opérationnels. Plus tard, en septembre, entre le 10 et le 18, le titre a gagné 15,1% en sept jours, porté par la présentation des résultats du troisième trimestre et par l'accueil plutôt favorable du marché face aux signes d'amélioration séquentielle de Gucci, dont la décroissance se réduisait. Les analystes ont notamment souligné que le ralentissement de la baisse de Gucci constituait un signal d'amélioration progressive, dans un contexte de repositionnement créatif sous la direction de Demna. Ces phases de hausse n'ont cependant pas inversé la tendance structurelle de sous-performance du titre sur l'année.
Un repositionnement stratégique majeur avec la cession de la division beauté à L'Oréal
Le 19 octobre 2025, Kering a annoncé la cession de sa division beauté à L'Oréal pour un montant de 4 milliards d'euros. Cet accord, le plus important jamais réalisé par L'Oréal, comprend l'acquisition de la marque Creed et des licences de beauté de cinquante ans sur Gucci, Bottega Veneta et Balenciaga. Cette opération intervient alors que le groupe affichait, au premier semestre 2025, une dette nette de 9,5 milliards d'euros et un bénéfice net en baisse de 46%. La vente devrait permettre une bouffée d'air financière au groupe, les 4 milliards d'euros devant être versés en numéraire lors de la finalisation prévue au premier semestre 2026. Le nouvel homme fort de Kering, Luca de Meo, ancien patron de Renault, a pris ses fonctions de directeur général le 15 septembre 2025, avec pour priorité de réduire la dette du groupe et de recentrer les activités sur la mode et la maroquinerie. Par ailleurs, en septembre, la collection « La Famiglia » de Gucci, première sous la direction créative de Demna, a été présentée à la Fashion Week milanaise et mise immédiatement en vente, dans le cadre d'une stratégie « see now, buy now ». L'accueil a été positif, avec un retour créatif jugé encourageant par les observateurs du secteur. Cette dynamique de refonte stratégique, associée à une communication plus offensive, a contribué à contenir la pression vendeuse sur le titre au second semestre.
Perspectives 2026 : redressement conditionné à la montée en puissance de Gucci et au désendettement
Dans un mémo interne envoyé aux cadres du groupe, Luca de Meo a précisé que le retour à la croissance nécessiterait de réduire la dépendance à Gucci, tout en restant humble face à l'ampleur de la tâche. Il a annoncé un horizon de 18 mois pour retrouver une trajectoire de croissance, et fixe l'ambition de devenir le challenger du luxe mondial. Les analystes notent que l'amélioration observée chez Gucci repose en partie sur le renouvellement des gammes de sacs à main et sur l'accueil positif des premières collections de Demna, dont le déploiement complet est attendu au premier semestre 2026. Parallèlement, la croissance de Kering Eyewear et la dynamique positive des Maisons de joaillerie offrent des leviers complémentaires, même si leur poids reste limité dans le mix global. Côté risques, l'effet de change négatif, estimé à -5%, pèse structurellement sur les comptes, tandis que le groupe doit aussi digérer une amende européenne provisionnée de 119,7 millions d'euros liée à Gucci. Le consensus des analystes reste neutre à 100%, avec un objectif moyen de cours fixé à 322 euros. Par rapport au cours de clôture de fin d'année à 301 euros, cela laisse entrevoir un potentiel de hausse limité de 6,98%, reflétant une prudence persistante du marché. Le scénario de redressement dépendra avant tout de la capacité du groupe à stabiliser Gucci, à confirmer le déploiement des nouvelles collections, et à réduire sensiblement sa dette grâce au produit de la cession beauté. Le début d'année 2026 sera donc décisif pour mesurer la crédibilité du plan de restructuration engagé.