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Longtemps moteur de l’économie mondiale, la Chine se heurte aujourd’hui aux limites de son modèle. La crise immobilière, la démographie défavorable et la perte d’attractivité pour les capitaux étrangers traduisent un phénomène d’« involution » : des efforts économiques intenses pour une productivité stagnante. Pékin peine à réinventer sa trajectoire.
Le concept d’« involution », forgé par des chercheurs de la Peking University, décrit bien la situation actuelle de la Chine : un système qui produit toujours plus d’efforts – en investissements, en heures travaillées, en capital mobilisé – pour des résultats de moins en moins efficaces.Le secteur immobilier illustre cette impasse. Pilier de la croissance durant deux décennies, il s’est mué en fardeau. Après des années de surconstruction, la crise des promoteurs, l’endettement massif et l’effondrement de la demande résidentielle paralysent l’activité. La valeur des actifs immobiliers baisse, affectant directement la confiance des ménages, dont une large part de la richesse est concentrée dans la pierre.La consommation intérieure, censée devenir le nouveau moteur de l’économie depuis plus de dix ans, ne prend pas le relais. Les ménages, confrontés à un marché du travail saturé pour les jeunes diplômés et à un vieillissement rapide de la population, épargnent plutôt que de dépenser. L’indice de confiance des consommateurs reste déprimé, accentuant la spirale du ralentissement.
L’un des signes les plus marquants de ce basculement est la baisse des investissements étrangers. Pour la première fois depuis des décennies, les flux d’investissement direct étranger (IDE) vers la Chine ont reculé en 2024-2025. Les capitaux se redirigent vers l’Inde, l’Indonésie ou le Vietnam, pays jugés plus dynamiques et plus prévisibles.Les tensions géopolitiques accentuent ce désengagement. La rivalité stratégique avec les États-Unis, le contrôle accru des données et des entreprises étrangères, ainsi que l’instabilité réglementaire nourrissent une perception de risque grandissante. Pour de nombreux investisseurs internationaux, la Chine apparaît désormais moins comme une terre de croissance incontournable que comme un marché complexe et incertain.Cette évolution interroge la capacité de Pékin à transformer son modèle. Passer d’une économie de rattrapage, fondée sur l’investissement et l’exportation, à une économie tirée par l’innovation et la consommation intérieure suppose des réformes structurelles profondes. Cela impliquerait d’accorder davantage de place au secteur privé, de renforcer la protection des investisseurs étrangers et d’assouplir le contrôle politique sur l’économie. Or, pour l’heure, les signaux vont dans le sens inverse.
En résumé, la Chine ne s’effondre pas : elle conserve une place majeure dans l’économie mondiale. Mais son rythme de croissance semble désormais installé sur un plateau bas, en rupture avec les décennies précédentes. L’« involution » traduit cette incapacité à convertir l’effort économique en progrès tangible. Elle pourrait durablement repositionner le pays comme un acteur toujours important, mais moins central qu’auparavant dans la dynamique mondiale.