Dette française : la prime de risque remonte à 74 points de base face à l'Allemagne
Le spread entre l'OAT française et le Bund allemand à 10 ans a franchi vendredi le seuil des 74 points de base (pb), en hausse de 4 pb par rapport à la veille, signalant un regain de tension sur la dette souveraine française. Ce niveau, le plus élevé depuis plusieurs semaines, illustre une méfiance accrue des marchés obligataires à l'égard des finances publiques de Paris.
OAT à 3,69 % : un écart qui creuse l'écart avec Berlin
Le taux de l'OAT à 10 ans s'est tendu à 3,69 % vendredi soir, contre 3,63 % jeudi, soit une progression de 6 points de base dans la journée. Dans le même temps, le Bund allemand évoluait moins rapidement de 2 points de base à 2,95 %, reflétant lui aussi des pressions haussières sur les taux en zone euro.
L'écart entre les deux références s'établit ainsi à 74 points de base, un niveau sensiblement supérieur à la moyenne des trente derniers jours, fixée à 63,9 points de base. Le spread se situe donc 10,1 pb au-dessus de cette moyenne, confirmant une détérioration nette et rapide de la perception du risque souverain français.
La dynamique sur un mois est éloquente : le spread oscillait encore autour de 59 à 62 points de base fin février, avant d'entamer une remontée progressive qui s'est accélérée cette semaine, franchissant successivement les paliers de 66, 70 puis 74 points de base en l'espace de cinq séances.
Un signal de tension confirmé, loin des sommets de crise mais en nette dégradation
Un spread actuel reste très éloigné du pic historique enregistré le 17 novembre 2011, en pleine crise de la dette souveraine européenne, où l'écart OAT/Bund avait atteint 225,1 points de base. Pour autant, le signal actuellement émis est qualifié de « tension élevée » : la prime exigée pour détenir de la dette française plutôt qu'allemande se dégrade à un rythme qui ne peut être ignoré.
Ce renchérissement du coût de financement implicite intervient dans un contexte de questionnements persistants sur la trajectoire budgétaire française. Chaque point de base supplémentaire alourdit mécaniquement la charge d'intérêts à venir pour l'État, dans un environnement où la France doit refinancer des volumes de dette considérables.
Sur les marchés actions, la tonalité est restée prudemment négative sans être alarmiste : le CAC 40 a cédé 0,91 % à 7 911 points et le DAX 0,60 % à 23 447,29 points, des baisses modérées qui ne traduisent pas de mouvement de panique. Les marchés obligataires, plus discrets mais plus structurants pour les finances publiques, envoient en revanche un message plus sévère en cette fin de semaine.