Europe « value » : la revanche du Vieux Continent
Les valeurs européennes 'value' surpassent Wall Street, soutenues par des valorisations attractives et des taux d'intérêt en hausse.
Un retournement spectaculaire
Depuis le début de l’année, les marchés européens ont pris leur revanche : ils surperforment Wall Street de plus de 20 % en dollars, selon les données compilées par HSBC Asset Management. Ce retour en grâce est porté par les valeurs « value », ces entreprises de l’« économie réelle » que les investisseurs avaient délaissées au profit des stars de la croissance technologique.
Banques, santé, télécommunications, distribution alimentaire, services aux collectivités… Autant de secteurs jugés ennuyeux, mais qui affichent des bilans solides et des bénéfices stables. À l’inverse, les méga-capitalisations américaines de la tech, qui avaient brillé pendant la pandémie, sont devenues les grandes perdantes de la guerre commerciale et des tensions géopolitiques. Pour les stratégistes de HSBC AM, ce rééquilibrage reflète « une rotation logique des investisseurs vers des actifs plus robustes, capables d’encaisser des cycles économiques agités ».
Pourquoi le style value séduit à nouveau
Deux facteurs structurants expliquent cette bascule. D’abord, l’ampleur de la décote accumulée par les valeurs européennes. Même après leur récent rebond, les écarts de valorisation restent à des niveaux historiques : les titres « value » se négocient encore très en dessous de leurs moyennes de long terme, tandis que les actions de croissance s’affichent toujours à prix d’or.
Ensuite, l’environnement des taux d’intérêt. Tant que les rendements obligataires étaient nuls ou négatifs, les investisseurs privilégiaient les perspectives de croissance future. Mais depuis que la Banque centrale européenne a relevé ses taux, les valeurs décotées — en particulier les banques — retrouvent de l’attrait. Leurs marges d’intérêt se redressent, leurs dividendes restent élevés, et leurs valorisations apparaissent modestes.
Le contraste est flagrant : alors que la croissance des bénéfices des groupes technologiques américains ralentit, leurs multiples de valorisation demeurent difficiles à justifier. À l’inverse, les banques européennes affichent des profits solides avec des attentes peu élevées.
Vers une nouvelle hiérarchie des marchés ?
L’histoire boursière montre que les cycles value et growth alternent régulièrement. Entre 2003 et 2007, le style value avait surperformé de 78 % le style croissance. Aujourd’hui, beaucoup voient se dessiner un schéma similaire. Si les écarts de valorisation se résorbent, cela pourrait se faire par la hausse des valeurs décotées… ou par une correction brutale des valeurs chères. Dans les deux cas, l’arbitrage semble en faveur de l’Europe.
Cela ne signifie pas que les géants technologiques américains vont disparaître du paysage. Mais leur statut de valeurs refuges est remis en cause, et les investisseurs redécouvrent l’intérêt des entreprises plus « terre à terre », moins flamboyantes mais plus stables. Comme le résume un gérant européen : « Les coqueluches d’hier ne seront pas forcément celles de demain ».