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Fed : la baisse des taux aura-t-elle lieu ?

Les derniers chiffres de l’emploi et de l’inflation américaine offrent enfin une photographie partielle mais éclairante de l’économie. À quelques jours de la réunion de la Fed des 9-10 décembre, les responsables monétaires s’opposent publiquement sur la priorité à donner : juguler l’inflation ou soutenir l’emploi. Une division qui entraîne les marchés dans un ballet imprévisible.

Fed : la baisse des taux aura-t-elle lieu ?
Temps de lecture : 2 minute(s) - Par | Mis à jour le 27-11-2025 09:42 | Publié le 27-11-2025 08:37

Une économie américaine qui ralentit

La publication tardive du rapport sur l’emploi de septembre, décalée par le shutdown, donne un premier signal : le marché du travail s’essouffle, mais sans rupture brutale. Avec 119 000 créations de postes et une hausse du chômage à 4,4 %, l’indicateur reste en zone de ralentissement maîtrisé. Le Bureau of Labor Statistics (BLS) ajoute une nuance importante : les chiffres des mois précédents ont été révisés à la baisse, notamment –26 000 pour août et un ajustement ramenant juillet à 72 000 créations. Ce triple rétropédalage confirme que l’économie américaine a perdu de la vitesse au cœur de l’été.

Du côté des prix, l’indice des prix à la production (PPI) du mois de septembre montre une inflation globale en progression modérée (+0,3 % sur un mois, +2,7 % sur un an). Mais la statistique la plus scrutée est celle de l’inflation sous-jacente : hors énergie et alimentation, elle ralentit nettement (0,1 % sur un mois ; 2,6 % sur un an), son plus bas niveau depuis juillet 2024. Un point essentiel, car c’est cet indicateur que la Fed utilise pour évaluer si l’économie converge vers sa cible de 2 %.

Si ces chiffres devraient logiquement rassurer les membres les plus accommodants du FOMC, l’absence des données d’octobre complique la lecture globale. Le shutdown empêche la publication complète de l’indice CPI et d’un rapport sur l’emploi pourtant clé pour évaluer le momentum économique. Dans ce brouillard statistique, chaque déclaration d’un gouverneur pèse plus lourd que les données elles-mêmes.

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Une baisse de taux désormais anticipée

Ce déficit d’information intervient au moment où les responsables de la Fed s’expriment en ordre dispersé. Certains insistent sur la nécessité d’une « prudence » extrême et d’un maintien des taux tant que l’inflation n’est pas solidement ancrée. D’autres, au contraire, estiment que le ralentissement du marché du travail exige un soutien plus rapide, quitte à accepter une inflation légèrement au-dessus de la cible pendant quelques trimestres.

Cette cacophonie se reflète immédiatement sur les marchés. L’indice CME FedWatch, baromètre de référence, est passé en quelques jours d’une probabilité de 30 % à plus de 80 % pour une baisse de 25 points de base en décembre. La semaine précédente encore, cette probabilité s’établissait à 65 %. Ce renversement brutal illustre le degré d’incertitude qui règne : l’économie ne donne pas de signal clair, les données officielles manquent, et la Fed semble lire des diagnostics opposés à partir des mêmes chiffres.

Pour les investisseurs, la situation rappelle les périodes où le discours monétaire dominait les marchés faute de visibilité macroéconomique. À Wall Street, chaque interview d’un membre de la banque centrale entraîne des variations significatives, tant sur les obligations que sur les indices actions. Comme le résume ironiquement l’analyse : « sur les marchés, c’est comme à la Maison Blanche : le dernier qui parle a raison ».

Dans ce contexte, les prochains indicateurs intermédiaires prennent une importance disproportionnée. Les inscriptions hebdomadaires au chômage du 4 décembre ou encore l’indice PCE — mesure préférée de la Fed — publieront leurs chiffres avant la réunion du FOMC. L’indice de confiance de l’Université du Michigan, attendu le 5 décembre, servira aussi de baromètre psychologique pour déterminer si l’économie résiste ou vacille à l’approche de l’hiver.


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Pivot monétaire ou prudence prolongée ?

À l’approche de la réunion des 9-10 décembre, deux lectures s’opposent. La première considère que la Fed n’a plus de raison de maintenir une politique restrictive : le marché du travail ralentit, l’inflation sous-jacente reflue, et une baisse symbolique de 25 bps enverrait un signal de confiance mesuré sans relâcher totalement la pression monétaire. La seconde estime que le ralentissement de l’emploi n’est pas assez marqué pour justifier un pivot, et que le risque d’un rebond de l’inflation — dans un contexte politique chargé — doit inciter à la prudence.

La difficulté tient au fait que les données manquantes empêchent de trancher ce débat autrement que par intuition. La Fed, elle-même, se trouve dans une situation inédite : prendre une décision décisive en l’absence de visibilité consolidée. Les marchés, eux, ont déjà voté. Reste à savoir s’ils seront cette fois en avance… ou totalement à contre-courant.