Continuer avec Google
Continuer avec Facebook
Continuer avec Apple
Rubrique en collaboration avec
Alors que la majorité des entreprises hésitent, les indépendants ont déjà basculé dans l’économie de l’IA. Ils y gagnent en productivité et en revenus, tout en redoutant ses effets sur leur métier. Une avance fragile, souvent cachée, qui révèle une fracture culturelle plutôt que technologique.
L’enquête d’ACASI menée en novembre 2025 auprès de 5 560 personnes révèle une bascule claire : 59 % des freelances utilisent déjà l’IA, dont 36 % très régulièrement, contre 12 % seulement des salariés en entreprise. La différence ne tient pas seulement à l’appropriation des outils : elle dit quelque chose de plus profond sur la manière dont les deux mondes appréhendent les transformations en cours.Chez les indépendants, l’IA s’est installée comme un copilote créatif et opérationnel. Ils s’en servent pour le brainstorming (48 %), la rédaction (41 %), la création visuelle (39 %), la synthèse de documents (27 %) ou encore l’automatisation et le code (21 %). Autant d’usages quotidiens, concrets, qui accélèrent le travail et permettent de délivrer plus vite, sans moyens supplémentaires. À l’inverse, les entreprises évoluent encore dans une phase de test : 38 % n’y ont jamais recours, 31 % ne s’y intéressent pas, et 19 % disent avoir essayé sans aller plus loin. L’adoption est plus faible et les usages plus timides : 14 % seulement pour la génération d’idées, 13 % pour l’analyse ou la synthèse, 11 % pour la rédaction, avec une majorité – 66 % – qui n’utilisent pas d’outils d’IA.L’écart est tout aussi net dans la perception de l’impact : 54 % des indépendants estiment que l’IA leur permet de faire davantage avec les mêmes ressources, contre 38 % des salariés. Et près d’une entreprise sur deux (49 %) se dit en désaccord avec cette idée. La fracture n’est donc pas numérique, mais culturelle : les freelances adoptent, testent, produisent ; les entreprises évaluent, délibèrent, temporisent.
L’étude montre que l’IA génère déjà des effets tangibles sur la performance. 40 % des freelances affirment accomplir plus dans le même temps grâce à ces outils, et 61 % constatent une hausse de leurs indicateurs économiques – chiffre d’affaires, marge, rentabilité –, dont 26 % de façon significative. Côté entreprises, seules 23 % observent un gain de productivité, et 43 % une amélioration de leur performance. Une prudence qui reflète moins les résultats que la lenteur de l’intégration organisationnelle.Sur le terrain, les transformations commencent toutefois à modifier la relation entre clients et prestataires. 21 % des freelances comme 16 % des entreprises constatent que certaines missions autrefois externalisées sont désormais réalisées en interne grâce à l’IA. À l’inverse, une dynamique de montée en gamme apparaît : 25 % des indépendants et 31 % des organisations voient l’IA pousser vers des profils plus experts, capables de combiner stratégie, créativité et maîtrise technologique. Le marché ne se contracte pas, il se réorganise.Mais cette avancée s’accompagne d’une inquiétude singulière. Contrairement aux entreprises qui voient l’IA comme une opportunité dans 51 % des cas, les freelances y perçoivent d’abord un risque : 39 % parlent d’un « vrai danger pour l’avenir du freelancing », 14 % d’un « risque sérieux », et seulement 38 % d’une opportunité. Cette ambivalence explique une statistique révélatrice : 44 % préfèrent cacher leur usage de l’IA, notamment par crainte d’être perçus comme moins légitimes ou moins “experts” si une partie de leur travail est assistée. À peine 8 % l’assument pleinement comme un élément structurant de leur manière de travailler.Cette dissimulation n’est pas anodine : elle dit quelque chose de la manière dont l’IA reconfigure le rapport à la valeur. Là où l’entreprise peut se permettre de valoriser la technologie et de la montrer, le freelance peut craindre que son client s’interroge sur la justification de ses tarifs ou sur la nature exacte de son travail.