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Les résultats spectaculaires de Nvidia auraient pu servir de catalyseur à une fin d’année boursière euphorique. Ils n’ont pourtant pas suffi à apaiser une nervosité grandissante face aux valorisations de la tech et aux interrogations persistantes sur la rentabilité à long terme des investissements dans l’intelligence artificielle. Entre volatilité montante, révision sectorielle et signaux contrastés sur le front macro, les marchés réévaluent soudain la solidité du récit IA.
Si Nvidia demeure la pierre angulaire de la performance boursière mondiale, ses résultats du troisième trimestre n’ont pas dissipé les doutes. Le groupe affiche un chiffre d’affaires de 57 milliards de dollars, en hausse de 62 % sur un an, largement au-dessus du consensus. La guidance grimpe à 65 milliards pour le trimestre suivant, preuve que la demande reste extraordinairement robuste, qu’il s’agisse des hyperscalers ou des concepteurs de modèles fondamentaux comme OpenAI, Anthropic ou Mistral.Le marché, pourtant, n’a pas célébré ces chiffres comme à l’habitude. Le titre a reculé dès le lendemain, entraînant avec lui l’ensemble du complexe IA. Chez les investisseurs, une question s’impose désormais : l’écosystème technologique sera-t-il capable de transformer les dépenses massives consenties dans les data centers en rentabilité durable ? Les entreprises en hyperspending courent-elles le risque d’une normalisation brutale de la demande si la monétisation des usages IA ne suit pas le rythme frénétique des investissements ? Ces interrogations pèsent d’autant plus que les multiples atteints par les valeurs technologiques se situent dans la fourchette haute de l’histoire récente.Face à cette brusque réévaluation du narratif, la volatilité s’est emballée : le VIX a grimpé jusqu’à 26,4, contre 20 à peine une semaine plus tôt. Le Nasdaq 100 a perdu 3,1 %, le S&P 500 près de 2 %, et les valeurs les plus exposées à la dynamique IA ont décroché violemment, comme AMD (-17,4 %), Palantir (-11 %) ou CoreWeave (-7,4 %). En miroir, Alphabet s’est détaché du mouvement, soutenu par une prise de participation de 4,3 milliards de dollars de Berkshire Hathaway, rappelant que la sélectivité s’impose désormais même au sein du secteur.
La nervosité qui traverse les marchés s’explique aussi par une toile de fond macroéconomique ambiguë. Aux États-Unis, les créations d’emplois repartent mais le chômage progresse, brouillant la lecture des banques centrales. Les investisseurs, eux, y voient plutôt un signal “dovish”, ajustant à la hausse la probabilité d’une baisse des taux en décembre, de 30 % à près de 40 %. Cette lecture rassure à court terme, mais elle reflète aussi un environnement économique moins solide qu’anticipé, où la moindre dégradation des données peut rallumer les inquiétudes.En Europe, l’Euro Stoxx 50 accuse une baisse similaire à celle des indices américains. Le paradoxe est frappant : alors que les signaux de détente entre la Russie et l’Ukraine auraient pu alléger le climat géopolitique, les valeurs de la défense ont fortement corrigé après la publication d’un plan américain controversé, évoquant une reconnaissance partielle des revendications territoriales de Moscou. Cette hypothèse, jugée irréaliste par les capitales européennes, a ravivé le spectre d’un accord de paix non concerté, plongeant les marchés dans une forme de prudence forcée.Dans ce contexte, deux secteurs se détachent. Les biens de consommation durables, sensibles à la confiance des ménages, souffrent nettement. À l’inverse, la santé reprend son rôle traditionnel de refuge : Roche progresse de plus de 10 %, enchaînant autorisations réglementaires et résultats cliniques favorables. Le marché semble redécouvrir ses fondamentaux : cash-flows prévisibles, visibilité longue et faible corrélation aux cycles.Les dernières séances montrent finalement qu’au-delà du récit IA, les investisseurs réévaluent les moteurs structurels du marché. La tech reste puissante, mais plus intouchable. La macro demeure incertaine, mais moins dangereuse qu’en 2022. Et la polarisation sectorielle s’accentue, favorisant les valeurs capables de justifier leurs multiples par une traction réelle, pas seulement une promesse.