Continuer avec Google
Continuer avec Facebook
Continuer avec Apple
Rubrique en collaboration avec
Pour la première fois depuis 2002, Moody's a relevé la note souveraine de l'Italie, la faisant passer de Baa3 à Baa2. Cette décision intervient après des années de consolidation budgétaire et marque un tournant symbolique pour la troisième économie de la zone euro, longtemps scrutée avec suspicion par les marchés financiers.
Le relèvement de la note souveraine italienne par Moody's constitue bien plus qu'un simple ajustement technique. L'agence justifie sa décision par une stabilité politique renforcée, l'application efficace de réformes budgétaires et l'anticipation de nouvelles mesures favorables à la croissance au-delà de 2026. Le déficit budgétaire italien, qui atteignait 3,4 % en 2024, devrait descendre à 3 % en 2025 avant de diminuer encore à 2,8 % en 2026. Ce redressement ne s'explique pas uniquement par les politiques menées à Rome. Le programme NextGenerationEU, lancé pendant la pandémie, a injecté des flux massifs de capitaux européens qui ont structurellement transformé la trajectoire des finances italiennes. Sans cet afflux de fonds communautaires, la consolidation budgétaire aurait, semble-t-il, progressé bien plus lentement. Le gouvernement de Giorgia Meloni a également enregistré un excédent primaire en 2024, signal clé de l'assainissement des comptes publics au-delà du seul déficit nominal. Les analystes de Citi qualifient les finances publiques italiennes de « bonne surprise », tandis que la fin du superbonus immobilier et les progrès de l'emploi liés au plan national de relance contribuent à expliquer cet élan.
Malgré ce relèvement, la situation financière de l'Italie reste fragile à plusieurs égards. La dette publique demeure à des niveaux élevés, établie à 137,5 % du PIB en 2026 selon les estimations de Moody's, comparée aux 114 % enregistrés en France. Cette masse d'endettement pèse lourdement sur les marges de manœuvre budgétaires futures et limite la capacité de l'État à financer des investissements supplémentaires sans augmenter le ratio dette-PIB. Eurostat prévoit une croissance économique de seulement 0,4 % pour 2025, soit un rythme nettement inférieur à la moyenne européenne. Cette croissance molle constitue un risque direct pour la viabilité des projections budgétaires de Rome. Moody's elle-même formule une mise en garde explicite : « la réduction du lourd endettement de l'Italie dépend d'une croissance du PIB relativement robuste et d'une augmentation des excédents budgétaires primaires ». L'agence avertit que toute croissance inférieure aux prévisions ou une consolidation budgétaire moins marquée que prévu compromettrait ses scénarios de réduction de la dette. Le spread Btp-Bund s'établit actuellement à 75 points de base, un niveau favorable mais qui pourrait se détériorer rapidement en cas de choc économique.
Le relèvement de Moody's s'inscrit dans une dynamique plus large d'amélioration de la notation italienne. Standard and Poor's avait ouvert la voie en avril en relevant la note de l'Italie à BBB+, suivie par Fitch en septembre et DBRS en octobre. Cette convergence des trois principales agences sur une trajectoire positive crée un contexte favorable pour Rome sur les marchés obligataires. Le coût du financement devrait diminuer progressivement, renforçant la crédibilité du pays dans les négociations budgétaires européennes. Au plan domestique, le relèvement profite immédiatement aux institutions financières italiennes liées à la souveraineté. BPER Banca a vu sa note relevée de baa3 à baa2, tandis que Poste Italiane et Eni ont également bénéficié d'ajustements à la hausse, leur évaluation du crédit étant plafonné deux crans au-dessus de la note souveraine. Giancarlo Giorgetti, ministre de l'Économie, qualifie cette décision de signal politique majeur validant la stratégie gouvernementale. Cependant, les analystes demeurent nuancés. Cette reconnaissance ne constitue pas un blanc-seing. Les défis structurels persisteront, la dépendance aux financements européens reste marquée, et le succès à long terme des réformes doit encore se confirmer. Le relèvement ferme une page de deux décennies de déclassements qui avaient commencé en 2006, mais l'Italie reste un dossier examiné à la loupe par les marchés financiers.