Le FMI affiche une croissance mondiale bloquée à 3 % et une désinflation en panne
Le Fonds monétaire international a publié le 8 juillet son actualisation d'été des Perspectives de l'économie mondiale. Le diagnostic est celui d'une croissance stable mais inégale, avec une désinflation qui « marque le pas » sous l'effet du choc énergétique lié à la guerre au Moyen-Orient. Pour les marchés, ce scénario de croissance molle combiné à une inflation persistante encadre la trajectoire monétaire américaine et rebat les cartes entre secteurs gagnants et perdants.
Une croissance mondiale « stable mais inégale » à 3 % en 2026
Dans son World Economic Outlook Update de juillet 2026, le FMI maintient sa prévision de croissance mondiale à 3,0 % en 2026 et 3,4 % en 2027, des chiffres globalement inchangés par rapport à l'édition d'avril. L'institution décrit une reprise à deux vitesses : les pays importateurs d'énergie et les économies les plus vulnérables absorbent le choc de la guerre au Moyen-Orient, tandis que ceux intégrés aux chaînes de valeur de l'IA bénéficient d'un cycle d'investissement soutenu.
Le Fonds constate surtout que la désinflation mondiale a marqué le pas, la baisse de l'inflation globale étant plus lente qu'anticipé en raison du renchérissement de l'énergie et de la persistance de tensions sur les prix des services. Les recommandations adressées aux décideurs portent sur la poursuite du rééquilibrage budgétaire, le maintien de l'ancrage des anticipations d'inflation et le renforcement de la résilience face aux chocs géopolitiques et énergétiques.
Ces projections restent soumises à de fortes marges d'erreur, en particulier en fonction de l'évolution du conflit au Moyen-Orient, des prix de l'énergie et de la confiance placée dans le cycle IA.
La Fed en pause dans la fourchette 3,50 %–3,75 %
Les minutes du FOMC des 16-17 juin 2026, publiées le 8 juillet par la Réserve fédérale, confirmaient le maintien de la fourchette cible des fed funds à 3,50 %–3,75 %. Selon Reuters, les responsables de la Fed y exprimaient des préoccupations croissantes sur l'inflation, jugée plus persistante que prévu, ce qui alimente l'idée d'une pause prolongée tant que l'impact du choc énergétique sur les prix n'est pas clarifié.
Ce statu quo monétaire, adossé à un scénario de croissance modérée décrit par le FMI, limite mécaniquement le potentiel de re-rating des actifs risqués : les multiples de valorisation ont peu de marge d'expansion dans un environnement où les taux réels restent élevés et où la désinflation cale. Le diagnostic issu de la réunion de juin peut toutefois évoluer rapidement, de nouvelles données d'inflation ou d'emploi pouvant modifier la lecture du comité au cours des prochaines réunions.
Brent, détroit d'Ormuz et valorisations IA : les points de bascule
Sur le front énergétique, la remise en cause du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran a fait bondir le Brent de 5,2 % à 78,02 dollars le baril le 8 juillet, avec un plus haut intraday au-dessus de 80 dollars. La sensibilité du marché tient à la géographie : environ 20 % des flux mondiaux de brut et de GNL transitaient par le détroit d'Ormuz avant le conflit actuel, d'après les estimations citées par Reuters et AP News. Cette dynamique prolonge le mouvement déjà décrit dans notre analyse sur la flambée du Brent après la nouvelle escalade en Iran.
Le FMI identifie trois risques baissiers qui structurent la grille de lecture des prochains mois : une ré-escalade du conflit au Moyen-Orient, une intensification des tensions commerciales et une correction soudaine des valorisations liées à l'IA. Le premier bénéficie mécaniquement aux pays exportateurs d'énergie mais pèse sur les importateurs et sur la facture des secteurs énergo-intensifs. Le second se matérialise déjà dans les frictions transatlantiques, avec l'ordre présidentiel américain visant à suspendre le commerce avec l'Espagne, dont l'application effective et la durée restent incertaines au regard du droit américain et du cadre juridique de l'UE.
La situation militaire dans le Golfe demeurant très évolutive, le risque de fermeture prolongée du détroit d'Ormuz et son impact sur l'offre pétrolière mondiale peuvent se modifier rapidement dans les prochains jours.